Des Reliques des Saints.
Ces peuples ont beaucoup de reliques, qui leur sont venues premièrement
du temps que la foi chrétienne florissait chez eux, et leurs princes
s’alliaient avec les empereurs de Constantinople, qui leur faisaient don
de beaucoup de reliques ; secondement par plusieurs prélats dudit lieu
qui leur en donnaient aussi, pour les entretenir dans leur dévotion ;
troisièmement, quand les Turcs prirent Constantinople, il y eut
plusieurs saints. Prélats, qui pour se soustraire à la tyrannie
mahométane, s’enfuirent en Mingrélie, et se dispersèrent dans les pays
voisins. On raconte qu’alors il vint dans la Colchide un archevêque qui
emportait avec lui un morceau de la vraie croix de la grandeur d’une
palme, (c’est un peu plus de huit pouces de pied français,) et une
chemise, qu’on dit être de la Sainte Vierge. Nos pères l’ont vue. La
toile en est de couleur tirant sur le jaune, parsemée de fleurs çà et
là, brodées à l’aiguille. Elle a huit palmes romaines de long, et quatre
de large avec des manches courtes, longues d’une palme, le cou en étant
étroit. Je l’ai vue aussi dans l’église de _Copis_, où elle est gardée ;
et où j’ai vu encore une main couverte de chair sèche, dans un
reliquaire d’or, enrichi de joyaux, qu’on dit être la main de _sainte_.
Marine, et une autre main de _saint. Quirice_, et plusieurs autres
ossements enchâssés dans de l’or, ou dans de l’argent. La chemise, dont
j’ai parlé, est dans une cassette d’ébène, ornée d’ouvrages à fleurs
d’argent, dans laquelle il y a de plus un petit cadre, contenant
quelques poils de la barbe du Sauveur, et des cordes dont il fut
fouetté. La cassette est scellée du sceau du prince. Quand on nous
montra ces reliques, on les jeta sur un tapis, où nous les prîmes et
touchâmes, avec autant de respect, et de dévotion, que les Mingréliens
les manient avec peu de façon ; estimant plus le peu d’or ou d’argent
qu’il y a aux châsses que les reliques même, à cause de la quantité
qu’ils en ont. Quant à leurs livres de liturgie, ils en ont plusieurs,
en grand volume, et en gros caractères, en langue géorgienne ; et les
évêques renouvellent les leurs, en les récrivant chacun une fois en leur
vie. Claude Rota, religieux jacobin, dans la légende qu’il a faite de
l’Assomption de la Vierge, dit que le grand _Damascène_, et saint.
Germain, archevêque de Constantinople, rapportent que l’impératrice
Pulcherie, du temps de l’empereur Maximin, fit faire une église en
l’honneur de la Vierge, dans la rue dite _Baltème_ ; où l’empereur ayant
convoqué Juvénal, archevêque de Jérusalem, et les autres évêques de la
Palestine, qui étaient à Constantinople, à l’occasion du concile de
Calcédoine, il leur tint ce langage. Nous avons appris que le corps de
la Sainte. Vierge a été enterré au champ de Gethsemané. Nous voulons
avoir ce corps sacré à la garde de notre ville capitale, et pour cet
effet qu’il soit transféré ici avec toute la solennité possible. À quoi
Juvénal répondit ; L’Écriture sainte porte que ce corps a été élevé dans
la gloire, et on ne voit dans dans son tombeau que ses habits, et les
linceuls dont son corps sacré fut enseveli. Ce prélat envoya à
Constantinople ces sacrées reliques, lesquelles on donna à l’église dont
nous venons de parler, où elles furent mises en garde.
Ils disent que dans l’église des _Bédielliens_ il y a aussi un morceau
de la vraie croix, des poils de la barbe de Jésus-Christ, des cordes
dont il fut lié et fouetté, et des langes dont la Vierge l’enveloppa
étant enfant. La manière indécente avec laquelle les Mingréliens
traitent ces reliques est une chose qui fait horreur ; n’ayant pour
elles ni révérence, ni crainte. Ils ne craignent que leurs images, qui
ont des ornements ; lesquels pourtant ils voleraient s’ils pouvaient le
faire.