Signalerai-je aussi les simplifications curieuses et pratiques
qu’apporte au système général une autre famille d’Orchidées exotiques,
les Cypripédiées? Rappelons-nous toujours les circonvolutions des
inventions humaines; nous en avons ici une contre-épreuve amusante. A
l’atelier, un ajusteur, au laboratoire, un préparateur, un élève, dit un
jour au patron: «Si nous essayions de faire tout le contraire?--Si nous
renversions le mouvement?--Si nous intervertissions le mélange des
liquides?»--On tente l’expérience; et de l’inattendu sort tout à coup
de l’inconnu. On croirait volontiers que les Cypripédiées ont tenu entre
elles des propos analogues. Nous connaissons tous le _Cypripedium_ ou
Sabot de Vénus; c’est, avec son énorme menton en galoche, son air
hargneux et venimeux, la fleur la plus caractéristique de nos serres,
celle qui nous semble l’Orchidée-type, pour ainsi dire. Le _Cypripedium_
a bravement supprimé tout l’appareil compliqué et délicat des paquets de
pollen à ressort, des tiges divergentes, des disques visqueux, des
gommes savantes, etc. Son menton en sabot et une anthère stérile en
forme de bouclier barrent l’entrée de manière à forcer l’insecte de
passer sa trompe sur deux petits tas de pollen. Mais là n’est pas le
point important; ce qui est tout à fait inattendu et anormal, c’est
qu’au rebours de ce que nous avons constaté chez toutes les autres
espèces, ce n’est plus le stigmate, l’organe femelle qui est visqueux;
mais le pollen lui-même, dont les grains, au lieu d’être pulvérulents,
sont revêtus d’un enduit si gluant qu’on peut l’étirer et l’allonger en
fils. Quels sont les avantages et les inconvénients de cette disposition
nouvelle?--Il est à craindre que le pollen transporté par l’insecte ne
s’attache à tout autre objet que le stigmate; par contre, le stigmate
est dispensé de sécréter le fluide destiné à stériliser tout pollen
étranger. En tout cas, ce problème demanderait une étude particulière.
Il y a ainsi des brevets dont on ne saisit pas immédiatement l’utilité.