18. On vient de dire que les Arabes ont donné des épithètes aux mois,
les Persans en ont donné aux villes principales de leur empire. Ispahan
et Casbin son surnommée, siège de la monarchie. _Cachan_ est surnommée
demeure des fidèles ; Candahar, retraite de sûreté. _Acheref_ a eu le
surnom d’annoblie, à cause _qu’Abas_ le grand y fit bâtir un grand et
'somptueux palais, et qu’il y faisait sa plus ordinaire résidence, quand
il était en la province de Mazenderan. Cette province est nommée _Tabar
estaan_ dans les actes publics, à la chambre des comptes, et à la
chancellerie ; mais dans le discours familier on l’appelle Mazanderoon.
Tabar estaan signifie lieu ou place des cognées. Les Persans ont ainsi
nommé cette province pour signifier qu’elle est pleine de bois ; parce
que là où il y a beaucoup de bois, il faut beaucoup de cognées pour le
couper. Je remarquerai aussi, que jamais les Persans ne parlent de leur
empire sans le qualifier de quelque titre glorieux, comme par exemple
les bénits royaumes, les royaumes heureux, les royaumes de spacieuse
étendue, ainsi qu’il se voit dans cette patente.
19. L’empreinte du cachet, qui est au bas de la date en la traduction,
est au dos de la patente, mais tout en bas aussi. C’est le sceau du
premier ministre, qui s’appelait _Mahomet_ Mehdy. Les Persans ne mettent
point d’ordinaire leurs dignités dans leurs sceaux, ni aucun titre,
capable de les faire connaître. Je ne l’ai vu faire qu’aux officiers des
chambres des comptes, dans les fonctions de leurs charges, et non dans
les autres occasions ; car il faut observer que tous les Orientaux ont
divers sceaux ou cachets. Il y a seulement leur nom, celui de leurs
pères, qui leur sert de surnom, à la façon des Hébreux, et celui de leur
race, quand elle a l’honneur d’être descendue de _Mahomet_ par _Fathmé_
sa fille. Les mahométans ne reconnaissent point d’autre noblesse, que
d’être originaires de cette souche-là.
J’avais joint à la patente du roi de Perse, un billet de recommandation
du grand maître de son hôtel. Je voulus que le vice-roi le vît, étant
bien assuré qu’il opérerait encore plus que la patente même. Cela arriva
en effet, et je sus depuis que c’était particulièrement à ce billet, que
je devais les offices et les honneurs que je reçus à _Tifflis_ ; en
voici la traduction.
Les commis des gouverneurs, les fermiers royaux, les officiers des
villes, les receveurs des péages, et les prévôts des grands chemins
auront l’honneur de savoir que _Messieurs_ Chardin et Raisin,
_marchands_ 2 français, _la_ fleur des marchands, ayant apporté à la
très-haute et sublime cour, des raretés couvertes de pierreries, dignes
de _la_ 3 garde robe _des_ 4 esclaves du 5 distributeur des biens
temporels, on les a chargés d’en apporter d’autres, et donné ordre
exprès de faire faire en leur pays plusieurs ouvrages pour le service de
ces esclaves. On les a honorés pour cet effet d’une patente au sceau 6
sacré : et c’est pour cet emploi qu’ils voyagent. Il faut donc
absolument que partout où ils arriveront, on leur porte _tout respect_,
et qu’on leur donne toute l’aide raisonnable qu’il sera nécessaire. Il
faut absolument encore se bien garder de leur faire de la peine, ni de
témoigner en quelque manière que ce soit, qu’on attende, ou qu’on désire
des droits d’eux, parce que s’il venait aux oreilles des Esclaves du
Seigneur des humains, qu’on quelque prétention sur eux, il naîtrait de
ce rapport un mauvais fruit. Écrit au mois de Chaval l’ennobli 1076. de
la Sainte. Fuite, _à laquelle_ soit honneur et gloire.
A la marge il y avait :
L’intention de ce billet est de faire connaître à ceux à qui il
s’adresse, qu’il en faut user avec les Porteurs selon la teneur de la
Patente à laquelle le monde doit rendre hommage.
Les mots du seau signifient _Maxud_ Fils de _Galeb_, les delices des
créatures.
1. Il y a au persan _sont_ honorés de ce qu’on leur fait savoir. Les
grands de Perse écrivent ainsi aux bas officiers, particulièrement quand
ces officiers sont de leur dépendance. Ils font cela, afin que la
différence que l’autorité et l’emploi met entre eux, soit toujours
entretenu, et que la communication ne la confonde point.
