«Premier mouvement: La terreur, terreur effroyable, immense... être
enterré vivant. Au réveil, comprendre cela et se dire: Je suis perdu: je
vais périr lentement, misérablement, dans des tortures indicibles,
paralysé, étouffé... la faim va crisper mes entrailles... Se souvenir
que des êtres, précipitamment inhumés, se sont rongé les bras, et frémir
tout entier à cette hideuse pensée...
«Deuxième mouvement: La résistance folle, irraisonnée... la protestation
contre cette hideuse erreur... protestation de la pensée, protestation
de la chair... se débattre instinctivement, sans raisonner, chercher à
arracher le suaire, à briser le cercueil... Folie, impuissance.
«Troisième mouvement: La prostration. Inutile de résister. La tombe ne
rend pas sa proie... Ne pouvoir remuer... se sentir emprisonné,
incapable d'un effort violent... Alors retomber sur soi-même et se dire:
C'est la fin! attendons!
«Quatrième période: L'espoir: Si je criais! La voix n'est pas
prisonnière... elle peut porter au dehors... au loin. Dans le parc, le
hasard peut amener quelqu'un... sinon tout de suite, dans une heure,
dans six heures... demain!
«Et l'enterré crie. Sa voix porte, quoique le poids du couvercle étouffe
son intensité: c'est une ululation longue, lugubre...
«Sois tranquille! ta voix a été entendue... mais par nul autre que par
moi!... Je mets la clef dans la serrure... c'est une vieille porte de
fonte exposée à la pluie, à l'humidité... la serrure est rouillée et
rouillés sont les gonds... Je tourne la clef bien lentement... je tiens
à ce que le fer grince. C'est la première réponse à son appel... puis je
pousse la porte... lentement, toujours. Les gonds crient avec un
hurlement aigu.
«Lui s'est tu. Il n'a pas cru d'abord que ce fût un _vrai_ son parvenant
à son oreille... si tôt et si vite... au premier appel. Mais si! c'est
bien réel. C'est bien le bruit de la clef... c'est bien la porte qui
tourne.
«Le mort n'ose pas crier encore... il retient son souffle! Puis
involontairement, quand il s'est bien persuadé que le bruit n'était pas
une illusion, un nouveau _Ha!_ s'échappe de sa poitrine...
«Oh! comme le son s'est modifié! C'est un mot articulé... Il a dit: À
moi! au secours!
«Je n'ai rien répondu... je l'écoute. Et dans cette voix j'étudie les
modulations de sa pensée... je me suis arrêté tout à coup... j'ai
abandonné la porte. Aucun bruit! Lui crie plus fort: À moi! à moi!
«Même silence. J'ai produit l'effet désiré. De ce premier espoir, il va
retomber dans les profondeurs du désespoir muet... et, tranquille, je
tire la porte à moi, je mets la clef dans ma poche... et je me donne une
heure pour faire le tour du parc.
«Dans une heure, je reviendrai!