EXTINCTION.

Nous n'avons, jusqu'à présent, parlé qu'incidemment de la

disparition des espèces et des groupes d'espèces. D'après la

théorie de la sélection naturelle, l'extinction des formes

anciennes et la production des formes nouvelles perfectionnées

sont deux faits intimement connexes. La vieille notion de la

destruction complète de tous les habitants du globe, à la suite de

cataclysmes périodiques, est aujourd'hui généralement abandonnée,

même par des géologues tels que E. de Beaumont, Murchison,

Barrande, etc., que leurs opinions générales devraient

naturellement conduire à des conclusions de cette nature. Il

résulte, au contraire, de l'étude des formations tertiaires que

les espèces et les groupes d'espèces disparaissent lentement les

uns après les autres, d'abord sur un point, puis sur un autre, et

enfin de la terre entière. Dans quelques cas très rares, tels que

la rupture d'un isthme et l'irruption, qui en est la conséquence,

d'une foule de nouveaux habitants provenant d'une mer voisine, ou

l'immersion totale d'une île, la marche de l'extinction a pu être

rapide. Les espèces et les groupes d'espèces persistent pendant

des périodes d'une longueur très inégale; nous avons vu, en effet,

que quelques groupes qui ont apparu dès l'origine de la vie

existent encore aujourd'hui, tandis que d'autres ont disparu avant

la fin de la période paléozoïque. Le temps pendant lequel une

espèce isolée ou un genre peut persister ne paraît dépendre

d'aucune loi fixe. Il y a tout lieu de croire que l'extinction de

tout un groupe d'espèces doit être beaucoup plus lente que sa

production. Si l'on figure comme précédemment l'apparition et la

disparition d'un groupe par un trait vertical d'épaisseur

variable, ce dernier s'effile beaucoup plus graduellement en

pointe à son extrémité supérieure, qui indique la marche de

l'extinction, qu'à son extrémité inférieure, qui représente

l'apparition première, et la multiplication progressive de

l'espèce. Il est cependant des cas où l'extinction de groupes

entiers a été remarquablement rapide; c'est ce qui a eu lieu pour

les ammonites à la fin de la période secondaire.

On a très gratuitement enveloppé de mystères l'extinction des

espèces. Quelques auteurs ont été jusqu'à supposer que, de même

que la vie de l'individu a une limite définie, celle de l'espèce a

aussi une durée déterminée. Personne n'a pu être, plus que moi,

frappé d'étonnement par le phénomène de l'extinction des espèces.

Quelle ne fut pas ma surprise, par exemple, lorsque je trouvai à

la Plata la dent d'un cheval enfouie avec les restes de

mastodontes, de mégathériums, de toxodontes et autres mammifères

géants éteints, qui tous avaient coexisté à une période géologique

récente avec des coquillages encore vivants. En effet, le cheval,

depuis son introduction dans l'Amérique du Sud par les Espagnols,

est redevenu sauvage dans tout le pays et s'est multiplié avec une

rapidité sans pareille; je devais donc me demander quelle pouvait

être la cause de l'extinction du cheval primitif, dans des

conditions d'existence si favorables en apparence. Mon étonnement

était mal fondé; le professeur Owen ne tarda pas à reconnaître que

la dent, bien que très semblable à celle du cheval actuel,

appartenait à une espèce éteinte. Si ce cheval avait encore

existé, mais qu'il eût été rare, personne n'en aurait été étonné;

car dans tous les pays la rareté est l'attribut d'une foule

d'espèces de toutes classes; si l'on demande les causes de cette

rareté, nous répondons qu'elles sont la conséquence de quelques

circonstances défavorables dans les conditions d'existence, mais

nous ne pouvons presque jamais indiquer quelles sont ces

circonstances. En supposant que le cheval fossile ait encore

existé comme espèce rare, il eût semblé tout naturel de penser,

d'après l'analogie avec tous les autres mammifères, y compris

l'éléphant, dont la reproduction est si lente, ainsi que d'après

la naturalisation du cheval domestique dans l'Amérique du Sud,

que, dans des conditions favorables, il eût, en peu d'années,

repeuplé le continent. Mais nous n'aurions pu dire quelles

conditions défavorables avaient fait obstacle à sa multiplication;

si une ou plusieurs causes avaient agi ensemble ou séparément; à

quelle période de la vie et à quel degré chacune d'elles avait

agi. Si les circonstances avaient continué, si lentement que ce

fût, à devenir de moins en moins favorables, nous n'aurions

certainement pas observé le fait, mais le cheval fossile serait

devenu de plus en plus rare, et se serait finalement éteint,

cédant sa place dans la nature à quelque concurrent plus heureux.

Il est difficile d'avoir toujours présent à l'esprit le fait que

la multiplication de chaque forme vivante est sans cesse limitée

par des causes nuisibles inconnues qui cependant sont très

suffisantes pour causer d'abord la rareté et ensuite l'extinction.

On comprend si peu ce sujet, que j'ai souvent entendu des gens

exprimer la surprise que leur causait l'extinction d'animaux

géants, tels que le mastodonte et le dinosaure, comme si la force

corporelle seule suffisait pour assurer la victoire dans la lutte

pour l'existence. La grande taille d'une espèce, au contraire,

peut entraîner dans certains cas, ainsi qu'Owen en a fait la

remarque, une plus prompte extinction, par suite de la plus grande

quantité de nourriture nécessaire. La multiplication continue de

l'éléphant actuel a dû être limitée par une cause quelconque avant

que l'homme habitât l'Inde ou l'Afrique. Le docteur Falconer, juge

très compétent, attribue cet arrêt de l'augmentation en nombre de

l'éléphant indien aux insectes qui le harassent et

l'affaiblissent; Bruce en est arrivé à la même conclusion

relativement à l'éléphant africain en Abyssinie. Il est certain

que la présence des insectes et des vampires décide, dans diverses

parties de l'Amérique du Sud, de l'existence des plus grands

mammifères naturalisés.

Dans les formations tertiaires récentes, nous voyons des cas

nombreux où la rareté précède l'extinction, et nous savons que le

même fait se présente chez les animaux que l'homme, par son

influence, a localement ou totalement exterminés. Je peux répéter

ici ce que j'écrivais en 1845: admettre que les espèces deviennent

généralement rares avant leur extinction, et ne pas s'étonner de

leur rareté, pour s'émerveiller ensuite de ce qu'elles

disparaissent, c'est comme si l'on admettait que la maladie est,

chez l'individu, l'avant-coureur de la mort, que l'on voie la

maladie sans surprise, puis que l'on s'étonne et que l'on attribue

la mort du malade à quelque acte de violence.

