Voilà le fond du système de fécondation adoptée par l’Orchidée de nos
contrées. Mais chaque espèce, chaque famille en modifie, en
perfectionne les détails selon son expérience, sa psychologie et ses
convenances particulières. L’_Orchis_ ou _Anacamptis pyramidalis_, par
exemple, une des plus intelligentes, a ajouté à sa lèvre inférieure ou
_labellum_, deux petites crêtes qui guident la trompe de l’insecte vers
le nectaire et la forcent d’accomplir exactement tout ce qu’on attend
d’elle. Darwin compare très justement cet ingénieux accessoire à
l’instrument dont on se sert parfois pour guider un fil dans le trou
d’une aiguille. Autre amélioration intéressante: les deux petites boules
qui portent les tiges à pollen et trempent dans la demi-vasque sont
remplacées par un seul disque visqueux, en forme de selle. Si l’on
introduit dans la fleur, en suivant le chemin que doit suivre la trompe
de l’insecte, une pointe d’aiguille ou une soie de porc, on constate
très nettement les avantages de ce dispositif plus simple et plus
pratique. Dès que la soie a effleuré la demi-vasque, celle-ci se rompt
suivant une ligne symétrique, découvrant le disque en forme de selle qui
s’attache instantanément à la soie. Retirez vivement cette soie, et vous
aurez tout juste le temps de surprendre le joli mouvement de la selle
qui, assise sur la soie ou l’aiguille, replie ses deux ailes inférieures
de façon à enlacer étroitement l’objet qui la soutient. Ce mouvement a
pour but d’affermir l’adhérence de la selle, et surtout d’assurer avec
plus de précision que chez l’_Orchidée à larges feuilles_, la divergence
indispensable des tiges à pollen. Aussitôt que la selle a embrassé la
soie, et que les tiges à pollen qui y sont implantées, entraînées par sa
contraction, divergent forcément, commence le second mouvement des tiges
qui s’inclinent vers le bout de la soie, de la même manière que dans
l’Orchidée que nous avons précédemment étudiée. Ces deux mouvements
combinés s’effectuent en trente ou trente-quatre secondes.