La route de l'Ouest! la route de l'Ouest! telle était la préoccupation

dominante, l'idée fixe, unique, obstinée de tous les découvreurs. La

crainte d'une concurrence inattendue dans la recherche des richesses

dont on se promettait la possession exclusive, l'espoir d'arriver

premier aux contrées du Japon, de la Chine et aux Indes d'Asie avaient à

ce point détraqué les cerveaux que Christophe Colomb lui-même s'

ingéniait à retrouver dans l'archipel des Antilles le Zipangu et les

domaines du grand quâân du Katay signalés dans une carte de Toscanelli.

Le grand titre des ouvrages de Jacques Cartier donne une preuve

éclatante de cette illusion géographique: _Brief récit et succincte

narration de la navigation faicte ÈS YSLES de Canada, Hochelaga et

Saguenay et autres, avec particulière meurs, langaige et cérémonies des

habitans d'icelles; fort délectable à voir._ L'espoir du lucre,

l'éternel _auri sacra fames_, avait provoqué ces expéditions héroïques

légendaires des trois premier siècles de l'_âge moderne_, expéditions

dont les périls n'avaient d'égal que l'audace des équipages.

Voici les noms des prédécesseurs de Jacques Cartier dans les

explorations tentées au Nord de l'Amérique à la recherche d'un passage

vers l'Ouest:

Jean Cabot, de Venise, 1494; Sebastien Cabot, fils du précédent, 1498;

Gaspard Cortéreal, 1500; Michel Cortéreal, 1502; Jean Gonçalves, Jean et

François Fernandès, 1501, 1503, 1504 et 1505; Jean Denys de Honfleur et

Camard de Rouen, 1506; Thomas Auber, 1508; Le baron de Lere et De Saint

Just, 1518; le florentin Jean Verrazzano, 1523; Gomez de Porto, 1525;

Jean Rut, 1527; Pierres Crignon, 1529; Jacques Cartier, 1534, 1535, 1541

et 1543.

J'ai préparé cette liste sur l'_Introduction historique aux ouvrages de

Jacques Cartier_ pa M. D'Avezac.

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Sur le récit que fit Cartier de son voyage (celui de 1534) le roi

(François Ier) ordonna d'armer et d'équiper pour quinze mois trois

navires dont il lui conféra le commandement par une commission datée du

15 octobre 1534. Cette fois (expédition de 1535) il (Jacques Cartier)

joignit au titre de _capitaine_ celui de _pilote du roi_.

_Nouvelle Biographie Générale par Firmin Didot Frères, édition de 1855

tome 8 page 906_ au nom de _Cartier (Jacques)_.

_L'Histoire des Canadiens-Français_ de M. Benjamin Sulte donne le mot

_Macé_ au lieu de _Marc_, ce qui est conforme au texte de l'édition

rarissime (1545) du Voyage de Jacques Cartier, 1535-36; voir feuillet

32.

Marc ou Macé Jallobert avait épousé Allizon DesGranches, soeur de la

femme de Jacques Cartier.

Sulte: _Histoire des Canadiens-Français_, Tome Ier, page 12.

Jacques Cartier avait épousé Catherine DesGranches, fille de Jacques

DesGranches, connétable de la ville et cité de St. Malo.

_Brève et succincte narration historique_ par M. D'Avezac, verso du

feuillet XIV, précédant la narration du Voyage de Jacques Cartier,

1535-36.

Ni Ferland, ni Garneau, ni Benjamin Sulte ne mentionnent le nom de

_Jehan Poullet_. On le retrouve seulement dans la _Relation du Second

Voyage de Jacques Cartier_, 1535-36 recto du feuillet 22, édition 1545.

Jacques Maingard, Michel Maingard, Raoullet Maingard et Pierre Maingard,

dont les noms apparaissent au rôle d'équipage, sont les quatre fils de

Guillaume Maingard, le parrain de Jacques Cartier.

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_Rôle d'Equipage_ de l'Expédition de 1535, présenté par Jehan Poullet à

la réunion de la Communauté de la ville de Saint-Malo, à la Baie Sainct

Jehan, mercredi, le trente-unième jour de mars 1535.