La théorie de la sélection naturelle est basée sur l'opinion que

chaque variété nouvelle, et, en définitive, chaque espèce

nouvelle, se forme et se maintient à l'aide de certains avantages

acquis sur celles avec lesquelles elle se trouve en concurrence;

et, enfin, sur l'extinction des formes moins favorisées, qui en

est la conséquence inévitable. Il en est de même pour nos

productions domestiques, car, lorsqu'une variété nouvelle et un

peu supérieure a été obtenue, elle remplace d'abord les variétés

inférieures du voisinage; plus perfectionnée, elle se répand de

plus en plus, comme notre bétail à courtes cornes, et prend la

place d'autres races dans d'autres pays. L'apparition de formes

nouvelles et la disparition des anciennes sont donc, tant pour les

productions naturelles que pour les productions artificielles,

deux faits connexes. Le nombre des nouvelles formes spécifiques,

produites dans un temps donné, a dû parfois, chez les groupes

florissants, être probablement plus considérable que celui des

formes anciennes qui ont été exterminées; mais nous savons que, au

moins pendant les époques géologiques récentes, les espèces n'ont

pas augmenté indéfiniment; de sorte que nous pouvons admettre, en

ce qui concerne les époques les plus récentes, que la production

de nouvelles formes a déterminé l'extinction d'un nombre à peu

près égal de formes anciennes.

La concurrence est généralement plus rigoureuse, comme nous

l'avons déjà démontré par des exemples, entre les formes qui se

ressemblent sous tous les rapports. En conséquence, les

descendants modifiés et perfectionnés d'une espèce causent

généralement l'extermination de la souche mère; et si plusieurs

formes nouvelles, provenant d'une même espèce, réussissent à se

développer, ce sont les formes les plus voisines de cette espèce,

c'est-à-dire les espèces du même genre, qui se trouvent être les

plus exposées à la destruction. C'est ainsi, je crois, qu'un

certain nombre d'espèces nouvelles, descendues d'une espèce unique

et constituant ainsi un genre nouveau, parviennent à supplanter un

genre ancien, appartenant à la même famille. Mais il a dû souvent

arriver aussi qu'une espèce nouvelle appartenant à un groupe a

pris la place d'une espèce appartenant à un groupe différent, et

provoqué ainsi son extinction. Si plusieurs formes alliées sont

sorties de cette même forme, d'autres espèces conquérantes

antérieures auront dû céder la place, et ce seront alors

généralement les formes voisines qui auront le plus à souffrir, en

raison de quelque infériorité héréditaire commune à tout leur

groupe. Mais que les espèces obligées de céder ainsi leur place à

d'autres plus perfectionnées appartiennent à une même classe ou à

des classes distinctes, il pourra arriver que quelques-unes

d'entre elles puissent être longtemps conservées, par suite de

leur adaptation à des conditions différentes d'existence, ou parce

que, occupant une station isolée, elles auront échappé à une

rigoureuse concurrence. Ainsi, par exemple, quelques espèces de

_Trigonia_, grand genre de mollusques des formations secondaires,

ont surtout vécu et habitent encore les mers australiennes; et

quelques membres du groupe considérable et presque éteint des

poissons ganoïdes se trouvent encore dans nos eaux douces. On

comprend donc pourquoi l'extinction complète d'un groupe est

généralement, comme nous l'avons vu, beaucoup plus lente que sa

production.

Quant à la soudaine extinction de familles ou d'ordres entiers,

tels que le groupe des trilobites à la fin de l'époque

paléozoïque, ou celui des ammonites à la fin de la période

secondaire, nous rappellerons ce que nous avons déjà dit sur les

grands intervalles de temps qui ont dû s'écouler entre nos

formations consécutives, intervalles pendant lesquels il a pu

s'effectuer une extinction lente, mais considérable. En outre,

lorsque, par suite d'immigrations subites ou d'un développement

plus rapide qu'à l'ordinaire, plusieurs espèces d'un nouveau

groupe s'emparent d'une région quelconque, beaucoup d'espèces

anciennes doivent être exterminées avec une rapidité

correspondante; or, les formes ainsi supplantées sont probablement

proches alliées, puisqu'elles possèdent quelque commun défaut.

Il me semble donc que le mode d'extinction des espèces isolées ou

des groupes d'espèces s'accorde parfaitement avec la théorie de la

sélection naturelle. Nous ne devons pas nous étonner de

l'extinction, mais plutôt de notre présomption à vouloir nous

imaginer que nous comprenons les circonstances complexes dont

dépend l'existence de chaque espèce. Si nous oublions un instant

que chaque espèce tend à se multiplier à l'infini, mais qu'elle

est constamment tenue en échec par des causes que nous ne

comprenons que rarement, toute l'économie de la nature est

incompréhensible. Lorsque nous pourrons dire précisément pourquoi

telle espèce est plus abondante que telle autre en individus, ou

pourquoi telle espèce et non pas telle autre peut être naturalisée

dans un pays donné, alors seulement nous aurons le droit de nous

étonner de ce que nous ne pouvons pas expliquer l'extinction de

certaines espèces ou de certains groupes.

DES CHANGEMENTS PRESQUE INSTANTANÉS DES FORMES VIVANTES DANS LE

MONDE.

L'une des découvertes les plus intéressantes de la paléontologie,

c'est que les formes de la vie changent dans le monde entier d'une

manière presque simultanée. Ainsi, l'on peut reconnaître notre

formation européenne de la craie dans plusieurs parties du globe,

sous les climats les plus divers, là même où l'on ne saurait

trouver le moindre fragment de minéral ressemblant à la craie, par

exemple dans l'Amérique du Nord, dans l'Amérique du Sud

équatoriale, à la Terre de Feu, au cap de Bonne-Espérance et dans

la péninsule indienne. En effet, sur tous ces points éloignés, les

restes organiques de certaines couches présentent une ressemblance

incontestable avec ceux de la craie; non qu'on y rencontre les

mêmes espèces, car, dans quelques cas, il n'y en a pas une qui

soit identiquement la même, mais elles appartiennent aux mêmes

familles, aux mêmes genres, aux mêmes subdivisions de genres, et

elles sont parfois semblablement caractérisées par les mêmes

caractères superficiels, tels que la ciselure extérieure.

En outre, d'autres formes qu'on ne rencontre pas en Europe dans la

craie, mais qui existent dans les formations supérieures ou

inférieures, se suivent dans le même ordre sur ces différents

points du globe si éloignés les uns des autres. Plusieurs auteurs

ont constaté un parallélisme semblable des formes de la vie dans

les formations paléozoïques successives de la Russie, de l'Europe

occidentale et de l'Amérique du Nord; il en est de même, d'après

Lyell, dans les divers dépôts tertiaires de l'Europe et de

l'Amérique du Nord. En mettant même de côté les quelques espèces

fossiles qui sont communes à l'ancien et au nouveau monde, le

parallélisme général des diverses formes de la vie dans les

couches paléozoïques et dans les couches tertiaires n'en resterait

pas moins manifeste et rendrait facile la corrélation des diverses

formations.

Ces observations, toutefois, ne s'appliquent qu'aux habitants

marins du globe; car les données suffisantes nous manquent pour

apprécier si les productions des terres et des eaux douces ont,

sur des points éloignés, changé d'une manière parallèle analogue.

Nous avons lieu d'en douter. Si l'on avait apporté de la Plata le

_Megatherium_, le _Mylodon_, le _Macrauchenia_ et le _Toxodon_

sans renseignements sur leur position géologique, personne n'eût

soupçonné que ces formes ont coexisté avec des mollusques marins

encore vivants; toutefois, leur coexistence avec le mastodonte et

le cheval aurait permis de penser qu'ils avaient vécu pendant une

des dernières périodes tertiaires.

