Que serait, en effet, le port que nous donnons ici, sans le rayonnement

prestigieux de l’astre? Certes, l’ordonnance de la composition

est habile. Le monument qui se dresse à droite, avec sa terrasse

surplombant la mer et son architecture gracieuse est du plus bel

effet. Comme tout véritable artiste, Claude Lorrain possède l’art de

varier l’intérêt; il sait, quand il le faut, rompre la monotonie d’une

perspective en y interposant un massif de feuillages ou en projetant

en avant une tour pittoresque; il sait l’importance des premiers plans

qu’il décore toujours d’un vigoureux monument destiné à servir de

contrepoids à tout le reste. Dans le port, les vaisseaux et les barques

sont distribués avec une entente parfaite de la composition. Mais tout

cela ne dépasserait pas l’art précis et documentaire d’un Canaletto

si, sur toute cette nature et sur ces choses inertes, ne s’épandait la

pourpre caresse du soleil. Là est le tableau tout entier. Cette lumière

chaude, dorée, de l’astre qui lentement s’enfonce dans la mer, lumière

vibrante qui emplit tout l’espace et dont l’œil chercherait vainement

le sillon sur la toile, c’est un miracle de poésie et d’art que Lorrain

a été le seul à pouvoir réaliser.

Quels sont les personnages qui peuplent ce _Port de mer_? Il serait

malaisé de le dire et Lorrain lui-même eût été embarrassé pour

l’expliquer. Ces élégants conversant à la terrasse, ces badauds

assistant au déchargement des barques ne sont là que pour animer le

paysage. Ce n’était même pas Lorrain qui les peignait, car il ne savait

pas dessiner les figures. Il en laissait le soin à des collaborateurs,

comme Bril, mais n’y attachait pas plus d’importance que nous n’y en

attachons nous-mêmes. Si l’on en croit le titre, il ne s’agirait de

rien moins que de l’_Embarquement de la reine de Saba_ allant visiter

Salomon. Mais qu’importe? Le vrai roi n’est-il pas le soleil et lui

seul?

Ce magnifique tableau porte cette inscription: _Claude Gil. JV.,

faict pour Son Altesse le Duc de Bouillon, à Roma, 1648_. Acquis par

M. Augustein, celui-ci le légua, avec sa collection, à la “National

Gallery” où il figure dans la salle XVI, réservée à la peinture

française.

* * * * *

Hauteur: 1.45.--Largeur: 2 m.--_Figures: 0.25._

GHIRLANDAJO

PORTRAIT DE JEUNE FILLE

SALLE III.--ÉCOLE TOSCANE

[Illustration]

_Portrait de jeune fille_

C’est une bien délicate et bien vivante figure que celle de cette jeune

Florentine. Tournée de trois quarts vers la droite, elle semble fixer

l’étonnement de ses yeux bleus sur le mystère de la vie qui s’ouvre

devant elle; il y a, dans ces yeux, bien des choses, de la candeur,

de la sérénité, de la douceur. Tout le visage est éclairé de cette

lueur limpide; des yeux, le sourire descend jusqu’aux lèvres, sourire

presque insaisissable, qui se fixe à peine, mais qui voltige sur le

front, sur les joues qu’il anime, sur le nez dont il fait palpiter les

fines ailes, sourire ému peut-être, car il semble imprimer à ce masque

virginal une sorte de frémissement et de langueur. Cette admirable tête

de patricienne est couronnée de la parure blonde des cheveux, lissés

en bandeau sur le front, nattés sur la nuque et s’épandant en flots

onduleux de chaque côté des tempes.

Le cou nu et la gorge délicate s’enferment dans un corsage de velours

nacarat qui fait valoir le grain de cette chair de blonde sur laquelle

quatre siècles écoulés ont déposé une précieuse patine d’ambre et d’or.

Devant cette peinture si légèrement brossée que le travail du pinceau

y demeure insaisissable, on ne peut se lasser d’admirer l’art de ces

maîtres du XVe siècle qui restent des modèles merveilleux. Quelques

frottis à peine appuyés, une touche imperceptible et la chair s’anime,

la vie monte du fond de l’être dans le miroir des yeux, les joues se

colorent, toutes les impressions de l’âme se révèlent et la vie intime

du personnage nous livre ses secrets.

