«Chut! oh! taisez-vous, murmures de la nuit! taisez-vous, bruissement
des ténèbres...
«Écoutez... _Ha!_... non, cet _Ha!_ n'est pas un cri ordinaire... non,
ce n'est pas la voix de la nuit... c'est sa voix... à lui... à lui! Cri
long, sombre, sourd, quelque chose comme la plainte du condamné au fond
de l'_in pace_... cri lugubre à toute autre oreille que la mienne, cri
joyeux pour moi...
«J'ai bien entendu... Voilà la troisième fois qu'il crie!
«Oh! je le savais bien, lorsque je lui ai inoculé le poison! Je savais
bien qu'il se réveillerait, mais trop tard, lorsque la science l'aurait
frappé de son verdict de mort, lorsque tous auraient pleuré sur lui,
lorsque tous se seraient éloignés, lorsqu'il m'appartiendrait tout
entier et à moi seul.
«Ah! tu espérais _être mort!_ Tu croyais que tout était fini pour
toi!... Non, tu es vivant, bien vivant, et tu es enterré!...
comprends-tu?... tu es enterré vivant... seul, je le sais, je suis là
pour achever l'oeuvre. En ce moment tu t'éveilles. L'engourdissement
serre encore ton cerveau; tu n'as pas encore compris, mais tu sens une
lourdeur insupportable peser sur tout ton être... c'est la lourdeur du
linceul serré autour de toi. Tu as voulu l'écarter de tes bras, dans un
mouvement convulsif, et tes mains se sont heurtées à quelque chose... ce
quelque chose, c'est le cercueil...
«Tes yeux n'ont rencontré que l'obscurité, tu as levé la tête, et ton
front s'est heurté au couvercle de la bière... c'est alors que tu as
crié: Ha!
«Ce _Ha!_ c'est la révélation, c'est la lumière qui se fait, c'est le
frissonnement horrible dans tout ton être... c'est cette pensée qui te
cingle le cerveau comme un coup de fouet...
«Enterré vivant!
«... Et c'est le début de mon oeuvre sinistre.