L'incertion des dicts maistre compaignons mariniers et pilottes

s'ensuyvent:

Jacques Cartier, capitaine; Thomas Fourmont, maistre de la nef;

Guillaume Le Breton Bastille, cappitaine et pilote du galion; Jacques

Maingard, maistre du galion; Marc Jallobert, cappitaine et pilotte du

_Correlieu_; Guillaume Le Marié, maistre du _Courlieu_; Laurens Boulain,

Étienne Nouel, Pierre Esmery, dict Talbot, Michel Hervé, Étienne

Princevel, Michel Audiepbre, Bertrand Samboste, Richard LeBay, Lucas

Fammys, Françoys Guitault, apoticaire; Georget Mabille, Guillaume

Séquart, charpentier; Robin Le Tort, Samson Ripault, barbier; Françoys

Guillot, Guillaume Esnault, charpentier; Jehan Dabin, charpentier; Jehan

Duvert, charpentier; Julien Golet, Thomas Boulain, Michel Phelipot,

Jehan Hamel, Jehan Fleury, Guillaume Guilbert, Colas Barbe, Laurens

Gaillot, Guillaume Bochier, Michel Eon, Jehan Anthoine, Michel Maingard,

Jehan Maryen, Bertrand Apvril, Gilles Stuffin, Geoffroy Ollivier,

Guillaume de Guernezé, Eustache Grossin, Guillaume Alierte, Jehan Ravy,

Pierre Marquier, trompecte; Guillaume Legentilhomme, Raoullet Maingard,

Françoys Duault, Hervé Henry, Yvon LeGal, Anthoine Alierte, Jehan Colas,

Jacques Poinsault, Dom Guillaume Le Breton, Dom Anthoine, Philipes

Thomas, charpentier; Jacques Duboy, Jullien Plantirnet, Jehan go, Jehan

Legentilhomme, Michel Douquais, charpentier; Jehan Aismery, charpentier;

Pierre Maingard, Lucas Clavier, Goulset Riou, Jehan Jacques Morbihen,

Pierre Nyel, Legendre Estienne Leblanc, Jehan Pierres, Jehan Coumyn,

Anthoine DesGranches, Louys Douayrer, Pierres Coupeaulx, Pierres

Jonchée.

Ce rôle d'équipage est textuellement copié des _Documents inédits sur

Jacques Cartier et le Canada_, communiqués par M. Alfred Ramé, de Rennes

et faisant suite à la Relation du _Premier Voyage de Jacques Cartier_ en

1534 d'après l'édition de 1598, pages 10, 11 et 12.

Paris.--Librairie Tross, 5, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1865.

Les noms de _Charles Gaillot_ et de _De Goyelle_ n'apparaissent pas sur

le rôle d'équipage signé le 31 mars 1535. On les trouve sur la liste

publiée par M. Benjamin Sulte dans son _Histoire des Canadiens-Français_

Vol. I, page 12. Si l'on en croit l'ouvrage de M. James Lemoine,

_Picturesque Quebec_,[164] ces deux noms et cinq autres, auraient été

ajoutés aux 74 noms inscrits sur la Liste de l'Équipage de Jacques

Cartier, conservée dans les archives de St. Malo, et revue avec soin sur

le _fac-simile_ par M. l'abbé C. H. Laverdière. Voici quels sont ces

sept noms:

Jean Gouyon, Charles Gaillot, Claude de Pontbrians Charles de la

Pommeraye, Jean Poullet, Philippe Rougemont, de Goyelle.

[Note 164: "The subsequent seven signatures were added in the

answer to the Quebec Prize Historical Questions submitted in

1879: Jean Gouyon, Charles Gaillot, Claude de Pontbrians, Charles

de la Pommeraye, Jean Poullet, Philippe Rougemont, de Goyelle"

_Picturesque Quebec_, appendix, page 483.]

Les équipages réunis des trois vaisseaux de Jacques Cartier, y compris

leurs officiers et les genitlshommes de St-Malo volontaires de

l'expédition, donnaient un effectif de _cent dix_ hommes. Or, le rôle

d'équipage ne compte que soixante-quatorze signatures de marins. Si l'on

y ajoute les noms des gentilshommes, Claude de Pontbriand, fils du

Seigneur de Montcevelles et Echanson de Monseigneur le Dauphin, Charles

de la Pommeraye, Jean Garnier de Chambeaux, Garnier de Chambeaux, Jean

Poullet et Jean Gouyon, l'on atteint le chiffre de quatre-vingt

personnes. Si l'on y ajoute encore le nom de _Philippe Rougemont_, le

seul de vingt-cinq à trente victimes du scorbut nommé par la relation de

Jacques Cartier, celui de _De Goyelle_, un autre mort du mal _de terre_

que Charlevoix nomme dans son _Histoire du Canada_, enfin celui de

Charles Gaillot que M. Benjamin Sulte dans son _Histoire des

Canadiens-Français_, nous dit être le secrétaire de Jacques Cartier, il

se fait que le grand total des expéditionnaires connus s'arrête à 83. Il

nous manque donc 27 autres noms pour atteindre le chiffre de 110.

