XXI

Pour en finir avec cette étrange tribu des Orchidées, il nous reste à

dire quelques mots d’un organe auxiliaire qui met en branle toute la

mécanique: le nectaire. Il a d’ailleurs été, de la part du génie de

l’espèce, l’objet de recherches, de tentatives, d’expériences aussi

intelligentes, aussi variées que celles qui modifient sans cesse

l’économie des organes essentiels.

Le nectaire, nous l’avons vu, est en principe, une sorte de long éperon,

de long cornet pointu qui s’ouvre tout au fond de la fleur, à côté du

pédoncule, et fait plus ou moins contrepoids à la corolle. Il contient

un liquide sucré, le nectar, dont se nourrissent les papillons, les

coléoptères et d’autres insectes, et que l’abeille transforme en miel.

Il est donc chargé d’attirer les hôtes indispensables. Il s’est conformé

à leur taille, à leurs habitudes, à leurs goûts: il est toujours disposé

de telle sorte qu’ils ne puissent y introduire et en retirer leur trompe

qu’après avoir scrupuleusement et successivement accompli tous les rites

prescrits par les lois organiques de la fleur.

Nous connaissons déjà suffisamment le caractère et l’imagination

fantasques des Orchidées, pour prévoir qu’ici, comme ailleurs, et même

plus qu’ailleurs, car l’organe plus souple s’y prêtait davantage, leur

esprit inventif, pratique, observateur et tâtillon, se donne libre

cours. L’une d’elles par exemple, le _Sarcanthus teretifolius_, ne

parvenant probablement pas à élaborer, pour coller le paquet de pollen

sur la tête de l’insecte, un liquide visqueux qui durcît assez vite, a

tourné la difficulté, en s’appliquant à retarder autant que possible la

trompe du visiteur dans les étroits passages qui mènent au nectar. Le

labyrinthe qu’elle a tracé est tellement compliqué, que Bauer, l’habile

dessinateur de Darwin, dut s’avouer vaincu et renonça à le reproduire.

Il en est qui, partant de l’excellent principe, que toute simplification

est perfectionnement, ont bravement supprimé le cornet à nectar. Elles

l’ont remplacé par certaines excroissances charnues, bizarres et

évidemment succulentes, que rongent les insectes. Est-il besoin

d’ajouter que ces excroissances sont toujours disposées de telle sorte

que l’hôte qui s’en régale doit nécessairement mettre en branle toute

la mécanique à pollen?

L'intelligence des fleurs · 第 29 / 118 题