comme si je ne les avais depuis longtemps délaissés. Comme je me sens
tenté d'entreprendre avec vous, monsieur le président, un voyage autour
de cette bibliothèque. Il nous faudrait passer à travers l'histoire
contemporaine, nous arrêtant aux hauts faits de nos incomparables
annales canadiennes; voyager au moyen-âge où resplendit l'héroïque
épopée de la chevalerie et des croisades, et remonter jusqu'aux temps
anciens, faisant halte aux Thermopyles, nom qui au Canada, depuis 1813,
se prononce Chateauguay.
Dans un si long retour vers des temps envolés, nous nous verrions
délaissés des dames dont l'esprit, comme le charme, est toujours au
présent, jamais au passé.
Puis, conduits par l'ordre alphabétique du catalogue, nous arriverions
devant la porte close de la philosophie, et la clef en est aux mains du
maître-ès-sciences. Dans le catalogue, la poésie est sa voisine.
Similitude des choses de la vie réelle, c'est auprès de buissons
inextricables qu'il faut chercher les fleurs. La poésie est une fée qui
connaît tous les accents. Dans son domaine, à côté des plus riches
moissons, que de pervenches, de muguets et de violettes pour vos
parures, mesdames; mais la discrétion de l'âge me soupire à l'oreille:
passez, passez!
Comment éviter ce secrétaire en bois de santal incrusté de filigranes
d'argent, ce sachet capitonné de soie bleue où repose l'art épistolaire?
ces lettres dont l'écriture courante reconstruit le traits, le regard,
le sourire des chers absents, évoque l'image, la personnalité entière
d'êtres aimés. Lisez des lettres, surtout des lettres de femmes. Elles
sont comme ces médailles d'un autre âge, ces portraits dur ivoire, qui,
par la délicatesse des lignes, la carnation des chairs, le relief des
figures, font revivre des causeries à coeur ouvert et remettent sous la
main le velouté des meilleures heures de l'existence. Nous, le grand
nombre, nous qui n'aurons jamais cette seconde vie qui attend l'auteur,
cultivons l'art de la correspondance. Quelques lettres seront peut-être
tout ce qui restera de nous aux soins discrets de l'amitié.
Votre catalogue révèle le choix judicieux des livres qu'il contient et
ne me laisse rien à dire de ceux qu'il faut éviter. Vous inviter à
l'étude et à la lecture serait aussi un hors-d'oeuvre.
Le goût des lettres nous pénètre dans cette salle avec l'atmosphère
qu'on y respire, et nous en voyons les brillants résultats au dehors. Au
printemps dernier, un phare allumé aux terres d'Évangéline a percé les
brumes qui enveloppaient l'histoire du Bassin des Mines. Une revue
nouvelle, _Le Canada-Français_, rajeunira de jets de lumière bien des
feuilles détachées et oubliées de nos annales; la religion, les sciences
et les lettres entreront aussi dans le cadre de cette publication. Au
nombre des ouvriers de la pensée qui lui ont promis leur concours, je
trouve plusieurs des membres de votre institut; un autre a clos l'année
1887 par la "Légende d'un Peuple" que Jules Clareti a tenu sur les fonts
et que le secrétaire perpétuel de l'Académie française a saluée d'un
carillon joyeux. _1888 va commencer par la venue prochaine d'un autre
livre, fils du talent d'un des vôtres. Il est de noble lignée; sa source
remonte à nos plus vieux parchemins. Il a nom: "Noël 1535 sous Jacques
Cartier, Nouvelle-France." Vous le reconnaîtrez, j'espère, à son état,
il est roman-histoire; roman par la grâce du style, la mise en scène et
l'intérêt, histoire par l'exactitude des faits, des lieux et des dates.
Il a les yeux azurés, et le timbre de sa voix est patriotique._
Voilà, entre plusieurs, des fruits que le goût littéraire que vous avez
inspiré à faire croître.
Pour ne pas vous imposer l'ennui d'un entr'acte au début de cette
soirée, je dois restreindre ma réponse et taire le sentiment filial que
vous avez touché en moi en rappelant votre troisième président. Vous
m'avez remis en mémoire la bonne fortune que j'ai eue de faire inscrire
votre nom sur le budget de l'État au nombre des institutions bien
méritantes. Pour toutes ces bonnes paroles, rehaussées de l'éclat de
votre loyauté, je vous remercie. Revêtu du titre insigne de membre
honoraire de votre institut, je verrai toujours avec fierté vos progrès
croissant, et comptez que, dans les limites de mes attributions, mon
concours vous est acquis.