De cet art évocateur, Ghirlandajo fut un des plus remarquables

virtuoses parmi les peintres de son époque. Et cependant, ces peintres

s’appelaient Léonard de Vinci et Michel-Ange.

Né à Florence en 1449, Domenico Ghirlandajo était le plus jeune des

trois fils de Tomaso Bigordi, ciseleur florentin très estimé. Son

surnom de Ghirlandajo lui fut donné parce que, tout enfant, il fut

employé à confectionner les guirlandes tressées dont les belles

patriciennes de sa ville natale aimaient à se parer. Mais son goût

pour la peinture décida sa famille à le faire entrer dans l’atelier

d’Alessio Baldovinetto. Il ne tarda pas à distancer son maître et à

se tailler une place de choix dans une ville qui s’honorait déjà de

posséder les premiers artistes de l’Italie.

Laurent de Médicis, à qui l’histoire à décerné le surnom de Magnifique,

régnait alors sur Florence, qu’il gouvernait avec une main de fer.

Mais il avait le goût des arts et des belles-lettres et il mettait

sa gloire à s’entourer, dans son palais, de tout ce que la péninsule

renfermait en hommes illustres. Sa cour était la plus brillante de

cette époque et pouvait rivaliser avec la cour pontificale. Les poètes

y disaient leurs vers devant un auditoire cultivé et connaisseur; les

peintres, familiers du palais, y étaient toujours assurés d’un accueil

agréable et d’une efficace protection. Laurent ne se contentait pas

d’honorer les peintres, il les comblait de largesses et leurs confiait

la décoration des palais et des églises de la ville.

Ghirlandajo était des mieux en cour. Laurent l’affectionnait

particulièrement. Il avait en outre trouvé un protecteur puissant et

tout dévoué dans la personne de Francesco Sassetti, banquier florentin

devenu l’homme d’affaires des Médicis, qui exerçait à la cour de

Laurent les fonctions de fondé de pouvoirs, sinon de ministre du

fastueux tyran de Florence.

C’est grâce à lui que Ghirlandajo peignit les fameuses fresques

représentant six scènes de la vie de saint François, patron de

Sassetti. Cette commande lui en amena d’autres, et bientôt il fut

considéré comme le premier peintre de fresques de son temps. Son

chef-d’œuvre en ce genre est la série qu’il exécuta, avec son frère

David, dans l’église Santa Maria Novella, pour Giovanni Tornabuoni, un

autre de ses protecteurs; ces scènes représentent des scènes de la vie

de saint Jean-Baptiste et de la Vierge.

Ces œuvres de Ghirlandajo témoignent d’une science de la composition

très remarquable pour l’époque; il excellait à distribuer les

personnages et les scènes de ses tableaux, sur les vastes murailles

des églises, en groupes harmonieux et pittoresques. Mais, venu au

monde en un siècle et dans une ville fortement marqués de paganisme,

il manque d’émotion religieuse et de sentiment poétique. Il est

charmant, ingénieux, habile, coloriste délicat et précieux, il n’est

pas véritablement chrétien.

Mais il devient un artiste incomparable dès qu’il aborde le portrait

et surtout le portrait de femme. Nul n’a exprimé avec plus de grâce

voluptueuse le charme des fines et altières patriciennes de la riche

cité toscane. La jeune fille que nous donnons ici est certainement

l’une des plus belles qu’il ait peintes.

Quelques critiques pensent que cette peinture n’est pas due, au moins

en sa totalité, au pinceau de Ghirlandajo, et l’attribuent à son

beau-frère, Mainardi; mais cette opinion ne s’appuie sur aucun document

sérieux.

Le _Portrait de jeune fille_ figure à la “National Gallery” dans la

salle III réservée à l’école toscane.

* * * * *

Hauteur: 0.43.--Largeur: 0.33.--_Figure grandeur demi-nature._

NICOLAS MAËS

LA SERVANTE PARESSEUSE

SALLE X.--ÉCOLE HOLLANDAISE

[Illustration]

_La servante paresseuse_

Une maison bourgeoise de Hollande. Par la porte entr’ouverte de la

cuisine, on aperçoit une confortable salle à manger où un homme et deux

femmes sont en train de déjeuner. La chaise restée vide est celle de

la maîtresse de maison qui, n’entendant pas dans la cuisine le bruit

accoutumé des vaisselles remuées, s’est dérangée, ménagère attentive,

pour connaître les raisons de ce silence. Et que voit-elle? Accroupie

sur une chaise, la tête dans sa main, la cuisinière s’est endormie sur

son ouvrage, devant les plats et les casseroles étalés en désordre.