2. Le terme que j’ai traduit par français, est _frengui_, qui est le nom
commun, que les Persans, et les autres Orientaux, donnent aux chrétiens
de l’Europe, nés sous une domination chrétienne, excepté les Moscovites,
qu’ils appellent _Orous_ ; et ce nom de _frengui_ est venu ou de
_Francus_ prince gaulois, ou de celui de la nation française ; parce que
ç’a été la première nation chrétienne de l’Europe qui soit entrée en
commerce avec les mahométans, comme je l’ai déjà observé. Il y a toute
apparence que ce nom de _freng_, ou _franc_, pour dénoter les chrétiens
de l’Europe, a commencé d’être mis en usage pendant la Guerre sainte, et
qu’ainsi c’était un nom de ligue, et non pas de _nation_. Il y a des
auteurs qui donnent à ce nom de _franc_ une étymologie arabesque, le
tirant de _Fer-_henc, qui signifie _grand_ esprit.
3. Le mot, que j’ai traduit par _garde robe_, est sercar. Il signifie
précisément _chef_ d’ouvrage, et aussi magasin. Le roi, et les grands de
Perse, ont chez eux des manufactures de toutes sortes d’arts et de
métiers. Ils les appellent _carconé_, c’est-à-dire, maison de tra_vail_,
ou proprement _laboratoire_. C’est comme la galerie du grand duc de
_Florence_, ou les galeries du Louvre. On entretient là-dedans un grand
nombre d’excellents maîtres, qui ont pension et leur nourriture toute
leur vie. On leur fournit les matières pour travailler. On leur fait des
présents, ou on leur hausse leur paye à chaque belle pièce qu’ils
rendent.
4. C’est par faste qu’ils s’expriment en ces termes, dignes de la garde
robe des esclaves du _roi_, comme pour dire, que celle de Sa Majesté est
remplie de tant de bijoux rares et précieux, qu’on ne peut rien apporter
qui soit digne d’y être mis. L’éloquence persane se sert beaucoup de ce
tour de langage en toutes sortes de sujets : ainsi en parlant d’un
ambassadeur qui a fait la révérence au roi, ils disent qu’il a baisé les
pieds des esclaves du roi. Pareillement, pour dire qu’un prince a fait
une grande action, ils disent, les esclaves de ce prince ont fait une
grande _action_, façons de parler qui ne font pas mal connaître la
vanité des Orientaux. Je les tiens tirées de _l’Alcoran_, que les
mahométans disent être _la_ source de la véritable éloquence. On y voit
beaucoup d’expressions semblables ; comme par exemple, en parlant des
ouvrages de Dieu, ils les appellent les ouvrages des anges. Les anges
créèrent le ciel et _la_ terre, cela exprime mieux, disent les
mahométans, la puissance de Dieu, parce que si les anges ont bien tant
de puissance que de créer des mondes, combien en doit avoir celui dont
ils sont seulement les serviteurs ? Au reste, tous les Orientaux sont de
véritables esclaves, leurs souverains ayant droit sur leur vie et sur
leurs biens, sur leurs femmes et sur leurs enfants. Mais bien loin que
cette condition leur fasse horreur, ils s’en glorifient. Les grands
seigneurs même se font un honneur d’être appelés des esclaves ; et
cha-couli, ou coulom-cha, qui signifie _esclave_ du _roi_, est un aussi
honorable titre en Perse que celui de marquis en France.
5. Valineamet, que j’ai traduit distributeur des biens temporels, est un
nom composé. Vali signifie un lieutenant souverain et absolu, qui a le
même pouvoir au lieu où il est établi, que celui dont il tient l’empire.
Les Persans appellent souvent leur roi _vali_ iron, pour donner à
entendre qu’il est en Perse, qu’ils nomment _Iron_, le véritable
successeur, le vicaire, et le lieutenant _d’Ali_, auquel Dieu donna la
seigneurie de tout le monde après la mort de Mahomet. Neamet vient
d’inam, qui signifie présent, faveur, grâce temporelle, largesse de
biens. Ainsi par le nom de _ValiNeamet_, qui est le plus ordinaire que
les Persans donnent au roi en parlant à Sa Majesté, ils entendent qu’il
est au monde le lieutenant de Dieu, pour distribuer de sa part aux
hommes tous les biens de la fortune, et comme le canal par lequel le
ciel communique ses libéralités à la terre.
6. Il y a au Persan _Moubarec_-Nichan. On a dit a dit que le _paraphe_,
dans lequel sont écrits les noms des douze premiers Successeurs de
_Mahomet_, s’appelle Nichan. Moubarec signifie proprement benit.