Lorsque nous disons que les faunes marines ont simultanément

changé dans le monde entier, il ne faut pas supposer que

l'expression s'applique à la même année ou au même siècle, ou même

qu'elle ait un sens géologique bien rigoureux; car, si tous les

animaux marins vivant actuellement en Europe, ainsi que ceux qui y

ont vécu pendant la période pléistocène, déjà si énormément

reculée, si on compte son antiquité par le nombre des années,

puisqu'elle comprend toute l'époque glaciaire, étaient comparés à

ceux qui existent actuellement dans l'Amérique du Sud ou en

Australie, le naturaliste le plus habile pourrait à peine décider

lesquels, des habitants actuels ou de ceux de l'époque pléistocène

en Europe, ressemblent le plus à ceux de l'hémisphère austral.

Ainsi encore, plusieurs observateurs très compétents admettent que

les productions actuelles des États-Unis se rapprochent plus de

celles qui ont vécu en Europe pendant certaines périodes

tertiaires récentes que des formes européennes actuelles, et, cela

étant, il est évident que des couches fossilifères se déposant

maintenant sur les côtes de l'Amérique du Nord risqueraient dans

l'avenir d'être classées avec des dépôts européens quelque peu

plus anciens. Néanmoins, dans un avenir très éloigné, il n'est pas

douteux que toutes les formations _marines_ plus modernes, à

savoir le pliocène supérieur, le pléistocène et les dépôts tout à

fait modernes de l'Europe, de l'Amérique du Nord, de l'Amérique du

Sud et de l'Australie, pourront être avec raison considérées comme

simultanées, dans le sens géologique du terme, parce qu'elles

renfermeront des débris fossiles plus ou moins alliés, et parce

qu'elles ne contiendront aucune des formes propres aux dépôts

inférieurs plus anciens.

Ce fait d'un changement simultané des formes de la vie dans les

diverses parties du monde, en laissant à cette loi le sens large

et général que nous venons de lui donner, a beaucoup frappé deux

observateurs éminents, MM. de Verneuil et d'Archiac. Après avoir

rappelé le parallélisme qui se remarque entre les formes

organiques de l'époque paléozoïque dans diverses parties de

l'Europe, ils ajoutent: «Si, frappés de cette étrange succession,

nous tournons les yeux vers l'Amérique du Nord et que nous y

découvrions une série de phénomènes analogues, il nous paraîtra

alors certain que toutes les modifications des espèces, leur

extinction, l'introduction d'espèces nouvelles, ne peuvent plus

être le fait de simples changements dans les courants de l'Océan,

ou d'autres causes plus ou moins locales et temporaires, mais

doivent dépendre de lois générales qui régissent l'ensemble du

règne animal.» M. Barrande invoque d'autres considérations de

grande valeur qui tendent à la même conclusion. On ne saurait, en

effet, attribuer à des changements de courants, de climat, ou

d'autres conditions physiques, ces immenses mutations des formes

organisées dans le monde entier, sous les climats les plus divers.

Nous devons, ainsi que Barrande l'a fait observer, chercher

quelque loi spéciale. C'est ce qui ressortira encore plus

clairement lorsque nous traiterons de la distribution actuelle des

êtres organisés, et que nous verrons combien sont insignifiants

les rapports entre les conditions physiques des diverses contrées

et la nature de ses habitants.

Ce grand fait de la succession parallèle des formes de la vie dans

le monde s'explique aisément par la théorie de la sélection

naturelle. Les espèces nouvelles se forment parce qu'elles

possèdent quelques avantages sur les plus anciennes; or, les

formes déjà dominantes, ou qui ont quelque supériorité sur les

autres formes d'un même pays, sont celles qui produisent le plus

grand nombre de variétés nouvelles ou espèces naissantes. La

preuve évidente de cette loi, c'est que les plantes dominantes,

c'est-à-dire celles qui sont les plus communes et les plus

répandues, sont aussi celles qui produisent la plus grande

quantité de variétés nouvelles. Il est naturel, en outre, que les

espèces prépondérantes, variables, susceptibles de se répandre au

loin et ayant déjà envahi plus ou moins les territoires d'autres

espèces, soient aussi les mieux adaptées pour s'étendre encore

davantage, et pour produire, dans de nouvelles régions, des

variétés et des espèces nouvelles. Leur diffusion peut souvent

être très lente, car elle dépend de changements climatériques et

géographiques, d'accidents imprévus et de l'acclimatation

graduelle des espèces nouvelles aux divers climats qu'elles

peuvent avoir à traverser; mais, avec le temps, ce sont les formes

dominantes qui, en général, réussissent le mieux à se répandre et,

en définitive, à prévaloir. Il est probable que les animaux

terrestres habitant des continents distincts se répandent plus

lentement que les formes marines peuplant des mers continues. Nous

pouvons donc nous attendre à trouver, comme on l'observe en effet,

un parallélisme moins rigoureux dans la succession des formes

terrestres que dans les formes marines.

Il me semble, en conséquence, que la succession parallèle et

simultanée, en donnant à ce dernier terme son sens le plus large,

des mêmes formes organisées dans le monde concorde bien avec le

principe selon lequel de nouvelles espèces seraient produites par

la grande extension et par la variation des espèces dominantes.

Les espèces nouvelles étant elles-mêmes dominantes, puisqu'elles

ont encore une certaine supériorité sur leurs formes parentes qui

l'étaient déjà, ainsi que sur les autres espèces, continuent à se

répandre, à varier et à produire de nouvelles variétés. Les

espèces anciennes, vaincues par les nouvelles formes victorieuses,

auxquelles elles cèdent la place, sont généralement alliées en

groupes, conséquence de l'héritage commun de quelque cause

d'infériorité; à mesure donc que les groupes nouveaux et

perfectionnés se répandent sur la terre, les anciens

disparaissent, et partout il y a correspondance dans la succession

des formes, tant dans leur première apparition que dans leur

disparition finale.

Je crois encore utile de faire une remarque à ce sujet. J'ai

indiqué les raisons qui me portent à croire que la plupart de nos

grandes formations riches en fossiles ont été déposées pendant des

périodes d'affaissement, et que des interruptions d'une durée

immense, en ce qui concerne le dépôt des fossiles, ont dû se

produire pendant les époques où le fond de la mer était

stationnaire ou en voie de soulèvement, et aussi lorsque les

sédiments ne se déposaient pas en assez grande quantité, ni assez

rapidement pour enfouir et conserver les restes des êtres

organisés. Je suppose que, pendant ces longs intervalles, dont

nous ne pouvons retrouver aucune trace, les habitants de chaque

région ont subi une somme considérable de modifications et

d'extinctions, et qu'il y a eu de fréquentes migrations d'une

région dans une autre. Comme nous avons toutes raisons de croire

que d'immenses surfaces sont affectées par les mêmes mouvements,

il est probable que des formations exactement contemporaines ont

dû souvent s'accumuler sur de grandes étendues dans une même

partie du globe; mais nous ne sommes nullement autorisés à

conclure qu'il en a invariablement été ainsi, et que de grandes

surfaces ont toujours été affectées par les mêmes mouvements.

Lorsque deux formations se sont déposées dans deux régions pendant

à peu près la même période, mais cependant pas exactement la même,

nous devons, pour les raisons que nous avons indiquées

précédemment, remarquer une même succession générale dans les

formes qui y ont vécu, sans que, cependant, les espèces

correspondent exactement; car il y a eu, dans l'une des régions,

un peu plus de temps que dans l'autre, pour permettre les

modifications, les extinctions et les immigrations.

