[Note 115: _Athalie_ acte I scène I.]
Hélas! cette goutte de sang s'écoule sur la terre étrangère!
M. Decazes tomba. La censure arriva, et, malgré l'assassinat du duc de
Berry, je votai contre elle: ne voulant pas qu'elle souillât le
_Conservateur_, ce journal finit par cette apostrophe au duc de Berry:
«Prince chrétien! digne fils de saint Louis! illustre rejeton de tant
de monarques, avant que vous soyez descendu dans cette dernière
demeure, recevez notre dernier hommage. Vous aimiez, vous lisiez un
ouvrage que la censure va détruire. Vous nous avez dit quelquefois que
cet ouvrage sauvait le trône: hélas! nous n'avons pu sauver vos jours!
Nous allons cesser d'écrire au moment que vous cessez d'exister: nous
aurons la douloureuse consolation d'attacher la fin de nos travaux à
la fin de votre vie[116].
[Note 116: Article de Chateaubriand, daté du 3 mars 1820.
_Le Conservateur_, tome VI, p. 471.]
* * * * *
M. le duc de Bordeaux vint au monde le 29 septembre 1820. Le
nouveau-né fut nommé l'_enfant de l'Europe_[117] et l'_enfant du
miracle_[118], en attendant qu'il devînt l'enfant de l'exil.
[Note 117: Lorsque le nonce vint féliciter le roi au nom du
corps diplomatique, il prononça la phrase suivante en
montrant le duc de Bordeaux: «Voici le plus grand bienfait
que la Providence la plus favorable a daigné accorder à la
tendresse de Votre Majesté. Cet enfant de souvenirs et de
regrets est aussi l'_enfant de l'Europe_. Il est le présage
et le garant de la paix et du repos qui doivent suivre tant
d'agitations».]
[Note 118:
Il est né, _l'enfant du miracle_!
Héritier du sang d'un martyr,
Il est né d'un tardif oracle,
Il est né d'un dernier soupir!
Aux accents du bronze qui tonne
La France s'éveille et s'étonne
Du fruit que la mort a porté!
Jeux du sort! merveilles divines!
Ainsi fleurit sur des ruines
Un lis que l'orage a planté.
(_La Naissance du duc de Bordeaux_, par Alphonse de
Lamartine.)]
Quelque temps avant les couches de la princesse, trois dames de la
halle de Bordeaux, au nom de toutes les dames leurs compagnes, firent
faire un berceau et me choisirent pour les présenter, elles et leur
berceau, à madame la duchesse de Berry. Mesdames Dasté, Duranton,
Aniche[119], m'arrivèrent. Je m'empressai de demander aux
gentilshommes de service l'audience d'étiquette. Voilà que M. de Sèze
crut qu'un tel honneur lui appartenait de droit: il était dit que je
ne réussirais jamais à la cour. Je n'étais pas encore réconcilié avec
le ministère, et je ne parus pas digne de la charge d'introducteur de
mes humbles ambassadrices. Je me tirai de cette grande négociation
comme de coutume, en payant leur dépense.
[Note 119: «Aniche, synonyme gascon d'Annette et diminutif
d'Anne. Aniche était fort belle, et s'était fait connaître
sous l'Empire par l'ardeur de son royalisme. Je l'ai admirée
à Bordeaux, en 1815, louant des chaises à tous les
promeneurs des allées de Tourny: elle n'avait pas d'autre
fortune». Marcellus, _Chateaubriand et son temps_, p. 248.]
Tout cela devint une affaire d'État; le cancan passa dans les
journaux. Les dames bordelaises en eurent connaissance et m'écrivirent
à ce sujet la lettre qui suit:
«Bordeaux, le 24 octobre 1820.
