Parmi les végétaux qui donnent les preuves les plus frappantes
d’initiative, les plantes qu’on pourrait appeler animées ou sensibles
auraient droit à une étude détaillée. Je me contenterai de rappeler les
effarouchements délicieux de la Sensitive, la Mimosa pudique que nous
connaissons tous. D’autres herbes à mouvements spontanés sont plus
ignorées; les Hédysarées, notamment, entre lesquelles l’_Hédysarium
gyrans_ ou Sainfoin oscillant, s’agite d’une façon bien surprenante.
Cette petite légumineuse, originaire du Bengale, mais souvent cultivée
dans nos serres, exécute une sorte de danse perpétuelle et compliquée en
l’honneur de la lumière. Ses feuilles se divisent en trois folioles,
l’une large et terminale, les deux autres étroites et plantées à la
naissance de la première. Chacune de ces folioles est animée d’un
mouvement propre et différent. Elles vivent dans une agitation
rythmique, presque chronométrique et incessante. Elles sont tellement
sensibles à la clarté que leur danse s’alentit ou s’accélère selon que
les nuages voilent ou découvrent le coin de ciel qu’elles contemplent.
Ce sont, comme on voit, de véritables photomètres; et bien avant
l’invention de Crook, des othéoscopes naturels.