Des habits Sacerdotaux des Papas.
Saint Jérôme, liv. 4. sur Ézéch. dit que l’Église a prescrit deux sortes
d’habits pour les ministres ; les uns dont ils se servent ordinairement,
et les autres lorsqu’ils exercent les fonctions de leur ministère. Les
Révérends Pères mingréliens ne se servent pas des premiers, allant
habillés presque tout comme les séculiers ; ni des seconds, n’étant
guère mis, lorsqu’ils célèbrent, que comme ils sont ordinairement ; ce
qui vient de leurs grande misère et pauvreté, qui ne leur permet pas
d’avoir d’autre habit d’autel qu’une méchante guenille déchirée sur les
épaules. Leurs prélats ont plus de parements ; comme la chemise, qu’ils
appellent quarto, _quarto_, laquelle n’est pas de toile, mais de
taffetas ; l’étole, qu’ils appellent _olare_, mais qu’ils ne passent pas
en croix sur l’estomac avec le cordon ; deux manipules, ou plutôt deux
bouts de manche, qu’ils appellent _sanctavi_ ; la chasuble, dit
_pittoni_ ; et le pluvial, qu’ils nomment basmachy. Ces parements sont à
la grecque, faits de soie, brodés d’or, chez les évêques, les abbés, et
les moines. Mais, pour les papas, ou prêtres, leur extrême pauvreté les
réduit pour tout parement, ou habit sacerdotal, à se servir de quelques
guenilles déchirées en guise de pluvial Il. 11 y en a plusieurs qui
disent la messe avec une simple chemise de toile qu’ils mettent sur
leurs habits. Ils ne célèbrent jamais nu pieds, selon le précepte de
l’apôtre aux Éphés. chap. 6. v. 15. Calceati pedes in præparatione
Evangelii pacis, lequel ils observent inviolablement, ayant leur
_chiapola_, ou sandales ordinaires, ou quelques vieux souliers, qu’ils
gardent dans l’église pour ce sujet-là ; ou faute de cela, ils mettent
une planche devant l’autel, sur laquelle ils se tiennent les pieds en
célébrant. Ils ont de plus, conformément aux rites grecs, leur calice
appelé _barzemi_ ; avec sa cuillère, dite _lagari_ ; la patène, qu’ils
appellent _peseuin_ ; l’étoile, nommée camara ; le voile, ou _daparna_ ;
la nappe, ou _bercheli_ ; le missel, ou _saccarebi_, comme ils les
appellent ; mais le calice, la cuillère, la patène, et l’étoile, qui
devraient être d’argent, ou de cuivre, ou d’étain, au moins, ne sont
souvent que de bois sale et puant, chez les pauvres et misérables papas.
Même, si le _papas_ se rencontre chez quelque séculier, qui veuille
avoir la messe, il la lui va dire dans sa _marane_ ou cave, comme il la
sait par cœur. Ainsi il n’a point besoin de livre. Il prend un gobelet,
de ceux dans lesquels on boit ordinairement, qui lui sert de calice, un
plat tout gras pour patène. 11 fait cuire vêtement sous la cendre un
petit pain pour servir d’hostie ; et pour du vin, il ne lui en manque
pas, puisqu’il est dans la cave. Pour autel il prend un ais, ou quelque
planche sale, et couverte de poussière, il n’importe ; et dit la messe
là-dessus ; se faisant prêter auparavant, par quelqu’un du logis, une
chemise, ou quelque autre chose semblable, qu’il se met sur le dos, au
lieu de parements. Il ne se soucie point de nappes, ni de
purificatoires, parce que ses mains lui servent de purificatoire. Quand
ce vient à l’évangile, il tire de sa poche un petit livre écrit en
géorgien, qui est une manière de bréviaire, que la plupart portent tout
déchiré, les feuillets mêlés, l’écriture souvent toute effacée, et où
quelquefois il manque plus de la moitié des feuilles. Le prêtre
cependant, sans perdre contenance, dit la messe avec ce livre, tel qu’il
est, dont il tourne les feuilles, pendant qu’il dit l’oraison qu’il
cherche, parce qu’il sait toute la messe par cœur. D’ailleurs, il ne se
soucie point de pierre sacrée sur l’autel, ni de nappe. Au reste, tout
ceci s’entend seulement des prêtres, car les évêques, les abbés, et les
moines, ont dans leurs églises en fort bon état les choses requises pour
célébrer la messe, de même qu’on les trouve aussi dans les églises des
princes.