Pendant qu’elle dort ainsi, le chat de la maison, grimpé sur le buffet,

profite de son inattention et mord à belles dents dans un gigot. La

maîtresse de maison est une brave femme, selon toute apparence. Au

lieu de se fâcher et d’éveiller rudement la dormeuse, elle épanouit

sa bonne figure en un large sourire et montrant la servante, elle

semble prendre le spectateur à témoin de la difficulté que l’on a à se

faire servir. Le grave problème des domestiques, on le voit, ne date

pas d’aujourd’hui, il se posait déjà au XVIIe siècle, mais avec moins

d’acuité peut-être. Il y avait alors, entre maîtres et serviteurs, des

liens de cordialité qui n’existent pas de nos jours et il entrait dans

leurs rapports journaliers, plus de déférence d’un côté, et de l’autre

plus d’indulgence.

Nicolas Maës était passé maître dans la peinture de ces épisodes

familiers de la vie domestique. Avec lui nous pénétrons dans les

intérieurs hollandais et nous en surprenons l’existence intime, faite

de menus détails, notés d’un pinceau alerte et humoristique. Il ne se

complaît pas, comme Jan Steen ou Brauwer, au spectacle des buveurs aux

trognes enluminées, il ne va pas chercher ses modèles dans les bouges

enfumés du port d’Amsterdam ni dans les carrefours populaires où se

déchaînent les rondes bruyantes des maritornes et des paysans. Son

pinceau n’aime pas à s’encanailler. Les scènes de la vie bourgeoise

conviennent mieux à sa nature paisible, à son talent pondéré; il

aime peindre les causeries sous la lampe familiale, les parties de

cartes près de la haute cheminée où flambe un joli feu de bois. S’il

lui arrive de descendre dans la rue, les scènes qu’il représente

sont pittoresques, animées, amusantes, mais jamais débraillées. Ses

personnages ne sont pas des muscadins, mais ils ont de la tenue, ils

sont décents.

Nicolas Maës jouit d’ailleurs, dans sa ville, de l’estime générale; à

la différence de la plupart de ses confrères, il mène une vie rangée,

laborieuse, exempte de vices et de dettes. Les notables le chargent de

portraiturer leurs filles et les magistrats de la cité ne dédaignent

pas de poser devant lui.

Cette estime, il la mérite comme homme et comme peintre. Il possède un

talent de premier ordre et peut marcher de pair avec les plus célèbres

de son temps. Au surplus, il a de qui tenir: il est élève de Rembrandt

et le maître, si difficile, apprécie de façon toute particulière le

mérite de son élève. A cette rude et géniale école, Maës a appris

jusque dans ses moindres détails l’art du dessin, qu’il aura toujours

ferme et irréprochable; la science du coloris qu’il emploiera dans des

tonalités moins violentes et plus gaies que celles de son maître, enfin

le secret du clair-obscur que possédèrent plus ou moins tous ceux qui

eurent l’honneur de travailler sous la puissante direction de Rembrandt.

Plus que tout autre, Nicolas Maës profita de ces leçons; il suffit,

pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur _la Servante paresseuse_,

reproduite ici.

La qualité maîtresse de Nicolas Maës est le naturel. C’est un maître

charmant que ce peintre et quoique son talent se soit exercé dans

un cercle un peu limité de sujets, on ne saurait trop admirer la

variété d’invention qu’il y a montrée, la fine observation de nature,

l’harmonie de couleur et la finesse de touche qui le caractérisent.

N’est-elle pas d’une vérité criante, cette servante endormie, la tête

dans ses mains? Et n’est-elle pas aussi bien naturellement campée, la

joviale maîtresse qui vient surprendre sa domestique en flagrant délit

de paresse?

