CHAPITRE VIII

Des Cloches _qu’ils appellent_ Zanzaluchi. _De_ la Tablette

sacrée, qu’ils appellent Ora, dont ils se fervent au lieu de

cloche, et de la Trompette appelée Oa.

Les cloches sont rares, et petites en Mingrélie, à cause de la cherté du

métal. Il y en a deux dans les églises des _bères_, mais il n’y en a

qu’une dans celles des papas, et dans les chapelles du prince. On ne se

sert pas des cloches seules dans l’Orient. Jean Corona dit au chap. 24.

de ses Histoires qu’on appelait le monde à l’église avec un instrument

qui s’appelle _bois_ ou _tablette_, nom qui lui est toujours resté,

comme on le voit par les saints canons, ch. dolent de consec. dist. 1.

et par le septième Synode, où en racontant les miracles de saint.

Anastase, martyrisé l’an 627. il dit que ses reliques étant apportées à

Césarée, les habitants virent au devant, _sacra_ ligna pulsantes.

Le _bois sacré_ est une planche mince, large d’une palme, et longue de

cinq, ou environ, dont on se sert pour assembler les fidèles à l’église,

quand ils n’ont point de cloches : mais ceux qui en ont, battent

premièrement ce bois sacré, et ensuite sonnent la cloche. Je demandai un

jour à un _bère_ pourquoi ils ne sonnaient pas la cloche la première ?

Il me répondit, que c’était l’usage des premiers chrétiens ; et que le

son de ce bois faisait souvenir du bois de la croix. Que lorsqu’on

l’entend, chacun en fait le signe, et loue Dieu. Et que, parce que ce

son est faible, on se sert de la cloche, laquelle avertit que le bois

sacré a précédé. Un autre me dit, que ce bois sacré signifiait la chute

de nos premiers parents, Adam et Ève ; et que les fidèles en entendant

le son, faisaient pénitence, et demandaient pardon à Dieu de ce péché ;

de même que le son de la cloche les faisait souvenir de la miséricorde

de Dieu envers l’homme dans son incarnation, et de la nouvelle qu’en

apporta l’ange à la Vierge Marie.

On ne sonne de la trompette, appelée _oa_, que pour les processions, ou

pour les assemblées, et les affaires de la paroisse, à l’imitation des

juifs, Nomb. chap. 16.2. Quando autem est congregandus populus, simplex

tubarum clangor, et non concisè ululabunt : filii autem Aaron Sacerdotis

clangent tubis. Ils en sonnent quelquefois fortement, quand on a dérobé

quelque chose de grand prix à l’église, afin, disent-ils, que le son

épouvante le voleur, comme si c’était la voix de Dieu ; et qu’il ait un

remords de conscience, pensant que l’image le châtiera. Ézech. 33.5.

Sonum buccinæ audivit, et non se observavit, sanguis ejus in ipso erit :

si autem se custodierit, animam suam salvabit.

Voyages de Monsieur le chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient. · 第 17 / 55 题