Notes critiques

et

historiques sur le voyage

du

P. Yves d’Evreux.

[53] Suitte de l’histoire des choses plus memorables advenues en

Maragnan. Voy. le titre.

Cette vaste province, l’une des plus florissantes du Brésil, n’avait

reçu aucun établissement de quelque importance, avant l’arrivée des

missionnaires français. Les limites qu’on lui accordait alors étaient

complétement arbitraires et il ne faut pas oublier, que l’immense

capitainerie du Piauhy en fit partie intégrale, jusqu’en l’année 1811.

Aujourd’hui son étendue en longueur est de 186 lieues (de 20 l. au dég.)

sur 140 de largeur. Sa superficie n’est pas évaluée à moins de 20,000

lieues carrées. Elle git entre 1° 16′ et 7° 35′ de lat. mérid. Elle

confine au N. O. avec le Pará dont elle est séparée par le Rio Gurupy,

au N. E. elle est baignée par l’Atlantique, au S. E. le Parahiba forme

ses limites du côté du Piauhy. Le Tocantius enfin la sépare au S. de la

province de Goyaz. Quoique chaud et humide, le climat du Maranham est

sain, les pluies qui fertilisent ce riche territoire commencent

régulièrement en Octobre. L’aspect général du pays offre partout des

mouvements de terrain inégaux, il ne présente nulle part cependant, des

élévations bien considérables, si l’on excepte toutefois de ces données

générales et forcément sommaires, la Comarca de _Pastos bons_. Là, on

rencontre des montagnes telles que Alpracata, Valentim, Negro, etc. Le

pays est arrosé par 14 cours d’eau. De tous ces fleuves c’est le

Parnahiba qui est le plus considérable; malheureusement, ses rives ne

sont pas d’une salubrité égale sur tous les points, à ce que l’on

observe dans le reste de la province, il y règne des fièvres

intermittentes. On évalue son cours à 240 lieues. L’_Itapicurú_ qui

vient immédiatement après lui et dont il est fréquemment question dans

la Relation du P. Yves ne baigne qu’une étendue de 150 lieues de

terrain; le _Mearim_ a un cours plus restreint, on l’évalue à 78 l. Le

_Pindaré_, le _Turiassu_, le _Gurupi_, le _Manoel Alves Grande_ sont

moins considérables encore.--On suppose que la population entière de la

province peut s’élever aujourd’hui à 462,000 habitans. Cependant, le

_Relatorio_ officiel de la présidence qui porte la date du 3 Juillet

1862, n’évalue ce chiffre qu’à 312,628 âmes, dont 227,873 individus

libres et 84,755 esclaves. Il est à remarquer que le recensement général

de la population de l’Empire, fait en 1825, n’admettait qu’une

population de 165,020 âmes. On a acquis la certitude, que ce chiffre

était en réalité fort inférieur à ce qu’il devait être. Il témoignait

seulement de la répugnance qu’avaient alors les propriétaires à déclarer

le nombre exact de leurs esclaves.--Quant à la population nomade des

indiens, à celle qu’il serait si curieux de bien connaître pour

apprécier les changements survenus parmi les Aldées depuis le temps où

écrivait le P. Yves, nul chiffre ne la constate, et ne peut exactement

la fournir. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle est plus considérable au

Maranham, au Pará et dans la nouvelle province de Rio Negro, que partout

ailleurs. On n’a en définitive, que les données les plus imparfaites et

les plus rares, sur ces hordes malheureuses, dont se préoccupe

aujourd’hui le gouvernement. La sollicitude tardive, mais charitable de

l’administration provinciale a trop de maux à réparer pour que la

réparation soit complète. Tout est à faire encore en ce qui touche les

Indiens. Ces tribus n’ont su conserver ni la dignité que donne à

l’habitant des forêts une complète liberté, ni les principes de

civilisation qu’on avait tenté de leur inculquer au XVIIme siècle.

