le 3 juin, pour aller annoncer à Philippe de Valois _la réconciliation
cordiale_ du comte et du pays de Flandre, et lui faire part de la
convention que l'on avait le projet de conclure avec le comte de
Gueldre pour prévenir la ruine des corps de métiers. Philippe de
Valois, trop prudent pour s'aliéner l'esprit des Flamands au moment où
le roi d'Angleterre eût voulu les engager à prendre les armes, se
montra fort conciliant. Il suspendit l'effet de toutes les créances
qui existaient à charge des communes et des bourgeois de Flandre, et
le 21 juin, Thomas de Vaernewyck, revenu à Gand, y donna lecture, aux
députés des communes, des lettres par lesquelles le roi de France
avait voulu balancer les priviléges accordés par Edouard III dans le
traité d'Anvers. Il s'y engageait à faire lever l'excommunication,
autorisait les relations commerciales de la Flandre avec l'Angleterre,
promettait de respecter sa neutralité par tous les moyens, même en
ordonnant à ceux de ses sujets qui y aborderaient de déposer leurs
armes, «si que les marchands et marchandises ne soient troublés ne
empechiés en la bonne pais du pays de Flandre.» Le 23 juillet l'évêque
de Senlis arriva à Gand pour y lever la sentence d'interdit, et Louis
de Nevers se rendit solennellement à Tournay avec les députés des
communes de Flandre pour y assister aux cérémonies religieuses des
fêtes de l'Assomption.
Cette double négociation, qui se termine à trois jours d'intervalle, à
Anvers par le traité du 10 juin, par la déclaration du 13 à Paris,
suffirait à la gloire de Jacques d'Artevelde; elle marque l'apogée de
la grandeur des communes flamandes: époque vraiment mémorable et digne
d'admiration, où les rois de France et d'Angleterre, de crainte de
voir la Flandre se ranger sous une bannière hostile, lui accordaient à
l'envi les plus vastes priviléges commerciaux, et semblaient, en
réservant à leurs propres peuples tous les maux de la guerre, assurer
à nos cités le monopole de l'industrie et l'asile de la paix du monde.
Edouard III poursuivait le cours de ses ambitieuses espérances. Il
avait obtenu du parlement un subside de vingt mille sacs de laine, et
le 12 juillet une flotte nombreuse, réunie dans les eaux de la Tamise,
recevait le roi d'Angleterre, Philippine de Hainaut, Robert d'Artois,
les comtes de Derby, de Warwick, de Pembroke, de Kent, de Suffolk,
d'Arundel, Renaud de Cobham, Gauthier de Mauny et un grand nombre
d'autres illustres chevaliers. Sept jours après, ils s'arrêtaient au
port de l'Ecluse, où Jacques d'Artevelde s'était rendu, avec les
autres députés des communes flamandes, pour les saluer. Il est peu
probable qu'Edouard III, oubliant les clauses du traité qu'il avait
ratifié le 26 juin, ait voulu descendre en Flandre: cependant un
chroniqueur contemporain lui prête ce dessein et raconte que Jacques
d'Artevelde ne lui permit point de l'exécuter, afin que la neutralité
des communes flamandes fût respectée.
Edouard III continua sa route vers Anvers, mais il s'étonna de ne
point y trouver les laines qui devaient être employées à la solde de
ses hommes d'armes et au payement des pensions qu'il avait promises à
la plupart de ses alliés. Leur zèle se refroidissait déjà, et ils
s'excusaient de ne point être prêts à combattre. Le duc de Brabant,
quoique une nouvelle du 12 août eût confirmé son alliance, ne voulait
point commencer seul une si grande guerre; les barons allemands
alléguaient aussi qu'ils ne pouvaient prendre les armes sans le
consentement de l'empereur. Enfin les bourgeois de Flandre
persistaient dans leur résolution de maintenir le traité qu'ils
avaient conclu, et quels que fussent les présents et les honneurs que
leur offrit Edouard, leurs députés déclaraient qu'ils ne voulaient
point s'associer à la ligue dirigée contre Philippe de Valois.