«Monsieur le vicomte,
«Nous vous devons des remercîments pour la bonté que vous avez
eue de mettre aux pieds de madame la duchesse de Berry notre joie
et nos respects: pour cette fois du moins on ne vous aura pas
empêché d'être notre interprète. Nous avons appris avec la plus
grande peine l'éclat que M. le comte de Sèze a fait dans les
journaux; et si nous avons gardé le silence, c'est parce que nous
avons craint de vous faire de la peine. Cependant, monsieur le
vicomte, personne ne peut mieux que vous rendre hommage à la
vérité et tirer d'erreur M. de Sèze sur nos véritables intentions
pour le choix d'un introducteur chez son Altesse Royale. Nous
vous offrons de déclarer dans un journal à votre choix tout ce
qui s'est passé; et comme personne n'avait le droit de nous
choisir un guide, que jusqu'au dernier moment nous nous étions
flattées que vous seriez ce guide, ce que nous déclarerons à cet
égard ferait nécessairement taire tout le monde.
«Voilà à quoi nous sommes décidées, monsieur le vicomte; mais
nous avons cru qu'il était de notre devoir de ne rien faire sans
votre agrément. Comptez que ce serait de grand coeur que nous
publierions les bons procédés que vous avez eus pour tout le
monde au sujet de notre présentation. Si nous sommes la cause du
mal, nous voilà prêtes à le réparer.
«Nous sommes et nous serons toujours de vous,
«Monsieur le vicomte,
«Les très-humbles et très-respectueuses servantes,
«Femmes DASTÉ, DURANTON, ANICHE.»
Je répondis à ces généreuses dames qui ressemblaient si peu aux
grandes dames:
«Je vous remercie bien, mes chères dames, de l'offre que vous me
faites de publier dans un journal tout ce qui s'est passé
relativement à M. de Sèze. Vous êtes d'excellentes royalistes, et
moi aussi je suis un bon royaliste: nous devons nous souvenir
avant tout que M. de Sèze est un homme respectable, et qu'il a
été le défenseur de notre roi. Cette belle action n'est point
effacée par un petit mouvement de vanité. Ainsi gardons le
silence: il me suffit de votre bon témoignage auprès de vos amis.
Je vous ai déjà remerciées de vos excellents fruits: madame de
Chateaubriand et moi nous mangeons tous les jours vos marrons en
parlant de vous.
«À présent permettez à votre hôte de vous embrasser. Ma femme
vous dit mille choses, et moi je suis
«Votre serviteur et ami,
«Chateaubriand.
«Paris, 2 novembre 1820.»
Mais qui pense aujourd'hui à ces futiles débats? Les joies et les
fêtes du baptême sont loin derrière nous. Quand Henri naquit, le jour
de Saint-Michel, ne disait-on pas que l'archange allait mettre le
dragon sous ses pieds? Il est à craindre, au contraire, que l'épée
flamboyante n'ait été tirée du fourreau que pour faire sortir
l'innocent du paradis terrestre, et pour en garder contre lui les
portes.
Cependant, les événements qui se compliquaient ne décidaient rien
encore. L'assassinat de M. le duc de Berry avait amené la chute de M.
Decazes[120], qui ne se fit pas sans déchirements. M. le duc de
Richelieu ne consentit à affliger son vieux maître que sur une
promesse de M. Molé[121] de donner à M. Decazes une mission lointaine.
Il partit pour l'ambassade de Londres où je devais le remplacer[122].
Rien n'était fini. M. de Villèle restait à l'écart avec sa fatalité,
M. de Corbière. J'offrais de mon côté un grand obstacle. Madame de
Montcalm[123] ne cessait de m'engager à la paix: j'y étais très
disposé, ne voulant sincèrement que sortir des affaires qui
m'envahissaient, et pour lesquelles j'avais un souverain mépris. M. de
Villèle, quoique plus souple, n'était pas alors facile à manier.
[Note 120: M. Decazes avait donné sa démission le 17
février. Le _Moniteur_ du 21 février publia trois
ordonnances, signées la veille. La première acceptait la
démission de M. Decazes; la seconde nommait M. le duc de
Richelieu président du conseil, en laissant l'ancien
ministère debout; la troisième conférait à M. Decazes le
titre de duc et de ministre d'État.]
[Note 121: Il y a la une erreur de plume. Le ministre des
affaires étrangères, en février 1820, était _M. Pasquier_.
M. Molé n'a eu, sous la Restauration, que le portefeuille de
la marine, et cela à une autre époque, du 12 septembre 1817
au 28 décembre 1818.]