Comment expliquer cette lacune? On a cherché à s'en rendre compte en

disant que ce _rôle d'équipage_ n'est qu'une liste de matelots rédigée

_au retour_ de l'expédition de 1535. Malheureusement, cette

explication est une contradiction flagrante des _Documents inédits_ que

nous possédons sur _Jacques Cartier_. Ce _rôle d'équipage_ fut présenté

par Jean Poullet, à la Communauté de Ville de St. Malo, à sa réunion du

31 mars 1535. Les archives publiées en 1865 par M. Alfred Ramé, de

Rennes, le disent en toutes lettres.--(Voir pages 8 et 9 des _Documents

inèdits_ publiés à la suite de la Relation du Voyage de Jacques Cartier

en 1534)--Plus et mieux que cela, nous savons qu'à cette séance

mémorable de la Communauté de Ville de St. Malo, Jehan Poullet en

produisant le _rôle d'équipage_, lequel portait alors _soixante et

quatorze_ signatures, se réserva le droit de récuser jusqu'à trente des

mariniers inscrits et les remplacer par d'autres de son choix.

"Et icelly Poulet a aparu le role et nombre des compagnons Que le dict

Cartier a prins pour la dicte navigation, et a esté (mis entre nos

mains?) pour incerer cy dessous, et a, icelly Poulet protesté de en

dynyer du nombre de XXV à trante et de prendre d'autres à son chouaix."

_Document inèdits sur Jacques Cartier, page 9, faisant suite à la

relation du voyage de Jacques Cartier en 1534_, édition de 1598 et

collection de Ramusio.

On remarquera que ce rôle d'équipage porte la date du 31 mars 1535 et

qu'il s'écoula plus de six semaines entre le jour de sa présentation à

la Communauté de Ville et le départ de la flottille qui mit à voile et

quitta St. Malo le 19 mai 1535. N'est-il pas à présumer que, durant cet

intervalle de temps, le _rôle d'équipage_ fut modifié en quelque façon,

et, tour à tour, amplifié ou amoindri? Il est encore probable que Jean

Poullet n'abusa pas de son privilège et qu'il ne l'appliqua qu'à moitié,

c'est-à-dire que, loin de récuser aucun des matelots inscrits sur le

rôle d'équipage il se contenta d'ajouter de vingt-à trente mariniers de

son choix aux 74 bons compagnons déjà acceptés. Cette supposition, qui

est mienne, expliquerait suffisamment, à mon sens, ce chiffre de _cent

dix hommes_ composant l'expédition.

Le _rôle d'équipage_ présenté par Jean Poullet le 31 mars 1535, à la

réunion de la Communauté de ville est demeuré de record dans les

archives de Saint-Malo. Les nouvelles recrues de Jean Poullet (s'il en

engagea aucune) ne le signèrent pas. Et pour cause; car il n'est pas

permis d'altérer en aucune manière un document officiel qui demeure de

record. N'empêche qu'elles durent signer un double de ce rôle d'équipage

que l'on tint ouvert jusqu'au départ, probablement à bord de la _Grande

Hermine_. Ce document, comme bien d'autres, ne nous serait pas parvenu.

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En lisant les noms des personnes présentes à la _Réunion de la

Communauté de la ville de St. Malo_, le lundi huictième de feubvrier,

l'an mil cinq cents XXXIIII je trouve ceux-ci, que vraiment on dirait

empruntés à l'_Almanach de Adresses Cherrier_ tant ils ont une

orthographe contemporaine: Guillaume Deschamps, Etienne Picot, Pierres

Gosselin, Françoys Martin, Robin Gauthier le Jeune, Estienne Gilbert,

Jacques Martinet, Martin Patrix, Alain Patrix, Yvon Morel, Guillaume

Martin Lalonde, Hamon Gauthier, Bertrand Picot, et plusieurs aultres des

bourgeois congrégés (_réunis_) et assemblés comme dict est.

Le Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roy en Bourgogne et pour Mgr

le Dauphin de Normandie se nommait _Philippes Chabot_.

Je lis encore, au procès-verbal de la _Réunion de la Communauté de Ville

de St. Malo_, tenue le 31 mars 1535--séance à laquelle fut présenté le

rôle d'équipage de l'expédition de Jacques Cartier--les noms suivants

des _bourgeois_ du temps.

Comme il est facile de s'en convaincre, ils ont une orthographe moderne:

Jacques Martinet, Pierres Hamelin, Guillaume Pepin Guillaume

Saint-Maurs, Pierres Colin, Pierres May, etc.