Québec, 17 janvier 1888.
---
PRÉFACE
La plupart des archives important de notre histoire ont été relevées en
moins de 40 ans.
Tout d'abord, dès 1843, la Société Littéraire et Historique de Québec
édita la _Relation des Voyages de Jacques Cartier_. Onze ans plus tard
(1854) le Gouvernement du Canada (ministère McNab-Morin) publiait une
nouvelle édition des _Edits et Ordonnances du Conseil Supérieur de la
Nouvelle-France_.[157] Subséquemment (1858) le Gouvernement du Canada
(administration McNab-Taché) édita les fameuses archives nationales
_Relations des Jésuites_. Deux archéologues éminents, MM. les abbés Bois
et Laverdière, dirigèrent l'impression de ce travail gigantesque,
laquelle fut exécutée par l'établissement typographique A. Côté & Cie.
[Note 157: Cette édition était de beaucoup plus complète que la
première publiée en 1803.]
En 1868, la maison Desbarats publiait à Ottawa les _Oeuvres de
Champlain_, monument impérissable élevé à la mémoire du fondateur de
notre ville par le soin filial des bibliophiles Laverdière et Casgrain.
Ce qui n'excuse pas la cité d'oublier qu'elle doit une statue à cet
illustre _Père de la Nouvelle-France_.
La première impression typographique de cet ouvrage célèbre a été
exécutée sous la surveillance de M. l'abbé Laverdière, dans l'ancien
Secrétariat de l'Évêque de Québec, au Séminaire de Québec.
En 1871, aux ateliers de M. Léger Brousseau, éditeur propriétaire du
_Courrier du Canada_. Laverdière et Casgrain publièrent encore _Le
journal des Jésuites_.
En 1883, la Législature de Québec prit sous ses auspices la publication
d'une collection de manuscrits relatifs à l'_Histoire de la
Nouvelle-France_. Ce travail représentant quatre volumes in-octavo et
plus de 2,000 pages est un véritable Eden, une Terre Promise aux
chercheurs, aux archéologues et aux bibliophiles qui ne nuiront pas,(du
moins en nombre) dans le partage de ce paradis. Cette publication a été
terminée en 1885. [158]
[Note 158: Collection de Manuscrits contenant Lettre, Mémoires et
autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France,
recueillis aux Archives de la Province du Québec ou copiés à
l'étranger.--Québec--Imprimerie A. Côté et Cie.]
En 1886, et sous le patronage de cette même Assemblée Législative, le
gouvernement due Québec édita les _Jugements et Délibérations du Conseil
Supérieur de la Nouvelle-France_. en même temps, la Société Historique
de Montréal publiait le _Livre d'Ordres du Chevalier de Lévis_, ouvrage
précieux s'il en fut jamais, et qui corrobore une _Relation de la Guerre
de Sept ans en Amérique_ écrite par ce même chevalier de Lévis,
l'immortel vainqueur de Ste. Foye. Cette perle archéologique,
actuellement en la possession de M. l'abbé Verreau, appartenait à la
collection Viger de fameuse et savante mémoire.[159]
Telles sont, réunies à un petit nombre de titres éclatants, les quelques
archives nécessaires aux chercheurs, archéologues, bibliophiles ou
écrivains.
[Note 159: La Société Historique de Montréal a publié plusieurs
autres documents de grande valeur, entre autres: _Les Véritables
motifs des Messieurs et Dames de Notre-Dame de Montréal, pour la
conversion des Sauvages de la Nouvelle-France_; un traduction du
_Voyage de Kalm au Canada_, etc.
M. Verreau, en 1873 et en 1874, et plus tard M. Brymner, ont fait
à Londres, à Paris et à Rome des recherches importantes et qui
ont permis d'augmenter considérablement la collection des
archives historiques. Le rapport qui vient d'être publié par M.
Brymner (_Rapport sur les Archives Canadiennes, par Douglas
Brymner, archiviste, 1885_) contient l'analyse de l'immense
collection _Haldimand_ copiée au _British Museum_ et dont une
partie avait déjà été obtenue par les soins de M. l'app. Verreau
et appartient maintenant à la Société Historique de Montréal.