Cependant Edouard III opposait aux obstacles qui l'arrêtaient son
activité et son énergie. Il se rendit lui-même en Allemagne auprès de
l'empereur Louis de Bavière, et, vers les premiers jours de septembre,
l'empereur, cédant à ses prières, le proclama vicaire de l'empire dans
une assemblée solennelle tenue à Coblentz, à laquelle assistaient les
évêques de Mayence et de Trèves, le duc de Saxe et le comte palatin du
Rhin. Dans une autre assemblée qui eut lieu à Herck, dans le Limbourg,
Edouard III, assis sur un trône et la couronne sur le front, reçut
l'hommage des feudataires impériaux et les invita à se réunir l'année
suivante dans les premiers jours du mois de juillet, pour former le
siége de la ville de Cambray, que le roi de France avait enlevée à
l'empire. Peu de jours après, il défendit à tous ceux qui auraient
désormais à traiter en son nom avec Philippe de Valois, de lui donner
le titre de roi, afin que l'on ne trouvât point dans leurs paroles un
obstacle aux droits qu'il voulait faire valoir en réclamant le
royaume de France, _in petitione dicti regni_.
Tandis que le roi d'Angleterre multipliait ses démarches en Allemagne
et ordonnait de nouveaux préparatifs en Angleterre, il ne cessait
point ses négociations avec les communes de Flandre. Ce n'était pas
seulement parce qu'il espérait obtenir un jour l'appui de leurs
nombreuses milices, mais, pressé le plus souvent par le besoin des
sommes énormes qu'il fallait prodiguer pour armer tout le nord de
l'Europe, il se voyait réduit à recourir à leurs richesses. Il fit de
grands emprunts aux bourgeois de Gand, et remit même les riches joyaux
de la couronne d'Angleterre en gage chez les Bardi, changeurs
florentins fixés à Bruges, qui, après avoir, dès le règne de Henri
III, affermé tous les péages de l'Angleterre, étaient devenus au
quatorzième siècle, selon l'expression d'un historien italien, l'une
des colonnes du commerce de la chrétienté.
Edouard III cherchait en même temps à s'attacher les communes et à
éloigner Louis de Nevers de l'alliance française. Au mois de novembre
1338, il charge le comte de Gueldre de négocier le mariage de sa fille
Isabelle avec Louis de Male, fils du comte de Flandre; puis il propose
de rétablir en Flandre l'étape des laines anglaises: c'est le vœu
constant des communes et le plus grand bienfait que leur industrie
puisse recevoir d'un prince étranger; mais rien n'ébranle leur
résolution de conserver une stricte neutralité dans les guerres qui se
préparent.
Plus on approfondit l'histoire de cette époque, plus on reste
convaincu que les communes flamandes étaient sincères dans leur
détermination, et que si les événements ne s'y fussent opposés,
Jacques d'Artevelde, aussi bien que leurs autres chefs, y eût
persévéré. Si les liens qui les unissaient au comte de Flandre et à
Philippe de Valois furent si peu durables, ce ne sont point les
communes flamandes qu'il faut accuser d'avoir cherché à les rompre.
Le comte de Flandre, sachant qu'Edouard III s'était retiré en Brabant
sans armée, avait formé le projet de soumettre les communes pendant
l'hiver et avant qu'elles pussent être secourues par les Anglais. Ses
partisans occupaient les cités de Lille, de Douay, de Saint-Omer.
C'était au milieu d'eux que s'organisait l'armement des _Leliaerts_,
qui devait renverser le gouvernement des communes pour rétablir
l'autorité absolue du comte. Louis de Nevers espérait être secondé
par les populations du Franc, toujours quelque peu jalouses des
bourgeois des villes; pour se les rendre plus favorables, il leur
avait restitué tous les priviléges dont elles jouissaient sous le
règne de Philippe d'Alsace. La première entreprise de ses amis fut
dirigée contre Bergues, où ils mirent vingt-cinq bourgeois à mort.
Encouragés par ce succès, ils se portèrent rapidement vers Dixmude, et
le comte de Flandre quitta aussitôt Tournay pour venir les rejoindre.
Là se réunirent tous ses partisans qui depuis longtemps réservaient
leurs forces pour cette importante tentative: ils comptaient pouvoir
s'emparer aisément de la ville de Bruges, parce que la milice de la
commune était retenue en ce moment sur les frontières du Brabant, au
siége du château de Liedekerke, que défendaient quelques _Leliaerts_.
Cependant, au premier bruit de l'arrivée du comte de Dixmude, les
bourgeois de Bruges s'étaient hâtés de rentrer dans leurs foyers, et
le 12 février, vers le soir, ils se trouvaient à Beerst sous les
ordres du bourgmestre Gilles de Coudebrouck et de leur capitaine Jean
de Cockelaere; ils voulaient profiter de la nuit pour pénétrer à
Dixmude et surprendre, pendant leur sommeil, le comte et ses
chevaliers. Louis de Nevers reposait déjà, lorsqu'on l'éveilla
précipitamment pour lui annoncer l'approche des Brugeois. A peine
eut-il le temps de saisir son armure et de sauter à demi-nu sur un
cheval. La plupart des nobles accouraient vers son hôtel, et ce fut
grâce à leur secours qu'il parvint à faire briser les portes de la
ville que les bourgeois de Dixmude avaient déjà fermées; il s'élança
aussitôt à toute bride hors des remparts, et ne s'arrêta qu'au pied
des tours de Saint-Omer.
