«Dinosaures, dit le dictionnaire, du grec _deinos_, terrible, et
_sauros_, lézard, sauriens de très grande taille qu'on trouve à l'état
fossile.» Les dinosaures étaient donc de monstrueux lézards qui
existèrent, aux époques géologiques, aux temps indéterminés où se
formaient les terrains appelés, par les savants, jurassiques. Et ils
vivaient, croit-on, à en juger par leur structure dont quelques
caractères l'appellent les plantigrades, d'autres les sauriens
amphibies, crocodiles et caïmans, moitié sur les arbres et moitié dans
l'eau.
Les restes d'un de ces dinosaures, d'une variété appelée _brontosaure_,
furent découverts en 1897, aux Etats-Unis, dans les montagnes Rocheuses.
On passa deux années à extraire du sol le fossile. Les cinq années
suivantes furent employées à nettoyer les ossements et à reconstituer le
squelette. Cette besogne délicate vient seulement d'être achevée. Alors,
le Muséum américain d'histoire naturelle, à New-York, tout fier d'être
le seul au monde qui, actuellement, puisse montrer une pièce pareille,
a, pour l'inaugurer, la présenter au public, convié un certain nombre de
sommités scientifiques et, tout naturellement, dans un but de
vulgarisation, des hommes du monde et de gracieuses femmes à un thé
aussi élégant que pittoresque.
Les tables étaient dressées dans la salle même où le brontosaure érige
sa formidable armature. Et ce dut être un spectacle fort amusant et, en
tout cas, inattendu que celui de cette foule d'invités corrects, de
_professional beauties_ habillées à la dernière mode, fleur de la
société new-yorkaise, évoluant, discutant, caquetant, autour de ces
tables fleuries servies par de raides maîtres d'hôtel en frac et
plastron glacé, devant ce squelette de vingt mètres de long, monstrueux
vestige d'un animal contemporain de quelque déluge plus ancien encore
que ceux que virent Deucalion ou Noé.