«Décidément, il sera difficile de faire souffrir cet homme... Quelle
force! Après les premières convulsions de la douleur, son être a réagi,
son énergie a eu raison de ses tortures... Il est calme. À l'enquête il
répond froidement, donne les détails d'une voix assurée, douce même...
il a passé la nuit auprès du cadavre. Il n'a pas voulu qu'on couvrît son
visage et a semblé se complaire à rechercher sous la dévastation de la
mort les souvenirs radieux de la vie... J'ai veillé aussi. Par amitié,
a-t-il cru. Tant mieux! il ne faut pas qu'il doute de moi, car il
m'appartient tout entier. J'ai repris moi-même toutes les circonstances
de l'accident, je l'ai interrogé, j'ai insisté sur les points les plus
pénibles, j'ai pressé tous les ressorts de ces lames à mille
tranchants... il est resté impassible. Et cependant il souffre
horriblement... Je vois cela dans certains tressaillements de ses
fibres.
C'est ce qu'il faut. Le sujet est bon. Il est apte à souffrir, parce
qu'il peut beaucoup endurer... j'ai en face de moi un adversaire digne
de ma haine et de ma volonté...