Les communes de Flandre adressèrent à Philippe de Valois les plaintes
les plus vives contre la trahison qui les avait menacées: elles
protestèrent contre cet asile accordé à leurs ennemis, et réclamèrent
la restitution des châtellenies de Lille et de Douay, dont elles
n'avaient été dépossédées que par la fraude et la violence. Philippe
de Valois fit bon accueil à leurs députés. Si le mouvement des
_Leliaerts_ n'avait pas été immédiatement comprimé, Philippe de Valois
l'eût soutenu avec les hommes d'armes qu'il avait chargé le roi de
Navarre de conduire à Tournay. Leur défaite l'engageait à dissimuler
de nouveau; il voulait à tout prix s'assurer, sinon l'obéissance des
communes flamandes, du moins leur neutralité, au moment où il
assemblait toutes les forces de son royaume pour les opposer aux
Anglais.
L'été touchait à sa fin, lorsque les barons allemands rejoignirent
Edouard III qui les attendait depuis quatre mois dans les prairies de
Vilvorde. Il se mit immédiatement en marche et se rendit devant
Cambray, que défendait une nombreuse garnison; mais ayant appris que
Philippe de Valois réunissait son armée à Péronne, il résolut de lever
le siége et d'aller lui livrer bataille, et le 16 octobre il passa
l'Escaut près du mont Saint-Martin. Au moment où il quittait le
Cambrésis pour entrer dans le Laonnais, le comte de Hainaut s'éloigna
de ses bannières pour aller se ranger sous celles du roi de France,
afin de remplir successivement ses devoirs de feudataire vis-à-vis de
l'empire et vis-à-vis du royaume.
Des espions français avaient annoncé à Edouard III qu'on lui livrerait
bataille le 23 octobre. Les deux armées se trouvaient en présence dans
une vaste plaine entre les villages de Buironfosse et de la
Flamengerie. Edouard III avait terminé tous ses préparatifs pendant la
nuit. Ses bagages et ses chariots avaient été placés un peu en
arrière, afin de former autour de ses troupes une enceinte fortifiée.
Son armée était divisée en trois corps. L'un était composé d'Allemands
et comptait environ huit mille hommes et vingt-deux bannières;
l'autre, plus considérable, comprenait six mille hommes d'armes et six
mille archers venus d'Angleterre; mais le plus important était celui
que conduisait le duc de Brabant: on y voyait flotter vingt-quatre
bannières et quatre-vingts pennons. Là paraissaient Henri de Flandre,
qui, fidèle aux souvenirs de Philippe de Thiette et de Jean de Namur,
combattait sous la bannière des communes flamandes et avait été le
premier chevalier qu'Edouard III eût armé en France, et à côté de lui
plusieurs nobles qui avaient quitté le parti de Louis de Nevers,
messire Hector Vilain, l'un de ses plus illustres défenseurs à une
autre époque, Jean de Rodes, Wulfart de Ghistelles, Guillaume de
Straten, Goswin Van der Muelene, les sires de la Gruuthuse et
d'Halewyn.
L'armée anglaise était toutefois bien loin d'égaler en nombre celle de
Philippe de Valois. On remarquait dans le camp français deux cent
vingt-sept bannières, cinq cent soixante pennons, quatre rois, six
ducs, trente-six comtes, quatre mille chevaliers et soixante mille
hommes de milices communales; mais rien n'effrayait plus Philippe de
Valois que le nombre même de ses défenseurs. Le roi Robert de Naples,
que l'on citait comme un célèbre astrologue, lui avait écrit d'éviter
à tout prix le combat, et l'on craignait que les bourgeois des
communes opprimées par Philippe de Valois ne saisissent avec
empressement l'occasion de le trahir et de l'abandonner.
Toute la journée du 23 octobre s'écoula sans combat: le lendemain,
l'armée anglaise prit de nouveau les armes; mais elle ne tarda point à
apprendre que Philippe de Valois s'était retiré à Saint-Quentin, et
Edouard III, jugeant la saison trop avancée pour continuer son
expédition, retourna en Brabant, où il licencia son armée.
