9. On n’est en lieu du monde plus sottement superstitieux dans
l’astrologie judiciaire qu’en Perse. J’en parlerai amplement ailleurs,
me contentant de dire ici, que les Persans mettent les gens de plume,
les livres, et les écritures sous _Mercure_, qu’ils appellent
_Attared_ ; et qu’ils tiennent, que les gens qui sont nés sous cette
planète, ont l’esprit fin, pénétrant, éclairé et subtil.
10. _Caagôn_ est le nom d’un ancien roi de la _Chine_. Il n’y en a point
eu dans tout l’Orient dont la mémoire soit plus vénérable. Il semble par
ce qu’on en raconte, qu’il ait été illustre particulièrement dans la
paix, et plus grand dans l’administration de la justice, qu’au maniement
des armes. Les rois de l’Orient se donnent son nom, comme les empereurs
romains se faisaient appeler _césars_. Il a encore en persan la même
signification qu’Auguste en français, car lorsque les Persans veulent
exprimer quelque chose de grand et de royal, ils disent caagonié. Voilà
tout le fin de la figure ; je crois qu’on n’aura pas de peine à
l’entendre, ni tout le langage de cette patente, quoique l’hyperbole, et
la métaphore, y soient furieusement outrées.
11. Le terme que j’ai traduit la fleur des négociants signifie
proprement l’exquis, le choix, l’élite, ou le plus excellent. Les
Persans usent ordinairement de cet épithète pour toute sorte de
conditions de gens, grands seigneurs, ministres étrangers, marchands, et
gens de métier même.
12. Il y a au Persan, ni par des douceurs importunes, ni par des
demandes hautaines. 13. Le mot que j’ai traduit animer, signifie
proprement arroser.
14. Ces mots en dignité et en _vertu_ ne sont point dans la Patente. Je
les ai mis à la place de ceux qui y font, qui signifient le seau de
grande qualité ressemblant au Soleil.
15. Ces mots se rapportent aux paroles _commande_ absolument qui sont au
dessous du paraphe. Elles sont appelées ici l’ordonnance du seigneur du
monde. Tamerlan s’est servi le premier de ces mots hautains, ou
arrogants, dans lesquels les princes mahométans conviennent qu’est
renfermé le plus grand titre que l’on puisse donner à un prince
souverain. C’est ce que les Persans appellent saheb Coran, ou saheb
Queironi, qui veut dire, seigneur des victoires, et qui a été composé à
l’imitation du Dominus _sabaoth_, ce nom de Dieu, le plus ordinaire chez
les Hébreux. Le grand seigneur et le roi des Indes s’en servent comme le
roi de Perse. Chacun soutient qu’il lui convient seulement et en fait
son plus glorieux titre. On les peut interpréter aussi maître du
_siècle_, mais l’autre traduction est plus claire et plus intelligible,
et découvre plus pleinement le sot orgueil qui y est contenu.
On dit que les titres amples et superbes dont les Persans se servent
viennent des Tartares, et sont d’un usage moderne, tellement que l’on ne
s’en servait point avant le mahométisme ; mais que tout le monde, et les
rois même, commençaient leurs actes et leurs lettres comme faisaient les
Romains, _Un_ tel à un tel.
16. On parlera ailleurs plus amplement de la manière que les Persans
marquent le temps. Il suffit de dire ici pour l’intelligence de la date,
que le mois de _Chaval_ est le dixième ; et que les Arabes ont donné des
épithètes à tous les mois, comme au premier celui de sacré, au septième
celui de _louable_, au neuvième celui de _bénit_, à celui-ci ils ont
donné l’épithète d’honorable. Par la _sainte_. _Fuite_ il faut entendre
la sortie de _Mahomet_ de la ville de la _Mecque_, ou comme disent les
mahométans, de la religion idolâtre. Le mot _d’Hégire_ qu’on a traduit
_fuite_ vient d’un verbe qui signifie _fuir_, et aussi _se retirer_.
Ainsi _l’Hégire_ des mahométans est la même chose que _l’Exode_ des
Hébreux ; et sans doute _Omar_ avait cet _Exode_ en vue, lorsqu’il
établit l’époque mahométane, à temps de la sortie de _Mahomet_ de la
_Mecque_, qui était le lieu de l’Arabie, où il y avait plus d’idoles et
de culte idolâtre.