Je ne dis rien au vice-roi en le saluant, et lui aussi ne me dit mot, et
ne fit pas le moindre signe. Un moment après qu’on eut servi, il
m’envoya sur une assiette d’or la moitié d’un grand pain, qui était
devant lui, et me fit dire par l’écuyer tranchant qui me l’apporta que
j’étais bienvenu. Un peu après il m’envoya demander en quel état était
la guerre des Turcs avec les Polonais ? Au second service, il nous fit
verser du vin de sa bouche, dans la tasse où il buvait. Le vin était
dans un grand flacon d’or émaillé. La tasse était d’or garnie au dessous
de rubis et de turquoises. Le gentilhomme qui nous versa à boire nous
dit de la part du prince _de_ nous réjouir et de manger plus que nous ne
faisions. Au troisième service le prince nous _fit_ encore plus de
caresses, il nous envoya une partie du rôti qu’on avait servi devant sa
personne, savoir un faisan, deux perdrix, et un quartier de biche, et
nous fit dire que le vin faisait trouver le gibier bon, toutefois qu’il
avait commandé qu’on ne nous pressât pas de boire. Je recevais tous ces
honneurs avec de profondes inclinations, et sans rien répondre. Les
capucins faisaient de même. C’est la coutume chez les Persans, de ne
point autrement répondre à ces sortes de faveurs.
Je ne dirai point l’ordre ni la magnificence de ce festin. Je dirai
seulement, qu’on y but beaucoup, qu’il y avait une prodigieuse quantité
de viandes, et que l’on servit gras et maigre, à la considération du
patriarche et de l’évêque qui étaient-là, et qui font abstinence toute
leur vie. Nous nous levâmes N de table, après y avoir demeuré trois
heures. D’autres conviés s’étaient déjà retirés. Cependant l’on n’avait
pas encore desservi le rôti. Nous fîmes une grande révérence au prince
en nous retirant. Il m’envoya dire encore une fois que j’étais le
bienvenu, et nous fit conduire au logis.
Le 14. le prince m’envoya deux grands flacons de vin, deux faisans, et
quatre perdrix. Le gentilhomme qui conduisait le présent me dit, que le
prince lui avait donné ordre de s’enquérir si j’avais besoin de quelque
chose, et si les capucins avaient soin de me bien divertir ; et de me
dire, que si je trouvais bon le vin qu’il m’envoyait, j’en envoyasse
prendre tous les jours à sa sommellerie. Je répondis, en suppliant le
gentilhomme d’assurer le prince, que mes hôtes ne me laissaient manquer
de rien, et que nous boirions ensemble à sa santé le vin qu’il
m’envoyait. On n’en pouvait boire de meilleur qu’était celui-là. Nous en
fîmes grande chère le soir, avec un chirurgien polonais, et deux
_Syriens_, qui étaient au service du prince, qu’on envoya prier à
souper.
Le 16. le prince me fit inviter à la noce de sa nièce, qu’il mariait au
palais. J’y allai à cinq heures avec le préfet, et le Père _Raphaël_. La
cérémonie du mariage était presque achevée quand nous arrivâmes. Elle se
faisait dans le grand salon, où l’on avait dîné le dimanche précédent.
J’avais beaucoup d’envie de la voir, mais parce que la salle était
remplie de dames, on n’y laissa entrer nuls autres hommes, que le
prince, et ses proches parents, le _catholicos_, et les évêques.
C’est seulement depuis que les Géorgiens ont été soumis à la Perse,
qu’ils ont interdit à leurs femmes le commerce des hommes, et cette
interdiction n’est encore que dans les. villes ; car à la campagne, et
aux lieux où il n’y a point de mahométans, elles vont sans voile, et ne
font nulle façon de voir des hommes, et de leur parler. Mais comme les
coutumes des mahométans, s’étendent de plus en plus en Géorgie avec leur
religion, on voit aussi peu-à-peu la liberté des femmes s’éteindre, et
ce beau sexe obligé par bienséance de faire bande à part. Le festin de
la noce se fit sur une terrasse du palais, entourée d’estrades élevées
de deux pieds, et profondes de six. La terrasse était couverte d’un
grand pavillon, dressé sur cinq colonnes de vingt deux pieds de haut, et
de cinq pouces de diamètre environ. La doublure était faite de brocard
d’or et d’argent, de velours, et de toile peinte, si adroitement et si
proprement mêlées, qu’aux flambeaux cela paraissait un lambris de fleurs
et de moresques. Au milieu de cette espèce de salon était un grand
bassin d’eau. Il n’y faisait point froid pourtant, car la nombreuse
assemblée, et de grands brasiers allumés, l’échauffaient si fort, que la
chaleur commençait à incommoder lorsque j’en sortis. Le plancher était
couvert de beaux tapis, et tout le lieu éclairé de quarante grands
flambeaux. Les quatre qui étaient proche du prince étaient d’or. Les
autres étaient d’argent. Ces flambeaux pèsent ordinairement quarante
livres la pièce. Le pied a quelque 15 pouces de diamètre. La branche,
haute d’un pied et demi, porte un godet rempli de suif pur, qui
entretient la lumière à deux mèches. Ces sortes de flambeaux rendent
beaucoup de clarté.