M. G. B. Faribault, avocat de Québec, bibliophile éminent,
publiait en 1837, un catalogue des ouvrages sur l'histoire de
l'Amérique et en particulier sur celle du Canada, de la Louisiane
et de l'Acadie. Le nombre des ouvrages ainsi catalogués s'élevait
à 969. Cette statistique nous donne une idée approximative des
richesses archéologiques du Canada à cette époque. Les
inestimables travaux de l'illustre érudit furent irréparablement
anéantis par l'incendie du parlement à Montréal, la nuit du 25
avril 1849 par les émeutiers protestants orangistes. "En un
instant ce bel édifice devint la proie des flammes avec les
archives de la province, les deux bibliothèques qui renfermaient
_vingt-deux mille volumes_. Le Canada perdit dans cette
conflagration des livres rares et précieux de la belle collection
d'ouvrages sur l'Amérique (seize cents volumes) formée par M.
Faribault après les plus pénibles efforts. Les pertes furent
estimées à plus de $400,000.00." Louis P. Turcotte: Le Canada
sous l'Union, page 112 tome Ier.]
---
CHAPITRE PREMIER
Adam Dollard (sieur des Ormeaux), commandant, âgé de 25 ans.
Jacques Brassier, âgé de 25 ans (partis de France avec M. de Maisonneuve
en 1653.)
Jean Tavernier, dit La Hochetière, armurier, âgé de 28 ans (venu aussi
de France, en 1653, avec M. de Maisonneuve.)
Nicolas Tillemont, serrurier, âgé de 25 ans.
Laurent Hébert, dit La Rivière, âgé de 27 ans.
Alonié de Lestres, chaufournier, âgé de 31 ans.
Nicolas Josselin, âgé de 25 ans. (Il était de Solesmes, arrondissement
de la Flèche, et avait suivi M. de Maisonneuve, en 1653.)
Robert Jurée, âgé de 24 ans.
Jacques Boisseau, dit Cognac, âgé de 23 ans.
Louis Martin, âgé de 21 ans.
Christophe Augier, dit Desjardins, âgé de 26 ans.
Étienne Robin dit Desforges, âgé de 27 ans (parti de France, en 1653,
avec M. de Maisonneuve).
Jean Valets, âgé de 27 ans de la paroisse de Teillé, arrondissement du
Mans (Sarthe), venu avec M. de Maisonneuve, en 1653.
Réné Doussin (sieur de Sainte-Cécile), soldat de la garnison, âgé de 30
ans (parti de France, en 1653, avec M. de Maisonneuve).
Jean Lecompte, âgé de 26 ans (de la paroisse de Chemiré, arrondissement
du Mans (Sarthe), venu avec M. de Maisonneuve, en 1653).
Simon Grenet, âgé de 25 ans.
François Crusson, dit Pilote, âgé de 24 ans (parti de France, en 1653,
avec M. de Maisonneuve).[160]
[Note 160: Régistre de la paroisse de Ville-Marie. Sépultures. 3
juin 1660.]
A ces dix-sept héros chrétiens, on doit joindre le brave Anahotaha, chef
des Hurons, comme aussi Metiwemeg, capitaine Algonquin, avec les trois
autres braves de sa nation, qui tous demeurèrent fidèles et moururent au
champ d'honneur; enfin les trois Français qui périrent dès le début de
l'expédition, Nicolas du Val, Mathurin Soulard et Blaise Juillet.
---
CHAPITRE DEUXIÈME
On est aujourd'hui absolument certain de l'endroit où hivernèrent les
navires de Jacques Cartier en 1535-1536. Ce site est l'embouchure de la
rivière _Lairet_.
La seule difficulté, et c'en est une considérable, est de savoir si le
Fort Jacques Cartier fut bâti sur la rive _droite_ ou la rive _gauche_
de la rivière _Lairet_.
Tout milite cependant en faveur de l'opinion allant à dire que la rive
_gauche_ du _Lairet_ fut l'exact emplacement du Fort Jacques Cartier. A
mon sens, le monument commémoratif, que le Cercle Catholique de Québec
fait élever au Découvreur, sera historiquement bien placé.
Consulter à ce propos ce que les anciens historiens ont écrit
_relativement à la Rivière Ste-Croix où Jacques Cartier se fortifia et
mis ses navires en hivernements_ en 1535-36. Pages 109, 110, 111, 112,
113, 114, 115, 116, 117, 118 et 119 de l'Appendice qui accompagne la
relation des trois Voyages (1534-1535-1541) de Jacques Cartier--édition
canadienne de 1843.
