Du Catholicos, Chef des Ecclésiastiques.
Les Géorgiens, et les Imiretiens s’étant faits de la communion grecque,
comme nous l’avons observé, l’élection du catholicos dépendait des
patriarches grecs, les plus proches du roi des Géorgiens imiretiens ; et
c’était, ou ceux de Constantinople, ou ceux d’Alexandrie, qui les
nommaient. Mais aujourd’hui, le roi des Imiretiens est le maître absolu
de cette élection ; et de nos jours il a fait catholicos de toute la
Géorgie et de toute l’Odisse un _bère_, ou moine nommé Ginacelle. Ces
peuples reconnaissent ce catholicos pour leur souverain patriarche, ne
conservant plus aucune déférence pour les patriarches grecs. Nous en
vîmes un exemple, lorsque le prince d’Odisse, Lavadian, donna une église
à nos Pères sous le titre de Saint George. Quelques moines grecs, qui se
trouvèrent en ce pays-là, en furent extrêmement indignés, et en
écrivirent au patriarche de Constantinople, qui se plaignit, par des
lettres qu’il adressa au prince, et au catholicos, de ce qu’ils avaient
accordé cette église aux Francs, ce qui était tacitement vouloir devenir
d’une même. communion avec eux ; et qui leur ordonnait de la leur ôter ;
à faute de quoi, ils seraient obligés de procéder par excommunication
contre eux. Mais, ni l’un, ni l’autre ne s’en soucia ; et cela ne fit
qu’augmenter le mépris qu’ils faisaient de ces sortes de lettres _nom_
Ce Catholicos exerce sa juridiction dans _l’Odyssée_, dans le pays des
Imiretiens, des Gurielliens, des _Abcas_, et des Soanes. Son Église
Métropolitaine est à Picciota, proche les Abcas, sous le nom de _St.
André_, ou de St. Marie ; nous en avons parlé ci-dessus.
Son revenu consiste en pain, en vin, et en plusieurs sortes de denrées,
que chaque famille de ses vassaux, qui sont en grand nombre, est obligé
de lui donner.. Son occupation perpétuelle, est de visiter son diocèse
Mais ce n’est point pour instruire, et pour assister les âmes, qui sont
commises à ses soins ; ou pour visiter ses églises, et pour savoir
comment se gouvernent ses évêques, et ses papas ; ou pour examiner de
quelle manière se fait le service divin. Ces soins l’occupent fort peu ;
mais ses visites, qu’il fait toujours accompagné de plus de deux cents
personnes, toutes fort avides de bien comme lui, sont pour sucer le sang
de ces misérables, en mangeant leur bétail, et leur ôtant des mains ce
qu’ils _ont_, jusqu’à un sol. Il faut observer que ce pays est également
pauvre et superbe au dernier degré.
La sainteté de ce catholicos, que ces peuples estiment si fort, consiste
dans son assiduité en oraison, non seulement, le jour, mais aussi
beaucoup plus la nuit ; étant obligé d’être presque continuellement dans
l’église, et d’y vaquer à la prière la plus grande partie de la nuit.
Ils considèrent aussi son abstinence au manger, et au boire, ne buvant
point de vin pendant le carême. Aussi quand un bère devient catholicos,
il commence une vie nouvelle, passant les jours et les nuits dans
l’église, s’abstenant de vin, et de la plupart des mets ordinaires, les
jours de jeûne, et particulièrement la semaine sainte.
Ils font si ignorants qu’à peine peuvent-ils. lire leur Breviaire et
leur Missel, ce qui les rend opiniâtres et entêtés de leurs Cérémonies.
Je n’aurais jamais fait si je voulais ici m’étendre sur la simonie du
catholicos. Il ne consacre point d’évêque qu’il n’en tire cinq cents
écus. Il ne confesse que pour une bonne somme d’argent ; de manière que
le vizir du prince, qui ne lui avait donné une fois que cinquante écus
pour s’être confessé, voulant le faire une autre fois qu’il était
malade, le catholicos lui refusa la confession, lui disant qu’il devait
auparavant songer à le satisfaire pour la confession précédente. Il ne
célèbre jamais qu’il ne soit assuré d’avoir cent écus ; et plus, quand
c’est à des funérailles.