Refoulées définitivement dans l’intérieur par Mathias d’Albuquerque,

décimées par le virus de la petite vérole, elles ne sont plus que

l’ombre de ce qu’elles étaient sous leurs chefs indépendants. Cette

population indigène, est cependant plus considérable dans les solitudes

du Maranham, que ne l’indiquent certaines statistiques et l’on évalue à

5000 environ, ceux des indiens qu’on a pu réunir en villages. Si nous en

croyons un militaire éclairé, qui s’est trouvé avec eux dans des

rapports incessants durant une vingtaine d’années, la déchéance physique

est bien moindre chez ces peuplades, que la déchéance morale; elles ont

perdu jusqu’au souvenir de leurs traditions théogoniques, qu’il eût été

si curieux de comparer aux récits des vieux voyageurs français. Sous ce

rapport, elles ont été bien moins favorisées que ces Guarayos, visités

naguère par d’Orbigny, et qui répètent encore dans leurs chants, les

légendes cosmogoniques du XVIme siècle. Les Indiens du Maranham, parmi

lesquels on distingue les Timbirás, les Gêz, les Krans et les Cherentes

ne peuvent donc fournir à l’historien, que des renseignements bien

affaiblis puisque, il y a maintenant environ quarante ans, le major

Francisco de Paula Ribeiro avait déjà constaté chez eux cet immense

envahissement de l’oubli (voy. la _Revista trimensal_ T. 3, p. 311),

c’est cet oubli fatal des grandes traditions, qui rend aujourd’hui si

précieux des livres, tels que ceux de nos vieux missionnaires; là tout

au moins les mythes antiques sont recueillis parce qu’il a fallu les

combattre. Il se présente de temps à autre parmi ces Indiens dégénérés,

quelques hommes énergiques, qui comprennent l’abaissement de leur race

et qui voudraient la faire marcher en avant, mais ces chefs sont aussi

rares qu’ils sont peu compris, et de plus, c’est vers l’avenir qu’ils

tournent leurs regards; ils n’ont aucun sentiment réel de leur ancienne

nationalité. Leurs compatriotes qui devraient tout au moins leur savoir

gré des travaux entrepris pour améliorer leur sort futur, les accablent

parfois de leur haine aussi irréfléchie qu’elle est brutale. C’est ce

qui est arrivé à _Tempe_ et à _Kocrit_, ces chefs qu’avait connus le

major Ribeiro. Ils ont fait de vains efforts pour pousser dans la voie

de la civilisation les peuplades, dont la direction leur avait été

dévolue: ils sont tombés victimes de leur zèle. Voy. _Memoria sobre as

nações gentias que presentemente habitam o continente do Maranhão,

escripta no anno de 1819 pelo major graduado Francisco de Paula Ribeiro,

Revista trimensal_ T. 3, p. 184.

Disons en passant, que les Tupinambas évangélisés par les missionnaires

français, n’ont pas laissé de descendants connus; on suppose seulement

qu’un rameau appartenant à cette grande nation, peuple encore les

bourgades de _Vinhaes_ et de _Paço de lumiar_ dans l’île. _Sam Miguel_

et _Frezedalas_ sur les bords de l’Itapicurú peuvent être dans le même

cas; il en est de même à l’égard de Vianna sur le Pindaré. Plus

probablement encore les Tupinambas se sont confondus avec les nations de

l’intérieur; ils ont pris les noms de Timbirás et de Gamellas. Les

_Sakamekrans_, les _Kapiekrans_ ou _canelas-finas_, et les _Gez_,

errants dans les grandes forêts à l’ouest de l’Itapicurú ne sont autres

que des subdivisions des Timbirás. Le major Ribeiro, nie, que ces

diverses peuplades se livrent encore aux horreurs de l’anthropophagie.

C’est dans cet écrivain si impartial et qui reconnaît toute la férocité

des Timbirás, qu’il faut étudier les horribles représailles dont les

malheureux Indiens ont été l’objet: l’esclavage n’en a été que le moins

sanglant résultat. Le major évaluait à 80,000 environ, le nombre des

Indiens Sauvages errants en 1819 dans les grandes forêts; il a dû

diminuer considérablement depuis cette époque.

[54] Voicy ce que j’ay peu par subtils moyens recouvrir du livre du R.

P. Yves d’Evreux supprimé par fraude et impieté, moyennant certaine

somme de deniers entre les mains de François Huby, imprimeur. p. 1.

François Huby était aussi libraire et sa boutique occupait une place

parmi les magasins les plus achalandés dans la galerie des prisonniers

au palais; il dut souffrir comme bien d’autres du grand incendie qui eut

lieu en 1618. Quatre ans auparavant qu’il se chargeât de la publication

du livre de Claude d’Abbeville, dont le nôtre n’était qu’une suite, il

demeurait rue St. Jacques, au Soufflet d’or, et non à la Bible d’or,

qu’il prit plus tard pour enseigne. S’il fut atteint dans sa prospérité,

ce fut justice pour avoir permis qu’une main impie privât la France

durant plus de deux siècles, du livre charmant, qu’il avait édité et que

nous remettons aujourd’hui en lumière, grâce à une de ces entreprises

littéraires si rares de nos jours, où l’honneur des lettres est la

pensée dominante, et l’emporte sur tout autre considération.

Le volume qui a servi à notre réimpression est relié en maroquin rouge,

parsemé de fleurs de lys d’or et aux armes de Louis XIII. Il fait partie

de la réserve sous le Nº O 1766 de la Bibliothèque Impériale de Paris.