La figure qui est ici à côté peut donner une idée assez distincte de
l’ordre de ce festin. Les conviés étaient rangés sur les estrades. Le
prince était au fond sur une estrade plus élevé que les autres, et
couverte d’un dais fait en dôme. Son fils et ses frères étaient à sa
droite, les évêques à sa gauche. Le marié était entre eux. Le prince me
fit asseoir avec les capucins immédiatement après les évêques. Il y
avait plus de cent personnes à ce festin. Les joueurs d’instruments
étaient au bas. Un peu après que nous fûmes placés, le marié entra mené
par le catholicos. Aussitôt qu’il eut pris sa place, les parents du
prince lui vinrent faire un compliment et un présent. La plupart des
conviés firent la même chose, chacun à son rang. C’était une espèce de
procession. Cela dura demi-heure. Les présents qu’on lui faisait étaient
en monnaie d’or et d’argent, et en petites tasses d’argent. Je voulus
savoir au juste à combien montaient les présents qu’on lui fit, mais
selon que j’en pus juger, c’était peu de chose et ils ne montaient pas à
plus de deux cents écus.
Cependant on servit le souper en cette manière : Premièrement, on
étendit des nappes devant tous les conviés, et en trois endroits dans le
placître. Ces nappes étaient de la largeur des estrades, ensuite on
apporta le pain. Il y en avait de trois sortes, de mince comme du
papier, d’épais d’un doigt, et de petit sucré. Les viandes étaient en de
grands bassins d’argent couverts. L’on n’en fait point de si grands en
Europe. Le plat et le couvercle pèsent ordinairement 50 ou 60 marcs.
Ceux qui apportaient les plats dans la salle les rangeaient sur une
nappe à l’entrée, d’autres officiers les portaient devant les écuyers
tranchants, qui en remplissaient des assiettes creuses, qu’ils faisaient
présenter aux conviés. On en portait aux princes, puis aux autres en
leur rang. On servait premièrement une même viande à tout le monde, puis
une autre et ainsi de suite. Le festin fut de trois services, chacun
d’environ soixante de ces grands plats bassins. Le premier était de
toutes sortes de _pilo_, c’est du riz cuit avec de la viande. On en fait
de plusieurs couleurs et de plusieurs goûts. Le jaune est cuit avec du
sucre, de la cannelle et du safran. Le rouge est cuit avec du jus de
grenade. Le blanc est le plus naturel et le meilleur. Ce pilo est un
fort bon manger, fort délicat et fort sain.
Le second service était de pâtes, d’étuvées, de fricassées douces et
aigres, et de semblables ragoûts. Le troisième était de rôti. Tous les
trois services étaient mêlés de poisson, d’œufs et de légumes pour les
ecclésiastiques. L’on nous servit gras et maigre. Au reste on servait et
desservait avec un ordre et un silence merveilleux. Chacun faisait son
devoir sans parler. Trois Européens à une table font plus de bruit que
cent cinquante personnes, qui étaient dans la salle de ce festin.
Ce qu’il y avait de plus admirable, après ce bel ordre, était le buffet.
Il était composé d’environ 120 vases à boire, tasses, coupes, et cornes,
soixante flacons, et douze brocs. Les brocs étaient presque tous
d’argent. Les flacons étaient d’or lisse, ou émaillé. Les tasses et
coupes étaient les unes d’or lisse, d’autres d’or émaillé, d’autres
couvertes de pierreries et d’autres d’argent. Les cornes étaient garnies
comme les plus riches tasses. Ces cornes sont de diverse grandeur. Les
plus ordinaires sont hautes d’environ huit pouces, et larges de deux en
haut, fort noires et fort polies. Il y en a même qui sont de rhinocéros
et de bêtes fauves, au lieu que les communes ne sont que de bœuf et de
mouton. L’usage de s’en servir à boire, et de les enrichir est de tout
temps chez les Orientaux. Je ne sais pas combien le festin dura ; car je
n’attendis point la fin. Je sais seulement que nous étant retirés à
minuit l’on n’avait pas encore levé le rôti. On ne but pas d’abord, ce
ne fut qu’au troisième service qu’on s’échauffa, et on le fit d’une
manière étonnante. On buvait les santés en cette façon. On donnait aux
huit personnes les plus proches du prince, quatre à droit, quatre à
gauche, huit tasses de même grandeur, et de même façon, pleines de vin.