"La maison principale des Missionnaires Jésuites était à _Notre Dame des
Anges_, à deux kilomètres (demi-lieue) du Fort que Champlain avait bâti
(Québec). _Notre Dame des Anges_, sur les bords de la rivière Lairet,
près de Québec, rappelle un souvenir bien plus ancien que la résidence
des Pères Jésuites. C'est là qu'en 1535 le grand explorateur du Canada,
Jacques Cartier, éleva un petit fort pour passer l'hiver avec ses hardis
marins. Avant de quitter ces rives, où une partie de sa troupe fut
décimée par le scorbut, et où il se vit forcé d'abandonner un de ses
vaisseaux, il planta une grande croix avec un écusson aux armes de
France et l'inscription: _Franciscus Primus, Dei gratia Francorum rex,
regnat_. François Ier, par la grâce de Dieu roi de France, règne." _Le
Père Isaac Jogues_, premier apôtre des Iroquois, par le Rév. P. F.
Martin, chapitre II, page 24.
"En 1626, les Jésuites avaient formé là (à Notre Dame des Anges) leur
première résidence, à 2 milles de Québec, sur la rive _droite_ de la
petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière St.
Charles. C'était l'extrémité du terrain que leur avait donné le duc de
Vantadour, sous le nom de Seigneurie Notre-Dame des Anges. Ce bien
portait encore le nom de _Fort Jacques Quartier_ parce qu'en 1535, il
avait été obligé d'y hiverner. On Y voit encore aujourd'hui quelques
ruines de l'ancienne maison des jésuites." _Biographie de Père
François-Joseph Bressani_ par le Rév. Père F. Martin de la Compagnie de
Jésus. Première annotation de la page 15, édition de 1852.
Le commentateur de l'édition canadienne des Voyages de Jacques Cartier,
publiés sous la direction de la Société Historique de Québec, dit à la
note 22 de la page 114 de l'appendice:
"Les Récollets arrivèrent dans la Nouvelle-France en 1615. Les Jésuites
ne vinrent qu'en 1625 et 1627 ces pères commencèrent un établissement
sur la rive _droite_ de la petite rivière Lairet à l'endroit où elle
tombe dans la rivière St. Charles."
Ce même commentateur dit encore à la note 2 de la page 109 de
l'appendice, en parlant du fort Jacques Cartier:
"On aperçoit encore aujourd'hui, (cela était écrit en 1843), sur la rive
_gauche_ de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la
rivière St. Charles, des traces visibles de larges fossés, ou espèces de
retranchements."
L'opinion évidente du commentateur est que le Fort Jacques Cartier
occupait la rive _gauche_ du Lairet, et la résidence des Jésuites, la
rive _droite_.
---
L'automne de 15358 vit donc arriver les premiers blancs qui soient
venus à Québec, (14 septembre 1535). Ils se firent un retranchement sur
la rive gauche de la petite rivière Lairet, près de l'endroit où
celle-ci se jette dans ra rivière St-Charles, vis-à-vis la
Pointe-aux-Lièvres. Ils hivernèrent dans cet endroit, à l'abris de deux
de leurs vaisseaux, la _Grande Hermine_ et la _Petite Hermine_, et de
leur retranchement.
Le 3 mai 1536, Jacques Cartier fit planter, à ce même endroit, une
grande croix d'environ trente-cinq pieds de hauteur, au croisillon de
laquelle il fit attacher un écusson aux armes de France avec
l'inscription suivante: _Franciscus primus, Dei gratia Francorum rex,
regnat_.
Quatre vingt-dix ans plus tard, l'emplacement du premier hivernement des
Français sur la terre canadienne devint celui du premier monastère des
missionnaires Jésuites. Ceux-ci en prirent possession dans une cérémonie
solennelle qui eut lieu le 23 septembre 1625. Ce lieu, dit le P. Martin,
portait le nom de Fort Jacques Cartier, en mémoire de ce navigateur
célèbre qui l'avait illustré quatre-vingt-dix ans auparavant par son
courage et sa piété... Il était situé tout près du couvent (des
Récollets), mais de l'autre côté de la rivière St-Charles, au point où
le Lairet lui verse le tribut de ses eaux.
"Ainsi, un triple souvenir s'attache à la pointe de terre située au
confluent de la rivière St-Charles et de la rivière Lairet.
"C'est l'emplacement du premier hivernement des blancs sur la terre du
Canada.