[55] St. Louïs en Maragnan. p. 9.

La capitale du Maranham, occupe aujourd’hui encore, l’emplacement qui

fut choisi par ses anciens fondateurs. Elle est située par 2° 30′ 44″ de

lat. Austr. et 1° 6′ 24″ de long. orient. à compter du fort de

Villegagnon, dans la baie de Rio de Janeiro. La Ravardière et Razilly

choisirent pour la construire, la pointe O. d’une petite péninsule, liée

à l’île de Maranham même par la chaussée _do Caminho grande_. Les cours

d’eau désignés sous les noms d’_Anil_ et de _Bocanga_ sortis de points

divers de l’île, confondent leurs eaux dans une même embouchure et

forment une vaste baie. L’élévation qui se présente au S. du Anil à l’E.

et au N. du Bocanga (c’est précisément l’endroit où se réunissent les

deux petits fleuves), constitue l’emplacement primitif où s’éleva la

ville naissante, placée sous le patronage de St. Louis.

San Luiz do Maranham fut élevé en 1676 par une bulle d’Innocent XI à la

dignité de cité épiscopale, c’est une ville qui ne compte guère moins de

trente mille habitans et qui se trouvant bâtie sur un terrain doucement

onduleux, paré en tout temps de la plus riche végétation, offre de

l’avis de tous les voyageurs un aspect charmant. (Voy. _Corografia

Brasilica_, _Will. Hadfield_, _Milliet de St. Adolphe_ et

principalement, les _apontamentos estatisticos da provincia do Maranham_

placés à la suite du grand Almanach de 1860, publ. par B. de Mattos.)

Cette jolie cité est divisée naturellement par l’épine dorsale de la

péninsule, que sépare les deux bassins des cours d’eau dans la direction

de l’E. O. Son point culminant est le _Campo d’Ourique_; là, elle

présente 32m 692c d’élévation au-dessus du niveau moyen de la marée.

Toute la ville se divise en trois paroisses: _Nossa senhora da

Victoria_, _San João_ et _Nossa senhora da Conceição_. On y compte 72

rues, 19 ruelles, et 10 places. Elle possède 55 édifices publics et

2,764 maisons, dont 450 seulement offrent un ou plusieurs étages. De

l’avis même des habitans, les places pourraient offrir plus d’étendue et

de régularité. Bien qu’elles soient coupées à angle droit, les rues

devraient parfois être plus larges, mieux disposées en un mot selon les

lois de l’hygiène. Leur pavé du reste n’est pas précisément mauvais, et

elles sont d’une inclinaison convenable relativement aux deux cours

d’eau, qui baignent la ville. Somme toute, Maranham est une capitale

dont l’air est salubre et qu’on ne saurait accuser de manquer de

propreté.

«Le navire qui est en quête d’un ancrage prend pour balise le palais du

gouvernement, assis sur l’éminence qui domine le port. Ce bâtiment a à

sa base la forteresse de San Luiz: et de ses fenêtres le regard qui

parcourt une baie étendue, contemple au loin dans un horizon fugitif les

côtes et la ville d’Alcantara; plus près la barre avec son petit fort de

la pointe d’Area et au dedans du port, sur la rive opposée du Bocanga,

le petit hermitage ruiné de _Bom Fim_, et en face sur l’Anil la pointe

de San Francisco.» Ce fut là où selon la notice qui nous dirige, La

Ravardière remit au commandant Portugais la ville naissante et la

forteresse de San Luiz. Ce qu’on ne saurait assez rappeler, c’est la

conduite toute chevaleresque du commandant Français en cette occasion et

même celle d’Alexandre de Moura, qui agissait au nom de l’Espagne. Le

jeune chirurgien de Paris, qui alla panser avec tant de zèle les blessés

des deux partis et qui reçut un si touchant accueil dans le camp ennemi,

peut seul donner une idée par son récit, plein de naïveté et de

franchise, de la cordialité qui régna entre les Français et les

Portugais après le combat (voy. _les Archives des Voyages publiées_ par

M. Ternaux Compans). A quelques mètres, en suivant la rive du Anil

s’élève le couvent et l’église de Sancto Antonio; ces bâtiments ont été

construits au lieu même où durant l’année 1612, Yves d’Evreux aidé des

PP. Arsène et Claude d’Abbeville, bâtit son petit couvent, sous

l’invocation de St. François. Ce monastère des capucins français a été

rebâti plusieurs fois; «une partie du moderne couvent, est occupée

aujourd’hui, par le séminaire épiscopal, et l’église qui est en

construction s’élève de nouveau dans le goût de l’architecture gothique

simple.» Ce sera, à ce que l’on assure, la plus belle église de San

Luiz.