Je crois que des cas de ce genre se présentent en Europe. Dans ses

admirables mémoires sur les dépôts éocènes de l'Angleterre et de

la France, M. Prestwich est parvenu à établir un étroit

parallélisme général entre les étages successifs des deux pays;

mais, lorsqu'il compare certains terrains de l'Angleterre avec les

dépôts correspondants en France, bien qu'il trouve entre eux une

curieuse concordance dans le nombre des espèces appartenant aux

mêmes genres, cependant les espèces elles-mêmes diffèrent d'une

manière qu'il est difficile d'expliquer, vu la proximité des deux

gisements; -- à moins, toutefois, qu'on ne suppose qu'un isthme a

séparé deux mers peuplées par deux faunes contemporaines, mais

distinctes. Lyell a fait des observations semblables sur quelques-

unes des formations tertiaires les plus récentes. Barrande

signale, de son côté, un remarquable parallélisme général dans les

dépôts siluriens successifs de la Bohême et de la Scandinavie;

néanmoins, il trouve des différences surprenantes chez les

espèces. Si, dans ces régions, les diverses formations n'ont pas

été déposées exactement pendant les mêmes périodes -- un dépôt,

dans une région, correspondant souvent à une période d'inactivité

dans une autre -- et si, dans les deux régions, les espèces ont

été en se modifiant lentement pendant l'accumulation des diverses

formations et les longs intervalles qui les ont séparées, les

dépôts, dans les deux endroits, pourront être rangés dans le même

ordre quant à la succession générale des formes organisées, et cet

ordre paraîtrait à tort strictement parallèle; néanmoins, les

espèces ne seraient pas toutes les mêmes dans les étages en

apparence correspondants des deux stations.

DES AFFINITÉS DES ESPÈCES ÉTEINTES LES UNES AVEC LES AUTRES ET

AVEC LES FORMES VIVANTES.

Examinons maintenant les affinités mutuelles des espèces éteintes

et vivantes. Elles se groupent toutes dans un petit nombre de

grandes classes, fait qu'explique d'emblée la théorie de la

descendance. En règle générale, plus une forme est ancienne, plus

elle diffère des formes vivantes. Mais, ainsi que l'a depuis

longtemps fait remarquer Buckland, on peut classer toutes les

espèces éteintes, soit dans les groupes existants, soit dans les

intervalles qui les séparent. Il est certainement vrai que les

espèces éteintes contribuent à combler les vides qui existent

entre les genres, les familles et les ordres actuels; mais, comme

on a contesté et même nié ce point, il peut être utile de faire

quelques remarques à ce sujet et de citer quelques exemples; si

nous portons seulement notre attention sur les espèces vivantes ou

sur les espèces éteintes appartenant à la même classe, la série

est infiniment moins parfaite que si nous les combinons toutes

deux en un système général. On trouve continuellement dans les

écrits du professeur Owen l'expression «formes généralisées»

appliquée à des animaux éteints; Agassiz parle à chaque instant de

types «prophétiques ou synthétiques;» or, ces termes s'appliquent

à des formes ou chaînons intermédiaires. Un autre paléontologiste

distingué, M. Gaudry, a démontré de la manière la plus frappante

qu'un grand nombre des mammifères fossiles qu'il a découverts dans

l'Attique servent à combler les intervalles entre les genres

existants. Cuvier regardait les ruminants et les pachydermes comme

les deux ordres de mammifères les plus distincts; mais on a

retrouvé tant de chaînons fossiles intermédiaires que le

professeur Owen a dû remanier toute la classification et placer

certains pachydermes dans un même sous-ordre avec des ruminants;

il fait, par exemple, disparaître par des gradations insensibles

l'immense lacune qui existait entre le cochon et le chameau. Les

ongulés ou quadrupèdes à sabots sont maintenant divisés en deux

groupes, le groupe des quadrupèdes à doigts en nombre pair et

celui des quadrupèdes à doigts en nombre impair; mais le

_Macrauchenia_ de l'Amérique méridionale relie dans une certaine

mesure ces deux groupes importants. Personne ne saurait contester

que l'hipparion forme un chaînon intermédiaire entre le cheval

existant et certains autres ongulés. Le _Typotherium_ de

l'Amérique méridionale, que l'on ne saurait classer dans aucun

ordre existant, forme, comme l'indique le nom que lui a donné le

professeur Gervais, un chaînon intermédiaire remarquable dans la

série des mammifères. Les _Sirenia_ constituent un groupe très

distinct de mammifères et l'un des caractères les plus

remarquables du dugong et du lamentin actuels est l'absence

complète de membres postérieurs, sans même que l'on trouve chez

eux des rudiments de ces membres; mais l'_Halithérium_, éteint,

avait, selon le professeur Flower, l'os de la cuisse ossifié

«articulé dans un acetabulum bien défini du pelvis» et il se

rapproche par là des quadrupèdes ongulés ordinaires, auxquels les

_Sirenia_ sont alliés, sous quelques autres rapports. Les cétacés

ou baleines diffèrent considérablement de tous les autres

mammifères, mais le zeuglodon et le squalodon de l'époque

tertiaire, dont quelques naturalistes ont fait un ordre distinct,

sont, d'après le professeur Huxley, de véritables cétacés et

«constituent un chaînon intermédiaire avec les carnivores

aquatiques.»

Le professeur Huxley a aussi démontré que même l'énorme intervalle

qui sépare les oiseaux des reptiles se trouve en partie comblé, de

la manière la plus inattendue, par l'autruche et l'_Archeopteryx_

éteint, d'une part, et de l'autre, par le _Compsognatus_, un des

dinosauriens, groupe qui comprend les reptiles terrestres les plus

gigantesques. À l'égard des invertébrés, Barrande, dont l'autorité

est irrécusable en pareille matière, affirme que les découvertes

de chaque jour prouvent que, bien que les animaux paléozoïques

puissent certainement se classer dans les groupes existants, ces

groupes n'étaient cependant pas, à cette époque reculée, aussi

distinctement séparés qu'ils le sont actuellement.

Quelques auteurs ont nié qu'aucune espèce éteinte ou aucun groupe

d'espèces puisse être considéré comme intermédiaire entre deux

espèces quelconques vivantes ou entre des groupes d'espèces

actuelles. L'objection n'aurait de valeur qu'autant qu'on

entendrait par là que la forme éteinte est, par tous ses

caractères, directement intermédiaire entre deux formes ou entre

deux groupes vivants. Mais dans une classification naturelle, il y

a certainement beaucoup d'espèces fossiles qui se placent entre

des genres vivants, et même entre des genres appartenant à des

familles distinctes. Le cas le plus fréquent, surtout quand il

s'agit de groupes très différents, comme les poissons et les

reptiles, semble être que si, par exemple, dans l'état actuel, ces

groupes se distinguent par une douzaine de caractères, le nombre

des caractères distinctifs est moindre chez les anciens membres

des deux groupes, de sorte que les deux groupes étaient autrefois

un peu plus voisins l'un de l'autre qu'ils ne le sont aujourd'hui.