"C'est le lieu où Cartier fit arborer le signe de la Rédemption, en face
de l'antique Stadaconé.[161]
"C'est le coin du sol canadien d'où partirent les premiers héros de
cette grande épopée qui s'appelle les Missions des Jésuites dans la
Nouvelle-France".[162]
[Note 161: Lors de son premier voyage, Cartier avait planté une
croix à l'entrée du Bassin de Gaspé (le 24 juillet 1534). L'année
suivante, en revenant d'Hochelaga, il fit planter une deuxième
croix sur une des îles de l'embouchure de la Rivière St-Maurice
(le 7 octobre 1535). Ce ne fut que le 3 mai 1536, fête de
l'Invention de la Ste-Croix, trois jours avant son départ de
Stadaconé, au confluent des rivières St-Charles et Lairet.]
[Note 162: Extrait d'une _Chronique_ publiée, par M. Ernest Gagnon,
dans _Les Nouvelles Soirées Canadiennes_, livraison du mois
d'août 1882.]
C'est à cet endroit même que le comité littéraire et historique du
Cercle Catholique de Québec, doit, avec l'aide d'une souscription
nationale, faire élever un monument à la France colonisatrice et
chrétienne, au Découvreur et aux missionnaires martyrs. Le dessin de ce
monument est presque achevé. Il est de M. Eugène Taché, l'artiste
instruit et inspiré qui a déjà doté Québec de si beaux monuments
architectoniques.
"Les journaux de la province de Québec vous ont fait connaître le projet
d'érection d'un double monument à l'endroit précis où Jacques Cartier et
ses hardis compagnons passèrent l'hiver de 1535-36 et où,
quatre-vingt-dix ans plus tard, les Pères Jean de Brébeuf, Ennemond
Masse et Charles Lalemant jetèrent les bases de la première résidence
des missionnaires Jésuites dans la Nouvelle-France.
"L'emplacement appelé Fort Jacques Cartier a déjà été acheté par le
Cercle Catholique de Québec. Il occupe une pointe de terre, au confluent
des rivières St. Charles et Lairet, et offre aux regards un site
admirable, digne des grands souvenirs qui s'y rattachent.
"Le comité littéraire et historique du Cercle s'adressa aujourd'hui à
votre générosité et à votre patriotisme, et il vous invite à contribuer,
par votre souscription, à la réalisation de son projet, qui a déjà reçu
l'adhésion des principaux organes de la presse française et anglaise de
la province.
"Ce projet consiste:"
"1. A faire élever un _fac-simile_, en fonte, de la croix plantée par
Jacques Cartier, le 3 mai 1536, sur les bords de la rivière St. Charles,
avec l'écusson fleurdelisé et l'inscription _Franciscus Primus, Dei
gratia Francorum rex, regnat_. Cette croix sera fixée dans un socle en
granit, et aurait 35 pieds de hauteur."
"2. A faire construire une sorte de tumulus à la mémoire des premiers
missionnaires de la Nouvelle-France."
"Les noms de tous les souscripteurs, indistinctement seront inscrits
dans deux cahier d'honneur, dont l'un sera adressé au Maire de St. Malo
(en France), et l'autre remis au Maire de Québec, pour être conservé
dans les archives de ces deux filles." [163]
[Note 163: Extrait de la _Circulaire_ publiée par le _Cercle
Catholique de Québec_, en février 1887.]
---
M. de Voutron, en 1716, commandant le _Saint-François_, écrivait de La
Rochelle même, où avait habité Jean Alfonse le célèbre pilote
saintongeois, contemporain de Jacques Cartier:
"J'ay esté sept fois en Canada, et quoyque je m'en sois bien tiré, j'ose
assurer que le plus favorable de ces voyages m'a donné plus de cheveux
blancs que tous ceux quej'ai faits ailleurs.
"Dans tous les endroits où l'on navigue ordinairement, on ne souffre
point et l'on ne risque pas comme en Canada. C'est un tourment continuel
de corps et d'esprit.
"J'y ay profité de l'avantage de connoistre que le plus habile ne doit
pas compter sur la science".
Si les difficultés de la navigation du Canada étaient telles encore
après un siècle de fréquentation continue, quelles ne devaient-elles
être au début, lorsque Jean Alphonse en écrivait le routier dna le plus
grand détail?
Nous ne pouvons donc trop faire attention à ces paroles d'un capitaine
de vaisseau, dites près de deux siècles après l'ouverture de la
navigation du Saint Laurent par Jean Alfonse et Jacques Cartier.
