_Des Saints Lieux qu’ils ont à Jérusalem._
CETTE Nation a sa Chapelle à Jérusalem, où l’on fait, l’Office en
l’Office en leur langue, mais à la manière Grecque. Cette Chapelle
Cette renferme le trou dans lequel fut plantée la croix de Jésus Christ.
Les cordeliers en avaient premièrement la possession. Mais le sultan
d’Égypte la leur ôta, pour la donner à ces peuples, en récompense des
services qu’ils lui ont rendus dans plusieurs guerres. Il y avait
autrefois quarante sept lampes allumées dans cette chapelle ; mais ces
gens sont à présent si pauvres, qu’il n’y en a plus aujourd’hui. Ils ne
souffrent pas que des catholiques y disent la messe, mais seulement
qu’ils y fassent leurs prières. Ils ont un autre lieu en garde
conjointement avec les Grecs, appelé communément la prison du Sauveur ;
lequel est sous un portique vers l’orient, avec une citerne taillée dans
le roc vif, qui n’est pas bien profonde. Ce lieu touche à la principale
muraille de l’église. Il est de forme carrée, assez obscure, faisant
face au mont Calvaire. Ils prétendent que Jésus-Christ attendit en cet
endroit, ayant sa croix sur les épaules, que le trou où l’on devait la
planter fût fait. Ces deux nations de Grecs et de Mingréliens, à cause
de leur commune pauvreté, n’entretiennent qu’une lampe en cet endroit.
Il y a un commissaire de Terre Sainte, député par le patriarche de
Jérusalem pour ramasser des aumônes pour les saints lieux susdits, tant
dans 1’0_disse_, ou Mingrélie, que dans le pays d’Imirette, qui est la
Géorgie, et dans le pays de Guriel. Ce commissaire, qui est toujours un
_bère_, est à présent le sieur Nicolas Nicephore, moine grec de l’ordre
de saint Basile, ayant le titre de Jovarismama, c’est-à-dire, père de la
croix. Il peut, comme le patriarche de Jérusalem, donner à un chacun la
sandoba, c’est-à-dire, la bénédiction, ou l’indulgence plénière ; ce
qu’il fait moyennant cinquante écus par personne. Ces peuples
s’imaginent, que par le moyen de ces indulgences, ils sont absous de
tous péchés, tant fait, qu’à faire, durant leur vie. C’est pourquoi,
tous ceux qui en ont le moyen, prennent ce _sandoba_, écrit en Géorgien,
avec quoi ce député amasse beaucoup d’argent, qu’il envoie ensuite aux
autres _bères_ à Jérusalem.