Quant à la couleur, elle est parfaite. Elle est claire, fraîche, d’une

qualité qui lui a permis de résister à l’action du temps. Les ombres

et les lumières sont distribuées avec une science, une virtuosité qui

trahissent l’élève de Rembrandt. La salle à manger est noyée dans une

demi-obscurité qui reste quand même lumineuse et ne laisse échapper

aucun détail de l’ameublement et des personnages. Dans la cuisine

même, le jour tombe d’une fenêtre qu’on ne voit pas et se distribue

habilement sur les personnages principaux de la scène, les deux femmes.

Le reste, qui n’est qu’accessoire, se révèle faiblement dans l’ombre,

en demi-teintes atténuées et discrètes. Mais cette ombre n’est jamais

opaque, la lumière y court et, en regardant bien, on y discerne les

objets.

Certaines œuvres, attribuées à Nicolas Maës, ne présentent pas les

mêmes qualités; elles sont même si manifestement inférieures qu’on se

refuse aujourd’hui à y reconnaître sa main. Il est inadmissible, en

effet, que le même artiste ait pu produire des chefs-d’œuvre et des

compositions aussi médiocres.

_La Servante paresseuse_ porte, à côté de la signature, la date de

1655. Elle a été léguée à la “National Gallery”, en 1846, par M.

Richard Simmons. Elle figure dans la salle X, réservée à la peinture

hollandaise.

* * * * *

Hauteur: 0.69.--Largeur: 0.54.--_Figures: 0.41._

ROMNEY

MRS. MARK CURRIE

SALLE XVIII.--VIEILLE ÉCOLE ANGLAISE

[Illustration]

_Mrs. Mark Currie_

S’il avait fondé sa réputation sur les sujets historiques ou

mythologiques auxquels il se complut un moment, Romney n’aurait

acquis qu’un renom médiocre et son œuvre ne lui aurait pas survécu.

Fort heureusement pour sa gloire, il a laissé une magnifique suite de

portraits qui le classent, à la suite de Reynolds et de Gainsborough,

parmi les représentants les plus illustres de la peinture anglaise au

XVIIIe siècle.

Peu connu sur le continent jusqu’à ces derniers temps, Romney jouit

dans son pays d’une vogue considérable, presque aussi éclatante que

celle de ses deux grands rivaux. Il y avait à Londres, dans le monde

des arts et de la Cour, deux partis opposés, l’un tenant pour Romney,

l’autre pour Reynolds. Lord Thurlow, attorney général, devenu plus

tard lord Chancelier, constate cette rivalité de gloire. «Reynolds et

Romney, écrit-il, se disputent les suffrages de la ville et je suis du

parti de Romney.»

Dans ce parti se rangeaient aussi la plupart des femmes de la société

anglaise dont Romney était devenu le portraitiste préféré. Il y avait

une raison à cet engouement. Le pinceau délicat et flatteur de Romney

savait trouver sur la palette les couleurs tendres qu’il fallait pour

embellir et poétiser ses modèles. Toutes les femmes de Romney ont du

charme, de la grâce, de la distinction, et celles qui posaient devant

lui lui savaient gré de constater dans leur portrait des avantages que

parfois elles ne découvraient pas dans leur miroir.

Reynolds ne pouvait s’empêcher de jalouser son rival; il l’appelait,

avec un peu de dédain, «l’homme de Cavendish Square». C’est à Cavendish

Square, que Romney possédait son atelier, en effet, où se pressait

l’élite de l’aristocratie anglaise.

La postérité, qui voit plus juste parce qu’elle voit de plus haut et de

plus loin, a départagé les deux rivaux. Elle assigne à Romney, malgré

son incontestable talent, une place de second rang, après Reynolds et

Gainsborough. Il est le premier parmi les peintres de deuxième ordre.

Même dans ses œuvres les meilleures, l’art demeure un peu superficiel;

l’âme apparaît rarement sur ses plus charmants visages; il s’inquiète

peu de psychologie, de caractère. Le seul effort que l’on discerne dans

cette peinture facile et brillante, c’est l’effort vers le «joli», qui

fit beaucoup plus pour sa popularité que pour sa gloire véritable.

Sa couleur est pure et limpide, sa manière simple et distinguée, son

dessin gracieux et plaisant, mais son œuvre témoigne d’une absence

de profondeur qui devient encore plus manifeste quand on l’examine

d’ensemble. Ses toiles apparaissent alors avoir été coulées dans le

même moule, exécutées d’après une formule invariable. Si Reynolds

et Gainsborough firent de fâcheuses concessions aux conventions

superficielles de leur époque, Romney en fut l’esclave absolu.