On croit assez communément que, plus une forme est ancienne, plus

elle tend à relier, par quelques-uns de ses caractères, des

groupes actuellement fort éloignés les uns des autres. Cette

remarque ne s'applique, sans doute, qu'aux groupes qui, dans le

cours des âges géologiques, ont subi des modifications

considérables; il serait difficile, d'ailleurs, de démontrer la

vérité de la proposition, car de temps à autre on découvre des

animaux même vivants qui, comme le lepidosiren, se rattachent, par

leurs affinités, à des groupes fort distincts. Toutefois, si nous

comparons les plus anciens reptiles et les plus anciens batraciens

les plus anciens poissons, les plus anciens céphalopodes et les

mammifères de l'époque éocène, avec les membres plus récents des

mêmes classes, il nous faut reconnaître qu'il y a du vrai dans

cette remarque.

Voyons jusqu'à quel point les divers faits et les déductions qui

précèdent concordent avec la théorie de la descendance avec

modification. Je prierai le lecteur, vu la complication du sujet,

de recourir au tableau dont nous nous sommes déjà servis au

quatrième chapitre. Supposons que les lettres en _italiques_ et,

numérotées représentent des genres, et les lignes ponctuées, qui

s'en écartent en divergeant, les espèces de chaque genre. La

figure est trop simple et ne donne que trop peu de genres et

d'espèces; mais ceci nous importe peu. Les lignes horizontales

peuvent figurer des formations géologiques successives, et on peut

considérer comme éteintes toutes les formes placées au-dessous de

la ligne supérieure. Les trois genres existants, _a14_, _g14_,

_p14_, formeront une petite famille; _b14_ et _f14_, une famille

très voisine ou sous-famille, et _o14_, _c14_, _m14_, une

troisième famille. Ces trois familles réunies aux nombreux genres

éteints faisant partie des diverses lignes de descendance

provenant par divergence de l'espèce parente A, formeront un

ordre; car toutes auront hérité quelque chose en commun de leur

ancêtre primitif. En vertu du principe de la tendance continue à

la divergence des caractères, que notre diagramme a déjà servi à

expliquer, plus une forme est récente, plus elle doit

ordinairement différer de l'ancêtre primordial. Nous pouvons par

là comprendre aisément pourquoi ce sont les fossiles les plus

anciens qui diffèrent le plus des formes actuelles. La divergence

des caractères n'est toutefois pas une éventualité nécessaire; car

cette divergence dépend seulement de ce qu'elle a permis aux

descendants d'une espèce de s'emparer de plus de places

différentes dans l'économie de la nature. Il est donc très

possible, ainsi que nous l'avons vu pour quelques formes

siluriennes, qu'une espèce puisse persister en ne présentant que

de légères modifications correspondant à de faibles changements

dans ses conditions d'existence, tout en conservant, pendant une

longue période, ses traits caractéristiques généraux. C'est ce que

représente, dans la figure, la lettre F14.

Toutes les nombreuses formes éteintes et vivantes descendues de A

constituent, comme nous l'avons déjà fait remarquer, un ordre qui,

par la suite des effets continus de l'extinction et de la

divergence des caractères, s'est divisé en plusieurs familles et

sous-familles; on suppose que quelques-unes ont péri à différentes

périodes, tandis que d'autres ont persisté jusqu'à nos jours.

Nous voyons, en examinant le diagramme, que si nous découvrions,

sur différents points de la partie inférieure de la série, un

grand nombre de formes éteintes qu'on suppose avoir été enfouies

dans les formations successives, les trois familles qui existent

sur la ligne supérieure deviendraient moins distinctes l'une de

l'autre. Si, par exemple, on retrouvait les genres «_a1_, _a5_,

_a10_, _f8_, _m3_, _m6_, _m9_, ces trois familles seraient assez

étroitement reliées pour qu'elles dussent probablement être

réunies en une seule grande famille, à peu près comme on a dû le

faire à l'égard des ruminants et de certains pachydermes.

Cependant, on pourrait peut-être contester que les genres éteints

qui relient ainsi les genres vivants de trois familles soient

intermédiaires, car ils ne le sont pas directement, mais seulement

par un long circuit et en passant par un grand nombre de formes

très différentes. Si l'on découvrait beaucoup de formes éteintes

au-dessus de l'une des lignes horizontales moyennes qui

représentent les différentes formations géologiques -- au-dessus

du numéro VI, par exemple, -- mais qu'on n'en trouvât aucune au-

dessous de cette ligne, il n'y aurait que deux familles (seulement

les deux familles de gauche _a14_ et _b14_, etc.) à réunir en une

seule; il resterait deux familles qui seraient moins distinctes

l'une de l'autre qu'elles ne l'étaient avant la découverte des

fossiles. Ainsi encore, si nous supposons que les trois familles

formées de huit genres (_a14_ à _m14_) sur la ligne supérieure

diffèrent l'une de l'autre par une demi-douzaine de caractères

importants, les familles qui existaient à l'époque indiquée par la

ligne VI devaient certainement différer l'une de l'autre par un

moins grand nombre de caractères, car à ce degré généalogique

reculé elles avaient dû moins s'écarter de leur commun ancêtre.

C'est ainsi que des genres anciens et éteints présentent

quelquefois, dans une certaine mesure, des caractères

intermédiaires entre leurs descendants modifiés, ou entre leurs

parents collatéraux.

Les choses doivent toujours être beaucoup plus compliquées dans la

nature qu'elles ne le sont dans le diagramme; les groupes, en

effet, ont dû être plus nombreux; ils ont dû avoir des durées

d'une longueur fort inégale, et éprouver des modifications très

variables en degré. Comme nous ne possédons que le dernier volume

des _Archives géologiques_, et que de plus ce volume est fort

incomplet, nous ne pouvons espérer, sauf dans quelques cas très

rares, pouvoir combler les grandes lacunes du système naturel, et

relier ainsi des familles ou des ordres distincts. Tout ce qu'il

nous est permis d'espérer, c'est que les groupes qui, dans les

périodes géologiques connues, ont éprouvé beaucoup de

modifications, se rapprochent un peu plus les uns des autres dans

les formations plus anciennes, de manière que les membres de ces

groupes appartenant aux époques plus reculées diffèrent moins par

quelques-uns de leurs caractères que ne le font les membres

actuels des mêmes groupes. C'est, du reste, ce que s'accordent à

reconnaître nos meilleurs paléontologistes.

La théorie de la descendance avec modifications explique donc

d'une manière satisfaisante les principaux faits qui se rattachent

aux affinités mutuelles qu'on remarque tant entre les formes

éteintes qu'entre celles-ci et les formes vivantes. Ces affinités

me paraissent inexplicables si l'on se place à tout autre point de

vue.