[Note 122: L'ordonnance nommant le duc Decazes à l'ambassade
de Londres est du 20 février 1820. Il la conserva jusqu'au 9
janvier 1822.]
[Note 123: Soeur du duc de Richelieu. Elle était très liée
avec Chateaubriand.]
Il y a deux manières de devenir ministre: l'une brusquement et par
force, l'autre par longueur de temps et par adresse; la première
n'était point à l'usage de M. de Villèle: le cauteleux exclut
l'énergique, mais il est plus sûr et moins exposé à perdre la place
qu'il a gagnée. L'essentiel dans cette manière d'arriver est d'agréer
maints soufflets et de savoir avaler une quantité de couleuvres: M. de
Talleyrand faisait grand usage de ce régime des ambitions de seconde
espèce. En général, on parvient aux affaires par ce que l'on a de
médiocre, et l'on y reste par ce que l'on a de supérieur. Cette
réunion d'éléments antagonistes est la chose la plus rare, et c'est
pour cela qu'il y a si peu d'hommes d'État.
M. de Villèle avait précisément le terre à terre des qualités par
lesquelles le chemin lui était ouvert: il laissait faire du bruit
autour de lui, pour recueillir le fruit de l'épouvante qui s'emparait
de la cour. Parfois il prononçait des discours belliqueux, mais où
quelques phrases laissaient luire l'espérance d'une nature abordable.
Je pensais qu'un homme de son espèce devait commencer par entrer dans
les affaires, n'importe comment, et dans une place non trop
effrayante. Il me semblait qu'il lui fallait être d'abord ministre
sans portefeuille, afin d'obtenir un jour la présidence même du
ministère. Cela lui donnerait un renom de modération, il serait vêtu
parfaitement à son air; il deviendrait évident que le chef
parlementaire de l'opposition royaliste n'était pas un ambitieux,
puisqu'il consentait pour le bien de la paix à se faire si petit. Tout
homme qui a été ministre, n'importe à quel titre, le redevient: un
premier ministère est l'échelon du second; il reste sur l'individu qui
a porté l'habit brodé une odeur de portefeuille qui le fait retrouver
tôt ou tard par les bureaux.
Madame de Montcalm m'avait dit de la part de son frère qu'il n'y avait
plus de ministère vacant; mais que si mes deux amis voulaient entrer
au conseil comme ministres d'État sans portefeuille, le roi en serait
charmé, promettant mieux pour la suite. Elle ajoutait que si je
consentais à m'éloigner, je serais envoyé à Berlin. Je lui répondis
qu'à cela ne tenait; que quant à moi j'étais toujours prêt à partir et
que j'irais chez le diable, dans le cas que les rois eussent quelque
mission à remplir auprès de leur cousin; mais que je n'acceptais
pourtant un exil que si M. de Villèle acceptait son entrée au conseil.
J'aurais voulu aussi placer M. Lainé auprès de mes deux amis. Je me
chargeai de la triple négociation. J'étais devenu le maître de la
France politique par mes propres forces. On ne se doute guère que
c'est moi qui ai fait le premier ministère de M. de Villèle et qui ai
poussé le maire de Toulouse dans la carrière.
Je trouvai dans le caractère de M. Lainé une obstination invincible.
M. de Corbière ne voulait pas une simple entrée au conseil; je le
flattai de l'espoir qu'on y joindrait l'instruction publique. M. de
Villèle, ne se prêtant qu'avec répugnance à ce que je désirais, me fit
d'abord mille objections; son bon esprit et son ambition le décidèrent
enfin à marcher en avant: tout fut arrangé. Voici les preuves
irrécusables de ce que je viens de raconter; documents fastidieux de
ces petits faits justement passés à l'oubli, mais utiles à ma propre
histoire:
«20 décembre[124], trois heures et demie.
[Note 124: Le 20 décembre 1820.]
«À M. LE DUC DE RICHELIEU.
«J'ai eu l'honneur de passer chez vous, monsieur le duc, pour
vous rendre compte de l'état des choses: tout va à merveille.