Ils se levaient et se tenaient debout jusqu’à ce qu’ils eussent bu. Ceux
du côté droit buvaient les premiers à la fois. Ceux du côté gauche
faisaient raison, _puis_ tous huit se rasseyaient et l’on portait les
mêmes huit tasses aux plus proches, et ainsi de suite jusqu’à ce que la
santé eût fait le tour. Après on en recommençait une nouvelle avec huit
tasses plus grandes. La coutume du pays est de boire les santés des
grands les dernières avec les plus grandes coupes. C’est afin d’enivrer
plus fortement les conviés, les engageant par respect et par
considération à boire jusqu’à ce qu’ils soient enivrés. On but de cette
façon pendant les deux dernières heures que je fus au festin, et à ce
que je sus depuis, jusqu’au lendemain matin. Les premières tasses ne
tenaient pas plus d’un verre ordinaire. Les dernières que je vis vider,
tenaient seulement trois demi-septiers. Cependant ce n’était-là que
celles de moyenne grandeur. Les capucins et moi étions exempts de boire,
et à la vérité si j’eusse autant bu que mes voisins, je serais mort sur
la place ; mais le prince eut assez de considération pour commander
qu’on ne nous portât point de santés. Il y avait du vin, de l’eau, et
une tasse d’or devant nous. On nous donnait à boire seulement quand nous
en demandions. Lorsqu’on commença les santés, les instruments
commencèrent de sonner. Ils étaient mêlés de voix. Le concert en
plaisait beaucoup à l’assemblée.. Elle en paraissait ravie : pour moi,
je n’y trouvais rien d’agréable, il me semblait au contraire rude et mal
concerté. Le prince qui s’en divertissait fort, et en qui la gaieté
opérait, fit dire au préfet de faire apporter son épinette. Lui et son
compagnon pensèrent enrager de la fantaisie du prince. Ma présence était
la principale cause de leur déplaisir, parce qu’ils appréhendaient, que
je ne fisse une relation désavantageuse pour eux, de la lâche
complaisance qu’ils avaient témoigné en cette rencontre, et qu’un préfet
des des missions se fût prostitué jusqu’à faire le métier d’un violon
devant un prince mahométan, dans une assemblée d’infidèles et
d’hérétiques, de clercs et de séculiers, qu’on pouvait appeler, en
l’état où le vin les avait mis, une troupe d’ivrognes. Quand l’épinette
eut été apportée, on la posa sur un carreau au milieu de la salle. Le
préfet fut obligé d’en jouer ; et le prince lui ayant fait dire de
chanter et de jouer tout ensemble, il se mit à chanter le _Magnificat_,
le _Te_ Deum, le Tantum ergo ; et puis des chansons, et des airs de
cour, en italien, et en espagnol, parce que l’air des hymnes ne
réjouissait pas assez le prince. L’épinette était fort mal accordée. Le
préfet en jouait par dépit, et étant tout blanc, et tout cassé d’âge, et
de fatigues, on peut juger que son concert était un fort méchant
divertissement. Il fit pourtant celui du prince pendant deux heures.
Durant ce temps-là., le premier maître d’hôtel, qui était mahométan de
naissance, s’approcha de moi et me demanda, si l’usage des instruments
était permis en notre religion ? Je lui dis qu’il l’était. Il me
répliqua, que la créance mahométane le défendait bien expressément. Nous
eûmes un entretien de demi heure sur ce sujet, dans lequel ce seigneur
me confirma ce que j’avais appris il y a longtemps, que les instruments
de musique sont défendus par Mahomet ; et qu’encore que l’usage en soit
universel dans toute la Perse, il ne laisse pas d’être illicite. Il me
dit encore, que les instruments étaient surtout prohibés dans la
religion, n’y ayant que la voix de l’homme avec laquelle Dieu voulait
être loué.
loué. Durant cet entretien un évêque géorgien se mit à discourir sur le
même sujet avec le Père _Raphaël_. Je ne sais pas tout ce qui y fut dit,
car je n’entendais pas leur langage, et ce Père ne me le voulut pas
expliquer. Il me dit seulement, que cet évêque se scandalisait de voir
le préfet divertir l’assemblée en un festin, de la même sorte dont il
prétendait louer Dieu à l’église. Le Père _Raphaël_ ajouta, qu’il avait
un sensible déplaisir de l’autorité que le vice-roi avait prise sur eux,
d’obliger leur préfet à jouer du luth, et à chanter partout où il lui en
prenait envie ; mais que leur sûreté dépendait si entièrement de ses
bonnes grâces, qu’ils n’osaient presque lui refuser aucune chose. Nous
nous retirâmes à minuit, comme j’ai dit, après avoir pris congé du
prince avec une grande révérence. Il me demanda avant que de me laisser
aller, comment se portait le roi d’Espagne son parent, et but à sa santé
dans une tasse garnie de pierreries. Il voulut que les capucins, et moi,
bussions la même santé dans cette riche coupe. Je ne sais s’il fit cela
par faste, ou pour honorer le préfet, qu’il savait être sujet de Sa
Majesté. Catholique.
Le 17. faisant réflexion sur cette qualité de parent du roi d’Espagne
que le prince s’était donnée, et trouvant que cela ne revenait pas mal à
ce que disent plusieurs auteurs, que les Espagnols sont originaires
_d’Ibérie_ ; je demandai aux capucins, comment le prince entendait cette
parenté ? Ils me répondirent, que Clément VIII. ayant traité Taymuras en
des lettres qu’il lui écrivait, de parent de _Philippe_ second, et les
_Ibériens_ et les _Espagnols_ de frères, _Taymuras_ depuis, et ses
successeurs après lui, s’étaient entêtés de cette imaginaire parenté.
