De l’Ordre et _du Célibat_ des Prêtres.
Es Évêques Mingréliens ont conservé la mémoire du Sacrement de
l’Ordination, à cause du gain qu’ils en tirent ; car un Catholicos ne
consacre point d’Évêques à moins de cinq-cens écus : Un Évêque n’ordonne
point un Prêtre que pour le prix d’un bon cheval ; mais je n’ai jamais
pu savoir de quelle manière ces gens sont promus aux Ordres.
La loi du célibat a toujours été en grande estime chez les Grecs, et
chez les autres Orientaux ; et afin qu’il ne se commît rien de
déshonnête entre les ecclésiastiques, ils ont permis à leurs prêtres de
se marier une fois en leur vie, avec une fille vierge, avant que de
prendre les ordres sacrés ; laquelle étant morte ils seraient obligés de
vivre en veuvage. Mais ce révérend clergé de Mingrélie, faisant toujours
mine de suivre les rites grecs, a trouvé moyen d’éluder la force de
cette loi austère ; car la même fille qu’un homme, qui se veut faire
prêtre, épouse avant son ordination ; il l’épouse de nouveau après
l’ordination, sans dispense de l’évêque ; prétendant que l’ordination
rompt le mariage. Or si cette femme meurt, ils prétendent, qu’ayant pu
se marier par dispense depuis leur ordination', ils le peuvent faire
encore ; et sur cela. ils passent à de secondes noces, et puis à de
troisièmes, et à de quatrièmes, et tant qu’ils veulent ; les évêques ne
leur en refusant jamais la dispense, mais la leur vendant bien cher ;
car il faut observer que la dispense pour de secondes noces coûte à un
prêtre le double de ce que la première lui a coûté, celle pour de
troisièmes noces lui coûte le triple, et ainsi de suite ; avec quoi
l’évêque, qui ne songe qu’à tirer de l’argent, leur donne la dispense
sans difficulté, et sans s’informer si la femme est vierge ou non, si
elle est veuve, ou femme répudiée. Mais s’il arrivait qu’un prêtre prît
une seconde femme sans dispense de l’évêque, il serait déclaré
irrégulier, on. lui raserait la barbe et la couronne, et il serait
dégradé de la prêtrise ; car il faut observer, qu’ils ne croient pas que
ce sacrement imprime de caractère indélébile, bien loin de là ils
réordonnent les prêtres dégradés, comme s’ils n’avaient jamais reçu les
ordres. Ils. agissent à cet égard de même qu’à l’égard du baptême, que
plusieurs se font redonner par des _bères_, comme si le premier qu’ils
avaient reçu n’était pas assez bon. Il arriva un jour qu’un prêtre
apercevant un jeune garçon qui lui enlevait un cochon, il lui tira un
coup de fronde qui le tua. Il fut aussitôt déclaré irrégulier, rasé,
privé de son église, et de son bénéfice ; mais au bout de quelque temps
les amis, et les présents qu’il fit, l’ayant mis dans les bonnes grâces
du catholicos, on lui rendit son bénéfice ; sur quoi on l’ordonna de
nouveau, tout comme s’il n’avait jamais été prêtre.