D'après la même théorie, il est évident que la faune de chacune

des grandes périodes de l'histoire de la terre doit être

intermédiaire, par ses caractères généraux, entre celle qui l'a

précédée et celle qui l'a suivie. Ainsi, les espèces qui ont vécu

pendant la sixième grande période indiquée sur le diagramme, sont

les descendantes modifiées de celles qui vivaient pendant la

cinquième, et les ancêtres des formes encore plus modifiées de la

septième; elles ne peuvent donc guère manquer d'être à peu près

intermédiaires par leur caractère entre les formes de la formation

inférieure et celles de la formation supérieure. Nous devons

toutefois faire la part de l'extinction totale de quelques-unes

des formes antérieures, de l'immigration dans une région

quelconque de formes nouvelles venues d'autres régions, et d'une

somme considérable de modifications qui ont dû s'opérer pendant

les longs intervalles négatifs qui se sont écoulés entre le dépôt

des diverses formations successives. Ces réserves faites, la faune

de chaque période géologique est certainement intermédiaire par

ses caractères entre la faune qui l'a précédée et celle qui l'a

suivie. Je n'en citerai qu'un exemple: les fossiles du système

dévonien, lors de leur découverte, furent d'emblée reconnus par

les paléontologistes comme intermédiaires par leurs caractères

entre ceux des terrains carbonifères qui les suivent et ceux du

système silurien qui les précèdent. Mais chaque faune n'est pas

nécessairement et exactement intermédiaire, à cause de l'inégalité

de la durée des intervalles qui se sont écoulés entre le dépôt des

formations consécutives.

Le fait que certains genres présentent une exception à la règle ne

saurait invalider l'assertion que toute faune d'une époque

quelconque est, dans son ensemble, intermédiaire entre celle qui

la précède et celle qui la suit. Par exemple, le docteur Falconer

a classé en deux séries les mastodontes et les éléphants: l'une,

d'après leurs affinités mutuelles; l'autre, d'après l'époque de

leur existence; or, ces deux séries ne concordent pas. Les espèces

qui présentent des caractères extrêmes ne sont ni les plus

anciennes ni les plus récentes, et celles qui sont intermédiaires

par leurs caractères ne le sont pas par l'époque où elles ont

vécu. Mais, dans ce cas comme dans d'autres cas analogues, en

supposant pour un instant que nous possédions les preuves du

moment exact de l'apparition et de la disparition de l'espèce, ce

qui n'est certainement pas, nous n'avons aucune raison pour

supposer que les formes successivement produites se perpétuent

nécessairement pendant des temps égaux. Une forme très ancienne

peut parfois persister beaucoup plus longtemps qu'une forme

produite postérieurement autre part, surtout quand il s'agit de

formes terrestres habitant des districts séparés. Comparons, par

exemple, les petites choses aux grandes: si l'on disposait en

série, d'après leurs affinités, toutes les races vivantes et

éteintes du pigeon domestique, cet arrangement ne concorderait

nullement avec l'ordre de leur production, et encore moins avec

celui de leur extinction. En effet, la souche parente, le biset,

existe encore, et une foule de variétés comprises entre le biset

et le messager se sont éteintes; les messagers, qui ont des

caractères extrêmes sous le rapport de la longueur du bec, ont une

origine plus ancienne que les culbutants à bec, court, qui se

trouvent sous ce rapport à l'autre extrémité de la série.

Tous les paléontologistes ont constaté que les fossiles de deux

formations consécutives sont beaucoup plus étroitement alliés que

les fossiles de formations très éloignées; ce fait confirme

l'assertion précédemment formulée du caractère intermédiaire,

jusqu'à un certain point, des restes organiques qui sont conservés

dans une formation intermédiaire. Pictet en donne un exemple bien

connu, c'est-à-dire la ressemblance générale qu'on constate chez

les fossiles contenus dans les divers étages de la formation de la

craie, bien que, dans chacun de ces étages, les espèces soient

distinctes. Ce fait seul, par sa généralité, semble avoir ébranlé

chez le professeur Pictet la ferme croyance à l'immutabilité des

espèces. Quiconque est un peu familiarisé avec la distribution des

espèces vivant actuellement à la surface du globe ne songera pas à

expliquer l'étroite ressemblance qu'offrent les espèces distinctes

de deux formations consécutives par la persistance, dans les mêmes

régions, des mêmes conditions physiques pendant de longues

périodes. Il faut se rappeler que les formes organisées, les

formes marines au moins, ont changé presque simultanément dans le

monde entier et, par conséquent, sous les climats les plus divers

et dans les conditions les plus différentes. Combien peu, en

effet, les formes spécifiques des habitants de la mer ont-elles

été affectées par les vicissitudes considérables du climat pendant

la période pléistocène, qui comprend toute la période glaciaire!

D'après la théorie de la descendance, rien n'est plus aisé que de

comprendre les affinités étroites qui se remarquent entre les

fossiles de formations rigoureusement consécutives, bien qu'ils

soient considérés comme spécifiquement distincts. L'accumulation

de chaque formation ayant été fréquemment interrompue, et de longs

intervalles négatifs s'étant écoulés entre les dépôts successifs,

nous ne saurions nous attendre, ainsi que j'ai essayé de le

démontrer dans le chapitre précédent, à trouver dans une ou deux

formations quelconques toutes les variétés intermédiaires entre

les espèces qui ont apparu au commencement et à la fin de ces

périodes; mais nous devons trouver, après des intervalles

relativement assez courts, si on les estime au point de vue

géologique, quoique fort longs, si on les mesure en années, des

formes étroitement alliées, ou, comme on les a appelées, des

espèces représentatives. Or, c'est ce que nous constatons

journellement. Nous trouvons, en un mot, les preuves d'une

mutation lente et insensible des formes spécifiques, telle que

nous sommes en droit de l'attendre.

DU DEGRÉ DE DEVELOPPEMENT DES FORMES ANCIENNES COMPARÉ À CELUI DES

FORMES VIVANTES.

Nous avons vu, dans le quatrième chapitre, que, chez tous les

êtres organisés ayant atteint l'âge adulte, le degré de

différenciation et de spécialisation des divers organes nous

permet de déterminer leur degré de perfection et leur supériorité

relative. Nous avons vu aussi que, la spécialisation des organes

constituant un avantage pour chaque être, la sélection naturelle

doit tendre à spécialiser l'organisation de chaque individu, et à

la rendre, sous ce rapport, plus parfaite et plus élevée; mais

cela n'empêche pas qu'elle peut laisser à de nombreux êtres une

conformation simple et inférieure, appropriée à des conditions

d'existence moins complexes, et, dans certains cas même, elle peut

déterminer chez eux une simplification et une dégradation de

l'organisation, de façon à les mieux adapter à des conditions

particulières. Dans un sens plus général, les espèces nouvelles

deviennent supérieures à celles qui les ont précédées; car elles

ont, dans la lutte pour l'existence, à l'emporter sur toutes les

formes antérieures avec lesquelles elles se trouvent en

concurrente active. Nous pouvons donc conclure que, si l'on

pouvait mettre en concurrence, dans des conditions de climat à peu

près identiques, les habitants de l'époque éocène avec ceux du

monde actuel, ceux-ci l'emporteraient sur les premiers et les

extermineraient; de même aussi, les habitants de l'époque éocène

l'emporteraient sur les formes de la période secondaire, et

celles-ci sur les formes paléozoïques. De telle sorte que cette

épreuve fondamentale de la victoire dans la lutte pour

l'existence, aussi bien que le fait de la spécialisation des

organes, tendent à prouver que les formes modernes doivent,

d'après la théorie de la sélection naturelle, être plus élevées

que les formes anciennes. En est-il ainsi? L'immense majorité des

paléontologistes répondrait par l'affirmative, et leur réponse,

bien que la preuve en soit difficile, doit être admise comme

vraie.