Les milices des communes flamandes étaient assemblées entre Menin et
Deynze, prêtes à reconquérir les châtellenies de Lille, de Douay et de
Béthune, si Philippe de Valois repoussait leurs réclamations. De Douay
à la plaine de la Flamengerie, la distance était courte, et elles
pouvaient fixer la fortune du combat. Elles n'attendaient plus qu'un
ordre des échevins pour se porter en avant, quand Louis de Nevers
arriva à Courtray et invita les députés des communes de Flandre à se
trouver près de lui le 21 octobre, afin qu'il leur annonçât l'adhésion
du roi de France à toutes leurs réclamations. Les députés de Gand et
ceux de Bruges, parmi lesquels figurent Jacques d'Artevelde et Jean
Breydel, s'empressent de se rendre à Courtray; mais ils n'y obtiennent
que des engagements douteux et des promesses évasives. Quelques jours
se passent en conférences; enfin le comte cesse de dissimuler, et
s'éloigne aussitôt qu'il a appris que le roi d'Angleterre est rentré
dans le Hainaut. Dès ce jour, les garnisons françaises des villes les
plus voisines de la Flandre, celles que commandaient Godemar du Fay à
Tournay, les sires de Mirepoix et de Beaujeu à Cambray et à Mortagne,
dirigèrent vers ses frontières de fréquentes excursions, dans
lesquelles elles pillaient et saccageaient les habitations des
laboureurs comme en terre ennemie.
Jacques d'Artevelde avait vu déchirer les traités de neutralité qu'il
avait fait conclure. La convention du 10 juin 1338 portait que si le
roi d'Angleterre manquait à ses engagements, les communes flamandes
aideraient le roi de France. Il semblait qu'un devoir réciproque
existât vis-à-vis du roi d'Angleterre, puisque le roi de France
troublait la paix. D'autre part, Philippe de Valois s'était toujours
montré hostile à la Flandre depuis sa victoire de Cassel, tandis
qu'Edouard III était aussi favorable au maintien de leurs franchises
qu'au développement de leur industrie. Telles furent sans doute les
raisons puissantes qui engagèrent Jacques d'Artevelde à se rendre à
Bruxelles, avec les députés des communes, pour reconnaître Edouard III
comme successeur de saint Louis, s'il consentait à se montrer digne
d'un aïeul si vénéré et d'un si glorieux héritage. Edouard III
répondit, assure Froissart, que c'était chose grave de prendre le
titre de roi de France, lorsqu'il n'avait point enlevé une seule ville
à Philippe de Valois. Cependant il se rendit à Gand dans les premiers
jours de novembre, et, dès ce moment, cédant aux conseils de Jacques
d'Artevelde, il ajourna son retour en Angleterre.
Edouard III n'avait point tardé à revenir à Anvers, où il présida, le
12 novembre, une assemblée à laquelle assistèrent ses principaux
alliés. Nous en connaissons le résultat par des lettres portant la
date du lendemain; Edouard III y autorise Guillaume de Montaigu, Henri
Ferrers, Geoffroi Scrop et Maurice de Berkley, à poursuivre les
négociations relatives aux fiançailles de sa fille Isabelle et de
Louis de Male, et, de plus, «à traiter avec le comte et les communes
de Flandre, conjointement et séparément, d'une alliance perpétuelle, à
confirmer, en son nom, les libertés, les franchises et les priviléges
dont ils jouirent sous le règne des rois de France, ses aïeux, et même
à leur accorder de nouvelles libertés.» Les ambassadeurs anglais
avaient également reçu le pouvoir «de restituer au comté de Flandre
les châteaux, villes et terres qui en avaient dépendu autrefois, et
d'annuler toutes les sentences qui avaient été prononcées par le siége
apostolique, à la requête des rois de France.»
Au moment où ces négociations allaient se terminer, le duc de Brabant
demanda à accompagner les ambassadeurs pour interposer sa médiation
auprès du comte de Flandre: Edouard III lui avait même permis d'offrir
une indemnité pécuniaire pour tous les dégâts causés par les Anglais
dans l'île de Cadzand; mais Louis de Nevers persistait à se montrer
fidèle à Philippe de Valois, et s'il ne put rien pour s'opposer au
traité des communes avec le roi d'Angleterre, il y resta du moins
complètement étranger.
Edouard III venait d'accorder à ses ambassadeurs de nouveaux pouvoirs
pour recevoir sinon l'hommage des villes de Flandre, du moins leur
déclaration en faveur de la légitimité de ses droits (_de
recognitione nostræ superioritatis, in dicto regno Franciæ, per cos
nobis, ut regi Franciæ, facienda_). Il crut devoir se rendre lui-même
à Gand, et ce fut là que le 23 janvier 1339 (v. st.), abjurant toute
hésitation, «il enchargea les armes de France et les équartela
d'Angleterre, et en prit en avant le nom de roi de France.»--«Ceci eut
lieu, ajoute l'historien anglais Knyghton, par le conseil de Jacques
d'Artevelde.»
