«Évidemment, dans l'horrible situation où il se trouve, nul bruit ne
peut être plus suave à l'oreille que celui d'un pas humain... Aussi, ne
serai-je pas si cruel que de le priver immédiatement de cette
jouissance.
«La bière est là, devant moi, au milieu du caveau... Un espace libre
règne alentour... et je marche, je marche, frappant du talon la dalle
qui résonne. Je me suis ordonné de faire douze tours, je les ferai, mais
sans précipitation. Je veux qu'il compte les pas, un à un. Comme cela
doit lui paraître étrange! ce pas qui ne vient de nulle part et ne va
pas vers lui, et qui cependant retentit bien réellement... qui provient
certainement du fait d'un être vivant; ce pas qui tourne, tourne
toujours égal. Ne s'arrêtera-t-il jamais? L'homme peut-il ne pas avoir
vu le cercueil, peut-il ne pas avoir entendu les cris? Ce n'est pas
possible... Toutes ces pensées doivent bouillonner dans son cerveau,
oppressé par la nuit du tombeau. Et comme il ne comprend pas, il crie.
Mais, dans cette explosion atroce du désespoir, le cri est rauque...
comme le râle d'un catarrheux.
«Je marche encore... cette monotonie doit être sinistre.
«Ah! il s'impatiente. Voilà que ses cris deviennent plus précipités. Il
veut être fixé, cette incertitude est plus terrible que la réalité...
Pas si vite! Je m'arrête brusquement en retenant mon souffle, je
m'assieds sur une pierre devant le cercueil, immobile, silencieux. Je
l'entends qui se tord dans sa boîte sépulcrale, il cherche à se
raccrocher à ce dernier espoir... il a entendu quelqu'un. Il n'a pas
entendu la porte se refermer. Donc, le _sauveur_ est proche.
«Moi, je comprends cette torture... et je ne bouge point.