J'ai vu les deux amis: Villèle consent enfin à entrer ministre
secrétaire d'État au conseil, sans portefeuille, si Corbière
consent à entrer au même titre, avec la direction de
l'instruction publique. Corbière, de son côté, veut bien entrer à
ces conditions, moyennant l'approbation de Villèle. Ainsi, il n'y
a plus de difficultés. Achevez votre ouvrage, monsieur le duc;
voyez les deux amis; et quand vous aurez entendu ce que je vous
écris, de leur propre bouche, vous rendrez à la France la paix
intérieure, comme vous lui avez donné la paix avec les étrangers.
«Permettez-moi de vous soumettre encore une idée: trouveriez-vous
un grand inconvénient à remettre à Villèle la direction vacante
par la retraite de M. de Barante[125]? il serait alors placé dans
une position plus égale avec son ami. Toutefois, il m'a
positivement dit qu'il consentirait à entrer au conseil sans
portefeuille, si Corbière avait l'instruction publique. Je ne dis
ceci que comme un moyen de plus de satisfaire complètement les
royalistes, et de vous assurer une majorité immense et
inébranlable.
[Note 125: M. de Barante avait donné sa démission de
directeur général des contributions indirectes, poste auquel
était attribué, à cette époque, un traitement de cent mille
francs. (Voir les _Souvenirs du baron de Barante_, t. II. p.
455.)]
«J'aurai enfin l'honneur de vous faire observer que, c'est demain
au soir qu'a lieu chez Piet la grande réunion royaliste, et qu'il
serait bien utile que les deux amis pussent demain au soir dire
quelque chose qui calmât toutes les effervescences et empêchât
toutes les divisions.
«Comme je suis, monsieur le duc, hors de tout ce mouvement, vous
ne verrez, j'espère, dans mon empressement que la loyauté d'un
homme qui désire le bien de son pays et vos succès.
«Agréez, je vous prie, monsieur le duc, l'assurance de ma haute
considération.
«CHATEAUBRIAND.»
* * * * *
«Mercredi[126]
[Note 126: Le mercredi 20 décembre 1820.]
«Je viens d'écrire à MM. de Villèle et de Corbière, monsieur, et
je les engage à passer ce soir chez moi, car dans une oeuvre
aussi utile il ne faut pas perdre un moment. Je vous remercie
d'avoir fait marcher l'affaire aussi vite; j'espère que nous
arriverons à une heureuse conclusion. Soyez persuadé, monsieur,
du plaisir que j'ai à vous avoir cette obligation, et recevez
l'assurance de ma haute considération.
«RICHELIEU.»
* * * * *
«Permettez-moi, monsieur le duc, de vous féliciter de l'heureuse
issue de cette grande affaire, et de m'applaudir d'y avoir eu
quelque part. Il est bien à désirer que les ordonnances
paraissent demain: elles feront cesser toutes les oppositions.
Sous ce rapport je puis être utile aux deux amis.
«J'ai l'honneur, monsieur le duc, de vous renouveler l'assurance
de ma haute considération.
«CHATEAUBRIAND.»
* * * * *
«Vendredi.
«J'ai reçu avec un extrême plaisir le billet que M. le vicomte de
Chateaubriand m'a fait l'honneur de m'écrire. Je crois qu'il
n'aura pas à se repentir de s'en être rapporté à la bonté du Roi,
et s'il me permet d'ajouter au désir que j'ai de contribuer à ce
qui pourra lui être agréable. Je le prie de recevoir l'assurance
de ma haute considération.
«RICHELIEU.»
* * * * *
«Ce jeudi.
«Vous savez sans doute, mon noble collègue, que l'affaire a été
conclue hier soir à onze heures, et que tout s'est arrangé sur
les bases convenues entre vous et le duc de Richelieu. Votre
intervention nous a été fort utile: grâces vous soient rendues
pour cet acheminement vers un mieux qu'on doit désormais regarder
comme probable.
«Tout à vous pour la vie,
«J. DE POLIGNAC.»
* * * * *
«Paris, mercredi 20 décembre, onze heures et demie du soir.
