Pour en finir avec cette étrange tribu des Orchidées, il nous reste à
dire quelques mots d’un organe auxiliaire qui met en branle toute la
mécanique: le nectaire. Il a d’ailleurs été, de la part du génie de
l’espèce, l’objet de recherches, de tentatives, d’expériences aussi
intelligentes, aussi variées que celles qui modifient sans cesse
l’économie des organes essentiels.
Le nectaire, nous l’avons vu, est en principe, une sorte de long éperon,
de long cornet pointu qui s’ouvre tout au fond de la fleur, à côté du
pédoncule, et fait plus ou moins contrepoids à la corolle. Il contient
un liquide sucré, le nectar, dont se nourrissent les papillons, les
coléoptères et d’autres insectes, et que l’abeille transforme en miel.
Il est donc chargé d’attirer les hôtes indispensables. Il s’est conformé
à leur taille, à leurs habitudes, à leurs goûts: il est toujours disposé
de telle sorte qu’ils ne puissent y introduire et en retirer leur trompe
qu’après avoir scrupuleusement et successivement accompli tous les rites
prescrits par les lois organiques de la fleur.
Nous connaissons déjà suffisamment le caractère et l’imagination
fantasques des Orchidées, pour prévoir qu’ici, comme ailleurs, et même
plus qu’ailleurs, car l’organe plus souple s’y prêtait davantage, leur
esprit inventif, pratique, observateur et tâtillon, se donne libre
cours. L’une d’elles par exemple, le _Sarcanthus teretifolius_, ne
parvenant probablement pas à élaborer, pour coller le paquet de pollen
sur la tête de l’insecte, un liquide visqueux qui durcît assez vite, a
tourné la difficulté, en s’appliquant à retarder autant que possible la
trompe du visiteur dans les étroits passages qui mènent au nectar. Le
labyrinthe qu’elle a tracé est tellement compliqué, que Bauer, l’habile
dessinateur de Darwin, dut s’avouer vaincu et renonça à le reproduire.
Il en est qui, partant de l’excellent principe, que toute simplification
est perfectionnement, ont bravement supprimé le cornet à nectar. Elles
l’ont remplacé par certaines excroissances charnues, bizarres et
évidemment succulentes, que rongent les insectes. Est-il besoin
d’ajouter que ces excroissances sont toujours disposées de telle sorte
que l’hôte qui s’en régale doit nécessairement mettre en branle toute
la mécanique à pollen?