Extrait de _l'Appendice au voyage de Jacques Cartier 1534. Documents

inédits_, vol. Ier, Alfred Ramé, page 5, 6, 7, 8 et 9.

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CHAPITRE TROISIÈME

Les _Te Deum_ militaires portant, comme des drapeaux de régiments, le

chiffre de leurs glorieux millésimes: 1690, 1711, 1758; celui de

Frontenac, à Notre Dame de Québec, avec le pavillon-amiral de Sir

William Phips, suspendu comme trophée à la voûte sonore, etc., etc.

Cette victoire fit grand bruit en Europe, surtout à Paris, où l'on

admira beaucoup l'audace et le sang-froid guerrier du Comte de

Frontenac. Fier de ses sujets du Canada, Louis XIV fit frapper une

médaille pour perpétuer le souvenir de cet exploit. L'Université Laval

en possède un très beau spécimen dans son musée de numismatique. Ce

spécimen est unique au pays.

En voici la description:

On y voit la ville de Québec assise sur un rocher, étayant à ses pieds

des pavillons et des estendards aux armes d'Angleterre. Elle a prés

d'elle un animal qu'on appelle _Castor_, et qui est fort commun en

Canada. Au pied du rocher, est le fleuve de Saint Laurent appuyé sur une

urne. La légende, _Francia in Novo Orbe Victrix_, signifie: _La France

Victorieuse dans le Nouveau Monde_. L'exergue, _Kebeca Liberata M. DC.

XC_: _Québec délivré 1690_.

_Médailles de Louis le Grand, Imprimerie Royale, 1723._

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CHAPITRE QUATRIÈME

Commentaire sur cette parole du charpentier Séquart:

_Et vous croyez que notre Capitaine-Général, notre Jacques Cartier, le

hardi gars de Bretagne, aura sa statue é Stadaconé?... Jacques Cartier

n'aura pas plus de monument à Stadaconé que de statue à St. Malo,_ etc.

Qu'ont-ils fait, là-bas, les Français d'Europe? oui, qu'ont-ils fait sur

la terre de Bretagne pour garder immortelle la mémoire de Jacques

Cartier? Où est le monument de leur découvreur par excellence? Et sur

laquelle de leurs places publiques, la grande et forte race de leurs

paysans, de leurs marins, de leurs soldats va-t-elle, aux anniversaires

historique, saluer sa statue, acclamer son nom écrit en bronze sur un

flamboyant piédestal? La parole est à la ville de St. Malo, à la

Bretagne, à la France elle-même.

Il y a vingt ans, le 19 février 1868, le romancier Émile chevalier

publiait un livre qu'il signait d'un beau titre: JACQUES CARTIER.

"Saluez avec moi, s'écriait-il dans la dédicace de son roman historique,

saluez avec moi... le premier Découvreur Français, un Breton, homme de

forte souche, de coeur haut et droit, le premier qui ait baisé cette

terre d'Amérique!"

Jacques Cartier! l'une de nos illustrations. Ah! le mot est chétif: un

de nos génies, devrais-je dire. Et pas une statue ne lui a été érigée

chez nous! A lui pas un monument, pas une inscription, pas un symbole de

la reconnaissance générale! O Athéniens! Athéniens! En France, il ne se

trouve peut-être pas cent mille personnes sachant qu'il a existé un

Jacques Cartier.

Eh! bien, ce que je demande pour Jacques Cartier, notre Christophe

Colomb à nous Français, l'un de ceux Qui devraient faire marque dans nos

annales historiques, l'un des plus ignorés pourtant, ce que je demande,

c'est un monument élevé soit à Saint-Malo, soit à Rennes, soit même à

Paris,--pourquoi non?--qui transmette désormais à la postérité le

souvenir de ce grand homme. Ce que je demande, pour l'honneur de mes

compatriotes, et _au nom d'un million de Français reconnaissants qui, de

l'Atlantique, béniront notre oeuvre_, c'est que l'on se mette à la tête

d'un mouvement ayant pour but de rendre à l'un de nos plus illustres, de

nos plus vertueux citoyens, à Jacques Cartier, l'hommage que la

légèreté, plus encore que l'ingratitude, a négligé de lui rendre jusqu'à

ce jour.

Une statue à Jacques Cartier, au Découvreur du Canada!