Il n’en a pas moins produit des œuvres qui, par la maîtrise de

l’exécution, le brillant du coloris, l’élégante perfection du dessin,

peuvent se comparer aux plus belles de Reynolds. Certains de ses

portraits furent célèbres et le sont encore. De ce nombre est la

gracieuse effigie de Mrs. Mark Currie, reproduite ici.

La jeune femme est représentée assise dans un parc, devant un fond de

verdure qui met en pleine valeur sa fine beauté blonde. Ses cheveux

abondants et bouclés encadrent le plus délicieux visage qu’on puisse

voir. Elle incline légèrement la tête vers la droite, dans une attitude

de rêverie; son coude gauche s’appuie à une balustrade de pierre.

Elle est vêtue dune robe de mousseline blanche, serrée à la taille par

une ceinture d’un rouge éteint; des rubans de même couleur sont noués

aux bras et à l’échancrure du corsage. Le cou et les bras sont d’une

admirable pureté de lignes. A travers les balustres de la terrasse, le

regard s’étend sur un paysage de verdure et d’eau et sur un beau ciel

bleu.

Charme, finesse, distinction, toutes les qualités de Romney se

retrouvent dans ce charmant portrait. Il n’en a jamais peint de

supérieur à celui-là, exception faite toutefois pour la _Fille du

pasteur_, que nous retrouverons d’ailleurs dans cette galerie.

Mrs. Mark Currie s’appelait Élizabeth Cloze, de son nom de jeune fille.

Elle épousa, en 1789, M. Mark Currie, riche banquier qui résidait à

Upper Gatton, dans le Surrey.

«En réalité, écrit M. Armand Dayot, c’est à la peinture du portrait que

Romney doit le plus pur de sa gloire. Il n’a ni la science profonde, ni

la somptuosité de touche de Reynolds; la distinction acquise de son art

ne s’élève pas à l’aristocratique instinctivité des Gainsborough; et

si la sécheresse de son dessin, parfois un peu hésitant, impressionne

péniblement le regard, l’œil se réjouit au spectacle des colorations

délicates et chaudes qui, comme un doux reflet corrégien, baignent ses

gracieuses figures de femmes.»

_Mrs. Mark Currie_ fut acheté en 1898 au Révérend Sir Frederick T.

Currie pour 87.500 francs. C’est le prix le plus élevé qu’ait payé la

“National Gallery” pour une peinture anglaise. Elle figure dans la

salle XVIII, réservée à l’ancienne école anglaise.

* * * * *

Hauteur: 1.51.--Largeur: 1.20.--_Figure grandeur nature._

PIERO DELLA FRANCESCA

NATIVITÉ

SALLE VI.--ÉCOLE OMBRIENNE

[Illustration]

_Nativité_

Quelle ravissante chose que cette _Nativité_ si l’on se reporte à

l’époque où vécut son auteur! Quel charme dans le détail et quel

délicat parfum de piété véritable dans cette composition naïve! Conçu

dans une forme inattendue et pittoresque, l’événement fameux de la

naissance du Christ nous captive et nous enchante par sa variété, son

imprévu et aussi sa beauté réelle. Rien ne rappelle la scène admise et

consacrée par les Livres Saints. L’étable creusée dans le roc s’est

transformée en une sorte de hangar, fait de quelques planches disposées

en auvent. Contrairement aussi à toutes les traditions, ce n’est pas

dans la nuit glacée de décembre que se déroule le grand prodige,

mais sous le clair soleil de l’Italie, dans un paysage toscan où se

profilent les tours de la ville d’Arezzo.

