En effet, que peut-il y avoir de commun entre le bon sens et l’idée
stoïcienne du devoir, par exemple? Ils habitent deux régions différentes
et presque sans communications. Le bon sens, quand il prétend promulguer
seul les lois qui forment l’homme intérieur, devrait rencontrer les
mêmes défenses et les mêmes obstacles que ceux où il se heurte dans
l’une des rares régions qu’il n’a pas encore réduites à l’esclavage:
l’esthétique. Il y est très heureusement consulté sur tout ce qui
concerne le point de départ et certaines grandes lignes, et très
impérieusement prié de se taire dès qu’il s’agit de l’achèvement et de
la beauté suprême et mystérieuse de l’œuvre. Mais au lieu qu’en
esthétique il se résigne assez facilement au silence, en morale il veut
tout régenter. Il importerait donc de le remettre une fois pour toutes
à sa place légitime dans l’ensemble des facultés qui constituent notre
personne humaine.