Pierre Margry: _Les Navigations Françaises_ et la _Révolution Maritime_
du 14ième siècle IV _Le chemin de la Chine et les Pilotes de
Pantagruel_: pages 324 et 325.
"On ne peut se défendre de faire remarquer avec quelle prudence, quel
tact, quel jugement admirable, et en même temps avec quel courage,
Jacques Cartier pénétra dans des pays ignorés, sans accident, quoique
avec de très faibles moyens. En examinant sa conduite, on ne le trouve
pas seulement un grand navigateur, mais un habile politique, un
observateur puissant, un maître accompli dans l'art de se préparer les
voies au milieu des populations inconnues. Que l'on compare de près
cette conduite avec celles des Cortez et des Pizarre, et l'on verra que,
la question d'humanité laissée de côté, quoiqu'elle vaille assurément la
peine d'être prise en considération, ce n'est pas à ceux-ci qu'est
l'avantage."
Léon Guérin: _Les Navigateurs Français_, page 80.
"L'expédition--(celle de 1535)--était accompagnée de deux chapelains
_Dom_ Guillaume Le Breton et de _Dom_ Anthoine."
Ferland: _Histoire du Canada_, ch. Ier, page 22.
Ce titre de _Dom_ fait présumer que ces deux prêtres étaient des
religieux bénédictins.
"Le 26 Juin 1615 le Père Récollet Jean Dolbeau célébrait à Québec, au
son de la petite artillerie de l'_habitation_ la première messe qui ait
été _dite depuis l'époque de Jacques Cartier._"
Laverdière: _Histoire du Canada_, Ch. II, page 37.
L'abbé Faillon, dans une longue et savante dissertation, répond dans
l'affirmative à ceux qui lui demandent si Jacques Cartier avait des
aumôniers lors de son _second_ voyage au Canada. Leurs noms, d'ailleurs
sont inscrits sur le rôle d'équipage que Jehan Poullet présenta à la
Communauté de la Ville de St-Malo, à sa réunion du 31 mars 1535.
Les extraits suivants de la Relation du _Second Voyage de Jacques
Cartier, confirment absolument cette opinion._
"Le septième jour du dict mois, jour de Notre-Dame (7 août 1535,
samedi)--après avoir _ouï la messe_, nous partîmes de la dite Isle--(Il
aux Coudres)--pour aller amont le dit fleuve."
Page 33 de l'édition de 1843; verso du feuillet 12 de l'édition de 1545.
"Ils--(_les interprètes_)--répondirent que leur dieu nommé Cudragny
avait parlé à Hochelaga et que les trois hommes devant ditz--(_ci-haut
mentionnés_)--estaient venus de par luy leur annoncer les nouvelles
qu'il y avaient tant de glaces et de neiges qu'ilz mourraient tous.
Desquelles paroles nous prismes tous à rire, et leur dire que leur dieu
Cudragny n'était que ung sot et qu'il ne sçavait ce qu'il disait et
qu'ils le disent à ses messagiers et que Jésus les garderait bien du
froid s'ilz luy voulaient croire. Lors le dit Taignoagny et son
compagnon demandèrent au dict Capitaine s'il avait parlé à Jésus, et il
respondist _que ses prêtres_ y avaient parlé et qu'il ferait beau
temps"--(pour aller à Hochelaga).
Pages 39 de l'édition de 1843 et feuillet 19 de l'édition de 1545.
"Notre cappitaine voyant la pitié et maladie ainsi esmeue, feist mettre
le monde en prière et oraisons et feist porter ung ymage de remembrance
de la Vierge Marie contre ung arbre distant de nostre fort d'ung traict
d'arc les travers--(_à travers_)--les neiges et glaces. Et ordonne que
le dimenche en suyvant _l'on dirait au dict lieu la messe_. Et que tous
ceulx qui pourraient cheminer, tant sains que malades, yraient à la
procession chantant les sept psaulmes de David avec la litanie, et
priant la dicte vierge qu'il luy pleust prier son cher enfant qu'il eust
pitié nous. _La messe dicte et célébrée_ devant la dicte ymage, se feist
le capitaine pèlerin à Notre-Dame de Roquemado--(_Roc-Amadour_)
promettant y aller si Dieu luy donnait grâce de retourner en France."
Cette messe fut célébrée en Février 1536.
Page 57 de l'édition 1843 et feuillet 35, recto et verso, de l'édition
de 1545.
---