Hélas! trois fois hélas! comme pleure la Tragédie Grecque, le roman

patriotique du patriote Émile Chevalier n'a pas eu l'honneur de la

centième édition. Cette gloire appartient exclusivement aujourd'hui aux

livres scandaleux et obscènes. Vingt années ont passé sur le livre du

courageux écrivain qui a réédité _Sagard_ et son _Histoire du Canada_,

vingt ans d'oubli, d'indifférence, et de silence fatal. Le livre est

perdu, l'enthousiasme éteint, le rêve évanoui. Nulle part il n'y a de

monument! Pas de statue à St. Malo, pas de statue à Rennes, pas de

statue à Paris!

Cartier subirait-il donc, et tout entier, le sort effroyable des marins

pleurés par le poëte:

_Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire_?

Ainsi, nous avons un collège électoral qui porte le nom de _Jacques

Cartier_. Il y a, à Montréal, une place _Jacques Cartier_. Il existe

encore, dans notre métropole commerciale, un carré _Jacques Cartier_,

une banque _Jacques Cartier_ une rue _Jacques Cartier_.[165]

[Note 165: Montréal aurait eu tort d'oublier Jacques Cartier car

elle lui doit son nom.

"Après que nous feusmes yssus (_sortis_) de la dicte ville,

(_Hochelaga_) plusieurs hommes et femmes nous vinrent conduyre

sur la montagne cy-devant dicte, qui est par nous nommée, _Mont

royal_, distant du dict lieu d'ung quart de lieues. Et nous

estans sur icelle montaigne eusmes veue et congnaissance de plus

de trente lieues à l'environ (_à l'entour_) d'icelle."

_Relation_ du second _Voyage de Jacques Cartier_, verso du

feuillet 26 et recto du feuillet 27.]

A Québec, nous avons une division municipale qui porte le nom de

quartier _Jacques Cartier_, un marché _Jacques Cartier_ une rue _Jacques

Cartier_, très bien nommée celle-là, parce qu'elle traverse dans toute

sa longueur la presqu'île de la _Pointe-aux-Lièvres et nous mène, par le

pont Bickell, droit au site de l'hivernage des vaisseaux du Découvreur

en 1535-36_.

Nous avons encore dans le collège électoral de _Québec_ une paroisse que

porte le nom de St. Gabriel de Val-_Cartier_. Puis encore, dans le même

comté, le grand lac et le petit lac _Jacques Cartier_ qui donne son nom

à la vallée qu'elle arrose, elle coule dans trois comtés, Montmorency,

Québec, Portneuf, avant de se jeter dans le St. Laurent qu'elle atteint

près de la paroisse de Cap Santé.

Mais toute cette nomenclature géographique et cadastrale ne suffit pas à

la renommée historique du Découvreur.

Aussi, l'an prochain (1889) sur la façade du Palais Législatif, dans une

des ouvertures du Campanile dédié à Jacques Cartier, le Gouvernement de

la Province de Québec placera la statue, grandeur héroïque, de

l'Illustre Découvreur. Certes, le piédestal sera digne de l'oeuvre de

notre éminent artiste sculpteur Hébert, car elle dominera à cette

hauteur, près de quatre cent pieds, l'estuaire de la rivière St.

Charles, de cette historique Cabir-Coubat qui vit entrer dans ses eaux,

le matin du 14 septembre 1535, trois petits navires pavoisés aux

couleurs de France, qui portaient l'Évangile et l'avenir du Canada!

L'an prochain donc, nous aurons chez nous À Québec, la statue que le

patriotique écrivain Chevalier cherchait vainement sur les boulevards de

St. Malo, de Rennes et de Paris.[166]

[Note 166: Je sais, de source certaine, que la décoration

historique du Palais Législatif de la Province de Québec a été

accordée à notre ami M. Eugène Hamel par le Gouvernement de

Québec. Cet artiste distingué a déjà préparé les esquisses de

deux tableaux représentant, le premier, _Christophe Colomb reçu

par Ferdinand et Isabelle_, après la découverte de l'Amérique, le

second, _Jacques Cartier à Hochelaga_. Ces deux tableaux seront

exécutés dans les panneaux dominant, aux salles de l'_Assemblée

Législative_ et du _Conseil Législatif_, les fauteuils des

Présidents de ces deux chambres.]

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TABLE DES MATIÈRES

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Préface

Critique

Argument analytique.

CHAPITRE PREMIER

_Prologue_:-Un causeur d'autrefois.

CHAPITRE DEUXIÈME

La _Grande Hermine_.

CHAPITRE TROISIÈME

La _Petite Hermine_.

CHAPITRE QUATRIÈME

L'Emérillon.

CHAPITRE CINQUIÈME

Un Noël Breton

_Épilogue_.

APPENDICE

Une fête de Noël sous Jacques Cartier · 第 17 / 17 段