Ils me contèrent sur ce sujet beaucoup de choses de l’orgueil et du
faste des Géorgiens, et du vice-roi en particulier, et me montrèrent la
copie d’une lettre qu’il écrivit il y a deux ans au roi de _Pologne_.
J’en insère la traduction dans ce journal, parce que c’est une pièce
authentique, propre à faire connaître, que l’orgueil des Géorgiens est
grand, et peu déguisé, et parce que l’amas de titres fastueux, dont elle
est remplie, découvre pleinement, que les nations orientales sont, sans
comparaison, plus vaines que toutes les autres.
La louange, la gloire, et l’adoration, doivent être rendues à Dieu qui
est tout puissant, qui a créé et qui conserve toutes choses, qui n’est
ni produit ni engendré, exempt de tous maux, ineffable, clément envers
tous, tous, tant les morts que les vivants, qui commande de plein
pouvoir aux plus grands et aux plus petits, et qui les gouverne avec
clémence : Le très-haut et très-puissant prince le _roi des_ Géorgiens,
_des_ Lictimeriens, _des_ Listameriens, _des_ Litiens, _des_
Mesiulctiens, _des_ Cheviens, _des_ Chevouratiens, des Suanes, des Offi,
_des_ Bualtiens, _des_ Circassiens, _des_ Tusciens, _des_ Psianetiens,
_des_ Fidiciens, _des_ Jalibusiens, _des_ peuples qui sont au deçà et au
delà des très-hautes montagnes et de tout les lieux habités qui s’y
trouvent : Seigneur des trois grands tribuns (le terme Géorgien est
_eristave_, _eri_ signifie _peuple_, _tava_ signifie _chef_ ou prince)
et du _Saint. Siège de_ Schette, ville capitale de toutes les provinces
que Dieu par sa grâce nous a _don_ données en héritage, _roi_ d’Ibérie,
_de_ Mucranie, _de_ Sabatian, _de_ Trialet, _de_ Taschir, _de_ Somette,
_de_ Chianchie, _de_ Schianvande, et de plusieurs autres royaumes qu’il
possède tous avec une autorité établie et absolue, et sur lesquels il a
une pleine puissance ; qui est descendu de Jeffe, _de_ David, _de_
Salomon, et _qui_ par la grâce et par la puissance de Dieu, est comblé
de prospérités, le vainqueur des vainqueurs, l’invincible, le roi des
rois, le très-haut seigneur Chanavas-can : À vous Jean Casimir _qui_
êtes comblé d’honneur et qui en pouvez remplir les hommes, qui êtes
fameux dans la paix et bien édifié dans la vertu, qui par la miséricorde
et par la puissance de Dieu êtes auguste, _heureux_, né sous une
constellation favorable, très-grand en magnificence, qui faites toujours
le bien, qui par votre rare mérite êtes très-digne du trône, et de la
couronne, très-puissant souverain, vainqueur des vainqueurs, victorieux
des ennemis, célèbre exterminateur des rebelles, prince né chrétien et
élevé dans la religion chrétienne, renommé en faits d’armes, roi
héréditaire de Pologne, _de_ Gothie, _de_ Vandalie, _de_ Lithuanie, _de_
Russie, _de_ Prusse, _de_ Mazovie, _de_ Livonie, _de_ Samots, _de_
Chiovie, _de_ Ciarnascovie et de plusieurs autres royaumes et
provinces : Sérénissime Seigneur dont la renommée est répandue par tout
où va le soleil. À vous, dis-je, grand _roi de_ Pologne, sans égal,
très-profond en sagesse et en toute sorte de science, et très-illustre
par les justes éloges qu’on vous donne pour avoir appris toutes les plus
belles langues. Nous vous saluons de toute notre affection, et vous
souhaitons avec autant d’ardeur, que l’engagement de notre bienveillance
le désire, un parfait contentement, une longue paix, et des prospérités
multipliées. Nous rendons grâces infinies à Dieu, créateur du ciel et de
la terre, d’avoir appris l’état de votre santé, par les lettres qu’on
nous a rendues de la part du très-illustre et très-excellent seigneur
Jean Lecszunschi, _comte de_ Lesrno, grand chancelier de votre royaume,
et lieutenant général de la haute Pologne. Nous prions toujours sa
divine bonté de nous faire apprendre parfois que votre parfaite santé
continue, que vous goûtez sans chagrin les fruits d’une heureuse paix,
et que vous jouissez, d’une parfaite félicité. Votre bon serviteur
Burbibug-danbec, _officier_ de votre royaume, gentilhomme non moins
illustre en fidélité qu’en noblesse, est venu ici en qualité d’envoyé de
votre royale majesté, pour renouveler la paix, et ratifier l’amitié, et
la bonne correspondance qu’elle a avec le bienheureux _roi_ Sultan
Soliman, _de qui_ la grandeur est élevée jusqu’au ciel, et affermie sur
toute la terre, prince très-haut, suprême, incomparable, infini en
puissance, accoutumé de se faire adorer par force de ses plus
redoutables ennemis, de qui l’univers ne tire pas moins de richesses que
de la mer, et qui est digne de plus de louanges qu’il n’est possible aux
hommes d’en donner : Monarque _de_ Perse, _de_ Parthe, _de_ Médie,
d’Hircanie, _du_ golfe Persique et des îles qu’il contient, de
Caramanie, d’Aracosie, _de_ Margiane et d’autres innombrables
principautés et seigneuries. Votre dit envoyé a passé sur nos terres,
sans y avoir souffert aucune incommodité, ni reçu nul déplaisir. Il part
à présent pour s’en retourner moyennant l’aide et le secours de Dieu
vers votre royale majesté. Je la supplie par la bienveillance et
l’amitié que nous nous portons mutuellement, que ce bon sujet et mon
domestique, soit aussi bienvenu auprès d’elle, qu’il l’a été près de son
prédécesseur. À la royale de Tifflis le 26. Mars, _l’an_ 1671. de la
naissance de Jésus Messie.