Mais si le décor est moderne, le sujet est bien conforme à la vérité

historique. Le lieu où le peintre l’a placé est une lande aride et

désolée et tout, dans les personnages et les choses, trahit la pauvreté

dans laquelle voulut naître l’Homme-Dieu. Le voici, Celui qui commande

dans les Cieux et sur la terre, couché tout nu sur un pan du manteau

de la Vierge, à même le sol raboteux et dur. Devant lui, agenouillée

dans une pose de prière et d’adoration, sa divine Mère joint les mains

et contemple, avec un respect mêlé d’amour, le fruit béni de ses

entrailles. Piero della Francesca, ignorant du costume comme tous les

peintres de son époque, a revêtu la Vierge d’une robe bien ajustée,

comme en portaient alors les dames florentines. Un peu en arrière et

à droite, saint Joseph se tient assis sur le bât de son âne. Comme

étranger à la scène, il croise ses mains sur sa jambe repliée. Il porte

une sorte de souquenille noire et un bonnet où pend un gland d’or. A

côté de lui, debout, on aperçoit deux bergers. Au fond, sous l’auvent

de l’étable, le bœuf allonge sa bonne tête aux yeux ronds tandis que

l’âne, le museau levé, la bouche entr’ouverte découvrant les dents, a

l’air de braire de contentement.

Mais le groupe principal du tableau, c’est le groupe des cinq anges

qui, debout devant l’Enfant-Dieu, célèbrent sa gloire par leurs chants.

Deux d’entre eux s’accompagnent avec des violes.

Ce groupe est une véritable merveille d’exécution. Les visages ont

une beauté qui rappelle les plus parfaites créations de Raphaël, la

ligne des corps est admirable et les robes sont drapées avec un art

supérieur. En présence de ces anges, on ne peut s’empêcher de penser à

ces figures célestes que le divin Angelico tressait comme une couronne

de clartés autour du trône de la Vierge.

Au temps où vivait Piero della Francesca, les peintres s’attachaient

surtout à exprimer le visage humain, et négligeaient assez volontiers

l’exécution du corps que leur inexpérience de l’anatomie leur rendait

plus difficile. Devançant son époque, Piero della Francesca fit montre,

dans l’étude du corps, d’une science remarquable dont on ne trouve

aucun autre exemple dans les œuvres de la même période. Il possédait

à un égal degré le don de l’observation et il savait donner à ses

personnages le caractère qui leur convenait.

On classe généralement Piero della Francesca, ou dei Franceschi comme

on l’appelle aussi, parmi les premiers maîtres de l’école ombrienne.

Mais né à Borgo San Sepolcro, en Toscane, vers 1415, il doit être

rattaché à l’école florentine, qui fut l’inspiratrice de son art.

Domenico Veneziano, dont il fut l’élève, l’initia à la technique de

la peinture à l’huile et l’incita à la recherche du caractère tandis

que l’étude approfondie de Paolo Uccello attirait son attention vers

les problèmes de la perspective. Son œuvre est considérable et nous

le voyons durant sa vie parcourir toutes les villes de la péninsule

pour y exécuter des commandes. Il reste malheureusement peu de chose

de cet artiste, mais on peut admirer aujourd’hui encore, dans l’église

Saint-François d’Arezzo, des fresques remarquables dues à son pinceau

représentant les légendes de la Croix. Esprit scientifique et clair,

Piero s’était passionné, dès son jeune âge, pour l’étude des sciences

exactes et le fameux mathématicien Luca Pacioli, fut son élève et son

ami. Très versé dans son art, il écrivit un traité de perspective,

dédié au duc d’Urbin, qui était très estimé et qui pendant longtemps a

fait autorité parmi les architectes et les peintres.

Piero della Francesca a manifestement ouvert la voie, par sa technique

savante, aux grands peintres qui l’ont suivi et il exerça sur le

développement artistique de son temps une influence qui n’est pas

douteuse. Il fut le premier peintre qui comprit l’importance de la

valeur des tons et qui donna de l’atmosphère à ses tableaux. On

pourrait dire qu’il fut le précurseur des peintres de _plein air_ dont

le XIXe siècle a marqué l’éclosion.

Aussi comprend-on que le registre mortuaire de sa ville natale, en

inscrivant son décès, ait qualifié de _peintre fameux_ Maestro Piero

Benedetto dei Franceschi, mort le 12 octobre 1492.

La “National Gallery” a l’heureuse fortune de posséder deux œuvres

de cet éminent artiste, le _Baptême du Christ_ et la _Nativité_,

reproduite ici. Elles figurent l’une et l’autre dans la salle VI,

réservée à l’école ombrienne.

* * * * *

Hauteur: 1.33.--Largeur: 1.21.--_Figures: 0.66._

TERBURG

PORTRAIT D’HOMME

SALLE XI.--ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

[Illustration]

_Portrait d’homme_

La "National Gallery" · 第 7 / 10 段