Le fait que certains brachiopodes n'ont été que légèrement

modifiés depuis une époque géologique fort reculée, et que

certains coquillages terrestres et d'eau douce sont restés à peu

près ce qu'ils étaient depuis l'époque où, autant que nous pouvons

le savoir, ils ont paru pour la première fois, ne constitue point

une objection sérieuse contre cette conclusion. Il ne faut pas

voir non plus une difficulté insurmontable dans le fait constaté

par le docteur Carpenter, que l'organisation des foraminifères n'a

pas progressé depuis l'époque laurentienne; car quelques

organismes doivent rester adaptés à des conditions de vie très

simples; or, quoi de mieux approprié sous ce rapport que ces

protozoaires à l'organisation si inférieure? Si ma théorie

impliquait comme condition nécessaire le progrès de

l'organisation, des objections de cette nature lui seraient

fatales. Elles le seraient également si l'on pouvait prouver, par

exemple, que les foraminifères ont pris naissance pendant l'époque

laurentienne, ou les brachiopodes pendant la formation cumbrienne;

car alors il ne se serait pas écoulé un temps suffisant pour que

le développement de ces organismes en soit arrivé au point qu'ils

ont atteint. Une fois arrivés à un état donné, la théorie de la

sélection naturelle n'exige pas qu'ils continuent à progresser

davantage, bien que, dans chaque période successive, ils doivent

se modifier légèrement, de manière à conserver leur place dans la

nature, malgré de légers changements dans les conditions

ambiantes. Toutes ces objections reposent sur l'ignorance où nous

sommes de l'âge réel de notre globe, et des périodes auxquelles

les différentes formes de la vie ont apparu pour la première fois,

points fort discutables.

La question de savoir si l'ensemble de l'organisation a progressé

constitue de toute façon un problème fort compliqué. Les archives

géologiques, toujours fort incomplètes, ne remontent pas assez

haut pour qu'on puisse établir avec une netteté incontestable que,

pendant le temps dont l'histoire nous est connue, l'organisation a

fait de grands progrès. Aujourd'hui même, si l'on compare les uns

aux autres les membres d'une même classe, les naturalistes ne sont

pas d'accord pour décider quelles sont les formes les plus

élevées. Ainsi, les uns regardent les sélaciens ou requins comme

les plus élevés dans la série des poissons, parce qu'ils se

rapprochent des reptiles par certains points importants de leur

conformation; d'autres donnent le premier rang aux téléostéens.

Les ganoïdes sont placés entre les sélaciens et les téléostéens;

ces derniers sont actuellement très prépondérants quant au nombre,

mais autrefois les sélaciens et les ganoïdes existaient seuls; par

conséquent, suivant le type de supériorité qu'on aura choisi, on

pourra dire que l'organisation des poissons a progressé ou

rétrogradé. Il semble complètement impossible de juger de la

supériorité relative des types appartenant à des classes

distinctes; car qui pourra, par exemple, décider si une seiche est

plus élevée qu'une abeille, cet insecte auquel von Baer

attribuait, «une organisation supérieure à celle d'un poisson,

bien que construit sur un tout autre modèle?» Dans la lutte

complexe pour l'existence, il est parfaitement possible que des

crustacés, même peu élevés dans leur classe, puissent vaincre les

céphalopodes, qui constituent le type supérieur des mollusques;

ces crustacés, bien qu'ayant un développement inférieur, occupent

un rang très élevé dans l'échelle des invertébrés, si l'on en juge

d'après l'épreuve la plus décisive de toutes, la loi du combat.

Outre ces difficultés inhérentes qui se présentent, lorsqu'il

s'agit de déterminer quelles sont les formes les plus élevées par

leur organisation, il ne faut pas seulement comparer les membres

supérieurs d'une classe à deux époques quelconques -- bien que ce

soit là, sans doute, le fait le plus important à considérer dans

la balance -- mais il faut encore comparer entre eux tous les

membres de la même classe, supérieurs et inférieurs, pendant l'une

et l'autre période. À une époque reculée, les mollusques les plus

élevés et les plus inférieurs, les céphalopodes et les

brachiopodes, fourmillaient en nombre; actuellement, ces deux

ordres ont beaucoup diminué, tandis que d'autres, dont

l'organisation est intermédiaire, ont considérablement augmenté.

Quelques naturalistes soutiennent en conséquence que les

mollusques présentaient autrefois une organisation supérieure à

celle qu'ils ont aujourd'hui. Mais on peut fournir à l'appui de

l'opinion contraire l'argument bien plus fort basé sur le fait de

l'énorme réduction des mollusques inférieurs, et le fait que les

céphalopodes existants, quoique peu nombreux, présentent une

organisation beaucoup plus élevée que ne l'était celle de leurs

anciens représentants. Il faut aussi comparer les nombres

proportionnels des classes supérieures et inférieures existant

dans le monde entier à deux périodes quelconques; si, par exemple,

il existe aujourd'hui cinquante mille formes de vertébrés, et que

nous sachions qu'à une époque antérieure il n'en existait que dix

mille, il faut tenir compte de cette augmentation en nombre de la

classe supérieure qui implique un déplacement considérable de

formes inférieures, et qui constitue un progrès décisif dans

l'organisation universelle. Nous voyons par là combien il est

difficile, pour ne pas dire impossible, de comparer, avec une

parfaite exactitude, à travers des conditions aussi complexes, le

degré de supériorité relative des organismes imparfaitement connus

qui ont composé les faunes des diverses périodes successives.

Cette difficulté ressort clairement de l'examen de certaines

faunes et de certaines fleurs actuelles. La rapidité

extraordinaire avec laquelle les productions européennes se sont

récemment, répandues dans la Nouvelle-Zélande et se sont emparées

de positions qui devaient être précédemment occupées par les

formes indigènes, nous permet de croire que, si tous les animaux

et toutes les plantes de la Grande-Bretagne étaient importés et

mis en liberté dans la Nouvelle-Zélande, un grand nombre de formes

britanniques s'y naturaliseraient promptement avec le temps, et

extermineraient un grand nombre des formes indigènes. D'autre

part, le fait qu'à peine un seul habitant de l'hémisphère austral

s'est naturalisé à l'état sauvage dans une partie quelconque de

l'Europe, nous permet de douter que, si toutes les productions de

la Nouvelle-Zélande étaient introduites en Angleterre, il y en

aurait beaucoup qui pussent s'emparer de positions actuellement

occupées par nos plantes et par nos animaux indigènes. À ce point

de vue, les productions de la Grande-Bretagne peuvent donc être

considérées comme supérieures à celles de la Nouvelle-Zélande.

Cependant, le naturaliste le plus habile n'aurait pu prévoir ce

résultat par le simple examen des espèces des deux pays.