Le 20. je suppliai le préfet et le Père _Raphael_ de rendre grâces au
prince des honneurs qu’il m’avait faits, et de le prier de me donner un
officier pour me conduire jusqu’à _Irivan_, ville capitale de
_l’Arménie_ majeure. Le prince agréa le remerciement, et la demande. Il
chargea les capucins de me dire, _qu’il_ aimait fort les Européens, et
qu’il aurait souhaité que je demeurasse plus longtemps à Tifflis, pour
me le faire encore mieux connaître : mais qu’il n’osait m’arrêter, non
pas même de désir ; puisque j’avais des ordres du roi à exécuter : que
je pouvais continuer mon voyage quand je voudrais : qu’il y avait toutes
sortes de sûreté sur ses terres, et qu’ainsi je n’avais point besoin
d’escorte ; toutefois qu’il me donnerait si je voulais, un de ses
officiers. Ces Pères me dirent ensuite, qu’il les avait fort entretenus
de la passion qu’il avait de voir des Européens s’établir en Géorgie, et
qu’il leur avait ordonné de me dire, que s’il y en venait pour le
commerce, il leur accorderait toutes les exemptions, et tous les
avantages qu’ils désireraient. Que son territoire s’étendait jusqu’à la
mer Noire, et qu’ayant beaucoup d’autorité en Perse, et étant fort
considéré en Turquie, les Européens qui voudraient passer de leur pays
aux Indes, ne pourraient prendre de meilleurs route que par ses États,
et _qu’il_ s’assurait que si on la prenait une fois, l’on n’en tiendrait
point d’autre à l’avenir. Je dis aux
Pères, qu’il fallait remercier fortement le prince de la bienveillance
qu’il avait pour les gens de notre pays, et lui faire entendre _que_ je
ne manquerais pas d’en donner avis à notre Compagnie des Indes, et que
s’il voulait lui faire l’honneur de lui en écrire, j’envoyerais sûrement
la lettre ; qu’au reste il me ferait une extrême faveur de me donner une
personne de sa maison pour me conduire jusqu’au plus proche
gouvernement, dont je ne manquerais pas de rendre compte au roi et aux
ministres, lorsque je serais arrivé _à_ Ispahan.
Le 24. le _Tibilelle_, j’ai dit qu’on nomme ainsi l’évêque de _Tifflis_,
me vint voir. Il me dit, que le prince l’avait chargé de me dire,
qu’ayant fait réflexion sur ce que je lui avais fait représenter,
d’écrire à la Compagnie française pour un établissement de commerce, et
de passage en Géorgie, il avait été sur le point de le faire, pour
l’informer de ce qu’il y a à profiter à la marchandise en ce pays ; mais
qu’il s’était retenu, parce qu’étant vassal du roi de Perse, il
appréhendait que Sa Majesté lui fît un crime d’avoir écrit sans son
ordre à des étrangers pour affaires ; et que je pouvais rapporter
sûrement, que si la Compagnie voulait envoyer des commis en ses États,
ils y trouveraient à bon marché beaucoup de marchandises propres pour
l’Europe, et y recevraient tout le bon traitement possible. Je répondis
au _Tibilelle_ ; en le suppliant d’assurer le prince, que je
m’acquitterais soigneusement de sa commission. Ce prélat demeura un
quart d’heure dans ma chambre. Je lui fis présent en sortant d’un beau
chapelet de corail. C’est la coutume de payer ainsi content tent les
visites des gens de qualité. Les capucins furent bien-aises et de la
visite que j’avais reçue, et de la manière dont je l’avais payée ; parce
que l’évêque de _Tifflis_ n’était encore jamais venu chez eux.