Dès le 26 janvier, le roi d'Angleterre avait ordonné que l'on mît en
liberté tous les prisonniers flamands qui avaient été conduits dans
ses Etats après le combat de Cadzand, notamment Gui de Flandre, frère
de Louis de Nevers. Deux jours après, il chargea le comte de Gueldre
de jurer en son nom, sur le salut de son âme, et la main sur les
saints Evangiles, les conventions qui avaient été approuvées par ses
ambassadeurs. Plaçant désormais sa royauté sous l'égide des communes
flamandes, il reconnut leur zèle et l'appui qu'elles lui offraient par
trois traités également importants.
Le premier porte que le roi d'Angleterre protégera les navires des
marchands flamands; que leurs draps pourront librement circuler en
Angleterre; que les conventions commerciales faites en Flandre sous le
scel des bonnes villes seront obligatoires en Angleterre contre les
marchands anglais, et que l'étape des laines sera perpétuellement
établie en Flandre ou en Brabant. Edouard III promet de plus de faire
part aux communes flamandes de toutes les négociations qui auraient
lieu et de ne conclure aucun traité avec Philippe de Valois, si ce
n'est d'un commun accord et en y comprenant le comte de Flandre, s'il
adhère aux résolutions prises par les bonnes villes. Il s'engage de
plus à secourir et à aider les communes flamandes dans le cas où leurs
lois et leurs franchises se trouveraient exposées à quelque péril, et
s'il meurt avant que la guerre soit achevée, son successeur se rendra
en Flandre, «avec ses sujets, alliés, aidans et amis,» pour la
poursuivre comme il convient «à tiel prinche.»
Par un second traité, le roi d'Angleterre annonce que des forces
navales seront immédiatement réunies afin que les marchands, de
quelque pays qu'ils soient, n'aient rien à craindre. Les deux tiers
des hommes d'armes qu'elles porteront seront choisis en Flandre et en
Brabant, mais tous les frais de ces armements seront payés par le roi
d'Angleterre.
Le second traité porte de plus que le roi Edouard payera aux communes
de Flandre, en quatre termes, une somme de cent quarante mille livres
sterling, et fixe pour quinze années l'étape des laines anglaises à
Bruges.
Au point de vue politique, le troisième traité est le plus
remarquable. Edouard III, comme roi de France, y fait droit à toutes
les réclamations que les communes de Flandre ont élevées depuis plus
d'un siècle.
Toutes les clauses insérées dans les anciens traités qui frappent la
Flandre d'interdit et d'excommunication sont annulées et révoquées; de
telle sorte que le comte et les habitants du pays seront désormais
«aussi franc comme leurs prédécesseurs de Flandres avant que les dites
peines et servitudes furent faites.»
Les villes et les châtellenies de Lille, de Douay, de Béthune et
d'Orchies sont rendues à la Flandre et ne pourront plus en être
séparées, et il en sera de même du comté d'Artois et de la ville de
Tournay, qui ne formeront plus qu'un même fief avec le comté de
Flandre.
Tous les priviléges que les bonnes villes obtinrent de Robert de
Béthune après la bataille de Courtray sont confirmés.
Aucune taille ne pourra être levée en Flandre, et l'on ne pourra
soumettre à aucune taxe les marchandises que l'on porte de France en
Flandre ou en Brabant.
Les habitants de la Flandre ne pourront point être distraits de leurs
juges, ni assignés devant quelque cour que ce soit au royaume de
France.
Une loyale, bonne et commune monnaie d'or et d'argent, de même poids
et de même aloi, sera faite en France, en Flandre et en Brabant. Elle
aura aussi cours en Angleterre, et on ne pourra ni la changer, ni
l'affaiblir.
Ce langage est de nouveau dans l'histoire du moyen-âge. Après toutes
les divisions féodales, après un si grand nombre de rivalités et de
haines étroites et jalouses, quel homme, si ce n'est Artevelde, avait
osé songer à proclamer la liberté du commerce, l'abolition des
tailles, l'uniformité des monnaies? Il voulait, après tant de guerres
désastreuses qui avaient décimé et ruiné les peuples, les rapprocher
et les réunir par les liens du travail, en fondant sur leur
réconciliation une ère de prospérité.