Des Cloches _qu’ils appellent_ Zanzaluchi. _De_ la Tablette
sacrée, qu’ils appellent Ora, dont ils se fervent au lieu de
cloche, et de la Trompette appelée Oa.
Les cloches sont rares, et petites en Mingrélie, à cause de la cherté du
métal. Il y en a deux dans les églises des _bères_, mais il n’y en a
qu’une dans celles des papas, et dans les chapelles du prince. On ne se
sert pas des cloches seules dans l’Orient. Jean Corona dit au chap. 24.
de ses Histoires qu’on appelait le monde à l’église avec un instrument
qui s’appelle _bois_ ou _tablette_, nom qui lui est toujours resté,
comme on le voit par les saints canons, ch. dolent de consec. dist. 1.
et par le septième Synode, où en racontant les miracles de saint.
Anastase, martyrisé l’an 627. il dit que ses reliques étant apportées à
Césarée, les habitants virent au devant, _sacra_ ligna pulsantes.
Le _bois sacré_ est une planche mince, large d’une palme, et longue de
cinq, ou environ, dont on se sert pour assembler les fidèles à l’église,
quand ils n’ont point de cloches : mais ceux qui en ont, battent
premièrement ce bois sacré, et ensuite sonnent la cloche. Je demandai un
jour à un _bère_ pourquoi ils ne sonnaient pas la cloche la première ?
Il me répondit, que c’était l’usage des premiers chrétiens ; et que le
son de ce bois faisait souvenir du bois de la croix. Que lorsqu’on
l’entend, chacun en fait le signe, et loue Dieu. Et que, parce que ce
son est faible, on se sert de la cloche, laquelle avertit que le bois
sacré a précédé. Un autre me dit, que ce bois sacré signifiait la chute
de nos premiers parents, Adam et Ève ; et que les fidèles en entendant
le son, faisaient pénitence, et demandaient pardon à Dieu de ce péché ;
de même que le son de la cloche les faisait souvenir de la miséricorde
de Dieu envers l’homme dans son incarnation, et de la nouvelle qu’en
apporta l’ange à la Vierge Marie.
On ne sonne de la trompette, appelée _oa_, que pour les processions, ou
pour les assemblées, et les affaires de la paroisse, à l’imitation des
juifs, Nomb. chap. 16.2. Quando autem est congregandus populus, simplex
tubarum clangor, et non concisè ululabunt : filii autem Aaron Sacerdotis
clangent tubis. Ils en sonnent quelquefois fortement, quand on a dérobé
quelque chose de grand prix à l’église, afin, disent-ils, que le son
épouvante le voleur, comme si c’était la voix de Dieu ; et qu’il ait un
remords de conscience, pensant que l’image le châtiera. Ézech. 33.5.
Sonum buccinæ audivit, et non se observavit, sanguis ejus in ipso erit :
si autem se custodierit, animam suam salvabit.