Le 25. le prince m’envoya un régal de vin, et me fit dire, qu’il avait
nommé un Persan de sa maison pour me conduire, et qu’il avait commandé
qu’on lui expédiât une lettre d’ordre, que je pouvais donc me disposer à
partir au premier jour.
Le 26. le Père _Raphaël_ me fit passer deux heures avec une vieille
femme, qui exerçait la Médecine, à l’aide d’une infinité de secrets ; et
me fit charger mes tablettes de quelques uns qu’il avait ouï vanter. Les
voici.
Pour guérir l’hydropisie, il faut donner demi dragme de suc de racines
de pois chiches, et réitérer le remède de deux en deux jours, jusqu’à la
guérison du mal.
Pour arrêter le flux d’urine, il faut donner à manger trois jours durant
des peaux interieures de géfier de chapon rôties. Il en faut donner cinq
par jour.
Contre la morsure du scorpion, il faut prendre une poule en vie, lui
plumer le croupion, et l’appliquer sur la plaie. Il arrive qu’elle en
tire le venin et en meurt. Dès qu’on la voir en convulsion il en faut
prendre une autre et s’en servir de la même manière, et ainsi
consécutivement tant qu’on voie que le remède n’attire plus de venin.
Pour la jaunisse, il faut faire un lit de ris cuit, y coucher le malade,
et le bien couvrir, ou bien il faut lui donner le bain de lait, il fait
le même effet.
Pour les Douleurs externes des Jointures, comme la Sciatique, il faut
donner, ou la decoction, ou le parfum de trois dragmes d’hellebore.
Pour les douleurs internes de quelque forte qu’elles puissent être, il
faut donner des potions de Momie.
À toutes sortes de chutes, de brisures, et de plaies ; il faut
pareillement donner la momie en breuvage, envelopper le malade en une
peau de vache, et lui tirer du sang. Il faut panser la plaie avec la
poudre de l’herbe qu’on appelle en français _bouillon_ et en latin
_taxus_ barbatus.
Pour les Cathares et fluxions à la tête et à la gorge, il faut employer
le parfum d’ambre jaune.
Pour la Dysenterie, il faut donner une insufion de feuilles et de fruits
de Myrthe, ou bien du sang de Lièvre rôti insufé dans du vin.
Pour guérir les Hémorroïdes, il faut broyer des feuilles de Plantin et
en saupoudrer la partie.
Aux douleurs de Reins, il faut se servir des feuilles et de la graine de
Guimauve en décoction.
A la Gravelle, il faut aussi la décoction de Guimauve.
A l’ulcere des Reins, le Lait.
Pour guérir la pleurésie, il faut prendre deux galettes fort minces de
farine ordinaire, les faire bien bouillir dans de l’eau, avec de l’alum
de roche, et avec l’herbe qu’on appelle en français _garance_, et en
latin rubea tinctorum ; et puis les appliquer sur le côté, une devant,
l’autre derrière, les plus chaudes qu’on pourra les souffrir. Le remède
se doit réitérer journellement jusqu’à la guérison.
Contre la Toux, il faut user de la racine de Cynnogloffum, qu’on nomme
en Français langue de Chien.
Un remède assez ordinaire en ce pays-là pour guérir les fièvres, dont
l’accès prend en froid, est de faire des emplâtres avec de la graisse de
queue de mouton, de la cannelle, du clou de girofle, et du cardamome, et
de les mettre aux paroxysmes, sur le front, sur l’estomac, et sur les
pieds. Quand le froid est passé, on lève ces emplâtres, et l’on en
applique d’autres au front, et à l’estomac, faites avec des feuilles de
chicorée, de plantain, et de l’herbe appelée _solatum_. On prend ensuite
un cochon de lait, on le coupe en deux, et on l’applique aux pieds. Le
malade est pendant toute sa maladie nourri de pain, et de crème
d’amande, sans lui donner rien de cuit.
Le Père _Raphaël_ m’a assuré qu’il a vu en ce pays-là guérir des fièvres
froides, en mettant le malade au fort du frisson sur le bord de l’eau,
et le plongeant dedans. On aura de la peine à croire cela ; et, à dire
le vrai, il me paraît tout à fait extravagant, à force de me paraître
dangereux. L’on remarque toutefois que la différence des climats et des
tempéraments de chaque pays, fait produire des effets bien différents
aux remèdes, de manière qu’un remède qui tue en un pays, pour ainsi
dire, n’émeut pas seulement en un autre.
Le soir, le Secrétaire du Chancelier du Prince m’amena l’Officier qui me
devait conduire à Irivan. Il lui mit en main en ma présence, la lettre
d’ordre pour cette commission. En voici la traduction.