Je prie le Souverain Auteur de tous les biens de conserver en vie, et en
santé, le haut et puissant Seigneur, Nefr-ali-bec, mon très-honoré, et
très-heureux Fils, le favori et confident de la Majesté royale.
Nous faisons de très-parfaits vœux au ciel pour votre heureuse grandeur.
Le motif que nous avons de vous écrire cette lettre, est le _part_ part
que nous prenons dans les affaires du seigneur Chardin, qui est arrivé
depuis quelque temps en cette ville, et qui en part à présent pour aller
en diligence au palais qui est le a refuge de l’univers. Il faut
absolument que vous vous informiez à fond des intentions qu’il a, et des
très humbles requêtes qu’il veut faire à la très haute Cour, et que les
ayant bien conçues, vous appliquiez votre adresse à les faire répondre
favorablement. Nous souhaitons d’être bien particulièrement informés de
l’effet qu’aura eu notre recommandation, et de quelle manière cet ami
illustre aura été reçu et traité. Nous désirons aussi que vous nous
donniez des nouvelles de sa santé. Nous prions Dieu de toute notre
affection qu’il ait la grâce et le bonheur d’être bien reçu de notre
grand roi, à qui je souhaite que tout l’univers rende hommage, et qu’il
puisse avoir en ses affaires un parfait succès. Dieu éternel vous donne
longue vie.
a Le mot Persan que j’ai traduit par refuge de l’Univers, est Alempenha.
_Alam_ signifie _le_ monde entier, la nature Universelle. Et Penha
signifie _retraite_, port, recours, lieu de sûreté.
b En l’original il y a qu’ils s’informent. Les Orientaux parlant à des
personnes qu’ils respectent, se servent pour les désigner de la
troisième personne du pluriel, et pour se désigner eux-mêmes de la
troisième personne du singulier. La langue sainte ne parle guère
autrement.
Il y a dans le persan _que_ toutes les âmes puissent servir à son nom, à
son nom. Cette répétition est une figure fort usitée dans toutes les
langues orientales, qui la tiennent indubitablement de la langue sainte.
Il y en a mille exemples, comme au Psaume 68. vs. 13 il s’en sont fuis,
ils s’en sont fuis, pour dire, ils s’en sont fuis entièrement, au Psaume
87. vers. 5. l’homme, l’homme, pour dire, l’homme parfait. Les auteur
grecs et latins s’en sont servis de même, et les plus délicats et polis
comme _Plaute_, _Ovide_, et Catulle.
Je fus ensuite prendre congé des principaux seigneurs du lieu : et entre
autres du général des monnaies. Ce seigneur, nommé _Mahamed_-chefi,
m’avait persuadé d’aller à _Ispahan_par la voie _d’Ardevil_, m’assurant
que je vendrais quelque chose en cette ville. Je lui promis de le faire,
et pris de lui une lettre de recommandation pour le gouverneur
d’Ardevil, qui est son proche parent. Voici ce qu’elle contenait.