Agassiz et plusieurs autres juges compétents insistent sur ce fait

que les animaux anciens ressemblent, dans une certaine mesure, aux

embryons des animaux actuels de la même classe; ils insistent

aussi sur le parallélisme assez exact qui existe entre la

succession géologique des formes éteintes et le développement

embryogénique des formes actuelles. Cette manière de voir concorde

admirablement avec ma théorie. Je chercherai, dans un prochain

chapitre, à démontrer que l'adulte diffère de l'embryon par suite

de variations survenues pendant le cours de la vie des individus,

et héritées par leur postérité à un âge correspondant. Ce procédé,

qui laisse l'embryon presque sans changements, accumule

continuellement, pendant le cours des générations successives, des

différences de plus en plus grandes chez l'adulte. L'embryon reste

ainsi comme une sorte de portrait, conservé par la nature, de

l'état ancien et moins modifié de l'animal. Cette théorie peut

être vraie et cependant n'être jamais susceptible d'une preuve

complète. Lorsqu'on voit, par exemple, que les mammifères, les

reptiles et les poissons les plus anciennement connus

appartiennent rigoureusement à leurs classes respectives, bien que

quelques-unes de ces formes antiques soient, jusqu'à un certain

point, moins distinctes entre elles que ne le sont aujourd'hui les

membres typiques des mêmes groupes, il serait inutile de

rechercher des animaux réunissant les caractères embryogéniques

communs à tous les vertébrés tant qu'on n'aura pas découvert des

dépôts riches en fossiles, au-dessous des couches inférieures du

système cumbrien -- découverte qui semble très peu probable.

DE LA SUCCESSION DES MÊMES TYPES DANS LES MÊMES ZONES PENDANT LES

DERNIÈRES PÉRIODES TERTIAIRES.

M. Clift a démontré, il y a bien des années, que les mammifères

fossiles provenant des cavernes de l'Australie sont étroitement

alliés aux marsupiaux qui vivent actuellement sur ce continent.

Une parenté analogue, manifeste même pour un oeil inexpérimenté,

se remarque également dans l'Amérique du Sud, dans les fragments

d'armures gigantesques semblables à celle du tatou, trouvées dans

diverses localités de la Plata. Le professeur Owen a démontré de

la manière la plus frappante que la plupart des mammifères

fossiles, enfouis en grand nombre dans ces contrées, se rattachent

aux types actuels de l'Amérique méridionale. Cette parenté est

rendue encore plus évidente par l'étonnante collection d'ossements

fossiles recueillis dans les cavernes du Brésil par MM. Lund et

Clausen. Ces faits m'avaient vivement frappé que, dès 1839 et

1845, j'insistais vivement sur cette «loi de la succession des

types» -- et sur «ces remarquables rapports de parenté qui

existent entre les formes éteintes et les formes vivantes d'un

même continent.» Le professeur Owen a depuis étendu la même

généralisation aux mammifères de l'ancien monde, et les

restaurations des gigantesques oiseaux éteints de la Nouvelle-

Zélande, faites par ce savant naturaliste, confirment également la

même loi. Il en est de même des oiseaux trouvés dans les cavernes

du Brésil. M. Woodward a démontré que cette même loi s'applique

aux coquilles marines, mais elle est moins apparente, à cause de

la vaste distribution de la plupart des mollusques. On pourrait

encore ajouter d'autres exemples, tels que les rapports qui

existent entre les coquilles terrestres éteintes et vivantes de

l'île de Madère et entre les coquilles éteintes et vivantes des

eaux saumâtres de la mer Aralo-Caspienne.

Or, que signifie cette loi remarquable de la succession des mêmes

types dans les mêmes régions? Après avoir comparé le climat actuel

de l'Australie avec celui de certaines parties de l'Amérique

méridionale situées sous la même latitude, il serait téméraire

d'expliquer, d'une part, la dissemblance des habitants de ces deux

continents par la différence des conditions physiques; et d'autre

part, d'expliquer par les ressemblances de ces conditions

l'uniformité des types qui ont existé dans chacun de ces pays

pendant les dernières périodes tertiaires. On ne saurait non plus

prétendre que c'est en vertu d'une loi immuable que l'Australie a

produit principalement ou exclusivement des marsupiaux, ou que

l'Amérique du Sud a seule produit des édentés et quelques autres

types qui lui sont propres. Nous savons, en effet, que l'Europe

était anciennement peuplée de nombreux marsupiaux, et j'ai

démontré, dans les travaux auxquels j'ai fait précédemment

allusion, que la loi de la distribution des mammifères terrestres

était autrefois différente en Amérique de ce qu'elle est

aujourd'hui. L'Amérique du Nord présentait anciennement beaucoup

des caractères actuels de la moitié méridionale de ce continent;

et celle-ci se rapprochait, beaucoup plus que maintenant, de la

moitié septentrionale. Les découvertes de Falconer et de Cautley

nous ont aussi appris que les mammifères de l'Inde septentrionale

ont été autrefois en relation plus étroite avec ceux de l'Afrique

qu'ils ne le sont actuellement. La distribution des animaux marins

fournit des faits analogues.

La théorie de la descendance avec modification explique

immédiatement cette grande loi de la succession longtemps

continuée, mais non immuable, des mêmes types dans les mêmes

régions; car les habitants de chaque partie du monde tendent

évidemment à y laisser, pendant la période suivante, des

descendants étroitement alliés, bien que modifiés dans une

certaine mesure. Si les habitants d'un continent ont autrefois

considérablement différé de ceux d'un autre continent, de même

leurs descendants modifiés diffèrent encore à peu près de la même

manière et au même degré. Mais, après de très longs intervalles et

des changements géographiques importants, à la suite desquels il y

a eu de nombreuses migrations réciproques, les formes plus faibles

cèdent la place aux formes dominantes, de sorte qu'il ne peut y

avoir rien d'immuable dans les lois de la distribution passée ou

actuelle des êtres organisés.

On demandera peut-être, en manière de raillerie, si je considère

le paresseux, le tatou et le fourmilier comme les descendants

dégénérés du mégathérium et des autres monstres gigantesques

voisins, qui ont autrefois habité l'Amérique méridionale. Ceci

n'est pas un seul instant admissible. Ces énormes animaux sont

éteints, et n'ont laissé aucune descendance. Mais on trouve, dans

les cavernes du Brésil, un grand nombre d'espèces fossiles qui,

par leur taille et par tous leurs autres caractères, se

rapprochent des espèces vivant actuellement dans l'Amérique du

Sud, et dont quelques-unes peuvent avoir été les ancêtres réels

des espèces vivantes. Il ne faut pas oublier que, d'après ma

théorie, toutes les espèces d'un même genre descendent d'une

espèce unique, de sorte que, si l'on trouve dans une formation

géologique six genres ayant chacun huit espèces, et dans la

formation géologique suivante six autres genres alliés ou

représentatifs ayant chacun le même nombre d'espèces, nous pouvons

conclure qu'en général une seule espèce de chacun des anciens

genres a laissé des descendants modifiés, constituant les diverses

espèces des genres nouveaux; les sept autres espèces de chacun des

anciens genres ont dû s'éteindre sans laisser de postérité. Ou

bien, et c'est là probablement le cas le plus fréquent, deux ou

trois espèces appartenant à deux ou trois des six genres anciens

ont seules servi de souche aux nouveaux genres, les autres espèces

et les autres genres entiers ayant totalement disparu. Chez les

ordres en voie d'extinction, dont les genres et les espèces

décroissent peu à peu en nombre, comme celui des édentés dans

l'Amérique du Sud, un plus petit nombre encore de genres et

d'espèces doivent laisser des descendants modifiés.

De l'origine des espèces · 第 41 / 58 题