«Je viens de passer chez vous qui étiez retiré, noble vicomte:
j'arrive de chez Villèle qui lui-même est rentré tard de la
conférence que vous lui aviez préparée et annoncée. Il m'a
chargé, comme votre plus proche voisin, de vous faire savoir ce
que Corbière voulait aussi vous mander de son côté, que l'affaire
que vous avez réellement conduite et ménagée dans la journée est
décidément finie de la manière la plus simple et la plus abrégée:
lui _sans portefeuille_, son ami _avec l'instruction_. Il
paraissait croire qu'on aurait pu attendre un peu plus, et
obtenir d'autres conditions; mais il ne convenait pas de dédire
un interprète, un négociateur tel que vous. C'est vous réellement
qui leur avez ouvert l'entrée de cette nouvelle carrière: ils
comptent sur vous pour la leur aplanir. De votre côté, pendant le
peu de temps que nous aurons encore l'avantage de vous conserver
parmi nous, parlez à vos amis les plus vifs dans le sens de
seconder ou du moins de ne pas combattre les projets d'union.
Bonsoir. Je vous fais encore mon compliment de la promptitude
avec laquelle vous menez les négociations. Vous arrangerez ainsi
l'Allemagne pour revenir plus tôt au milieu de vos amis. Je suis
charmé, pour mon compte, de ce qu'il y a de simplifié dans votre
position.
«Je vous renouvelle tous mes sentiments.
«M. DE MONTMORENCY.»
* * * * *
«Voici, monsieur, une demande adressée par un garde du corps du
roi au roi de Prusse: elle m'est remise et recommandée par un
officier supérieur des gardes. Je vous prie donc de l'emporter
avec vous et d'en faire usage, si vous croyez, quand vous aurez
un peu examiné le terrain à Berlin[127], qu'elle est de nature à
obtenir quelque succès.
[Note 127: Chateaubriand venait d'être nommé envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire près la cour de
Berlin. _Moniteur_ du 30 novembre 1820.]
«Je saisis avec grand plaisir cette occasion de me féliciter avec
vous du _Moniteur_ de ce matin[128], et de vous remercier de la
part que vous avez eue à cette heureuse issue qui, je l'espère,
aura sur les affaires de notre France la plus heureuse influence.
[Note 128: M. de Corbière eut la présidence de l'instruction
publique avec l'entrée au Conseil. M. de Villèle entrait
également comme ministre secrétaire d'État sans
portefeuille. Ce dernier mit une condition à son
acceptation: c'est qu'il resterait dans son logement et ne
recevrait ni indemnité ni traitement. Et jusqu'à la fin, il
fera preuve du même désintéressement. Nommé ministre des
Finances, en décembre 1821, il avait droit à une somme de
25,000 francs pour frais d'installation: il la refusa. Louis
XVIII l'éleva, le 7 septembre 1822, à la dignité de
président du Conseil. Un supplément de 50,000 francs de
traitement annuel était attaché à ces fonctions: il le
refusa. Lorsqu'il sortit du ministère, en 1828, Charles X
exigea de lui qu'il acceptât la pension de ministre d'État;
cette pension fut inscrite au grand-livre. Il s'empressa d'y
renoncer aussitôt après la Révolution de 1830. Il lui
suffisait d'avoir relevé la fortune publique, d'avoir fondé
sur des bases indestructibles le crédit de la France,
d'avoir donné à notre pays les meilleures finances qu'il ait
jamais eues. Pendant ce temps, les auteurs de _la
Villéliade_ le représentaient sous les traits d'un
_Sardanapale mangeant la France dans de riches banquets_,
sous la figure d'un _Minotaure_
Dont la dent terrible dévore
Et notre fortune et nos lois.]
«Veuillez recevoir l'assurance de ma haute considération et de
mon sincère attachement.
«Pasquier.»
Cette suite de billets montre assez que je ne me vante pas; cela
m'ennuierait trop d'être la mouche du coche; le timon ou le nez du
cocher ne sont pas des places où j'aie jamais eu l'ambition de
m'asseoir: que le coche arrive au haut ou roule en bas, point ne m'en
chaut. Accoutumé à vivre caché dans mes propres replis, ou
momentanément dans la large vie des siècles, je n'avais aucun goût aux
mystères d'antichambre. J'entre mal dans la circulation en pièce de
monnaie courante; pour me sauver, je me retire auprès de Dieu; une
idée fixe qui vient du ciel vous isole et fait tout mourir autour de
vous.