Cette construction n’est pas l’unique, tant s’en faut, dont se préoccupe

la cité, mais c’est la seule, en quelque façon, qui nous intéresse

directement. Nous ne parlerons donc ici, que pour mémoire, et du quai

_da Sagraçao_, nommé ainsi à l’occasion du couronnement de D. Pedro II,

et du vaste bassin qu’on creuse en ce moment, dans le but de lui faire

admettre une frégate à vapeur de premier ordre, nous nous contenterons

de citer le dock que l’on projette dans le voisinage de l’Anse das

Pedras. Il y aurait plusieurs constructions monumentales telles que

l’Eglise do Carmo, la cathédrale, la caserne du _Campo do Ourique_, le

théâtre qu’il serait juste de mentionner, mais il ne faut pas oublier

que ceci n’est qu’une note rapide, destinée à faire saisir dans son

ensemble, ce qu’est devenue en deux cents cinquante ans, la fondation

française.

Un des voyageurs les plus modernes qui se soient occupés de ces

contrées, William Hadfield, fait observer que San Luiz est la ville du

Brésil, où l’on parle le plus purement le Portugais. C’est, en effet, la

patrie de deux écrivains hautement estimés dans l’Empire, Odorico Mendes

et João Francisco Lisboa, dont la mort est toute récente. Après avoir

traduit Virgile avec une supériorité de style qu’envieraient les

contemporains de Camoens, Odorico Mendes prépare en ce moment une

version en vers d’Homère, où la science du rythme le dispute à

l’inspiration.--Quant au poète des légendes nationales, dont tout le

Brésil répète aujourd’hui les chants (nous voulons parler ici de

Gonçalvez Dias), il appartient bien à la province du Maranham, qu’il a

explorée en savant et en voyageur intrépide, mais il est né à Caxias.

Les œuvres de ces trois écrivains honneur du pays, sont aussi l’honneur

de la bibliothèque publique, mais cet établissement institué dans une

ville éminemment littéraire est bien peu en rapport avec les nécessités

croissantes de ses autres institutions relatives à l’instruction

publique. Il y a trois ans tout au plus, il ne comptait que 1031

volumes. Puisse le livre que nous reproduisons ici, le premier avec

celui de Claude d’Abbeville, qui ait été écrit dans la ville naissante,

commencer une ère nouvelle pour cet établissement indispensable dans une

capitale florissante. Plusieurs fondations heureusement viennent en aide

à son insuffisance, on publie à San Luiz divers journaux, tels que le

_Publicador Maranhense_, l’_Imprensa_, le _Jornal do Comercio_ etc.

etc., et il y a dans la ville une société de typographie; à laquelle il

faut joindre un grand cabinet de lecture et une société littéraire

l’_Atheneu Maranhense_. Tout cela contraste étrangement avec l’époque où

le P. Arsène de Paris trouvait à peine une feuille de papier pour écrire

à ses supérieurs.

[56] Cette devotion s’augmenta encore bien plus quand la chapelle Sainct

Loüis au fort fut edifiee. p. 11.

L’église cathédrale de _San Luiz_ ou _Maranham_, car la ville porte

toujours ces deux noms, a cessé d’être sous l’invocation de St. Louis de

France. C’est aujourd’hui l’ancienne église du couvent des Jésuites, qui

sert de cathédrale, cette église est sous l’invocation de _Nossa Senhora

da Victoria_. (Voy. _Ayres do Cazal, Corografia Brasilica_, Rio de

Janeiro, 1817, T. I. p. 166.) Il paraît que dans les vastes

constructions faites en ces derniers temps pour agrandir le couvent de

Sanct-Antonio on a respecté la petite chapelle d’origine française; les

Franciscains qui la desservent aujourd’hui, n’étaient l’année dernière

qu’au nombre de trois: Fr. Vicente de Jesus (gardien), Fr. Ricardo do

Sepulcro et Fr. Joaquim de S. Francisco, tous les deux prêtres.

[57] Pour remedier à cette disette, l’on delibera d’envoyer à la pesches

des vaches de mer. p. 13.

Cette espèce de phoque à la chair savoureuse, était alors

prodigieusement commune dans le nord du Brésil et dans l’intérieur de la

Guyane; c’est ce que les Portugais appelent le _peixe-boy_, le

poisson-bœuf, les Indiens le _manati_. La chair excellente de ce poisson

nourrit encore en grande partie les habitans des bords de l’Amazone et

du Tocantius. (Voy. Osculati, _America equatoriale_.) Claude d’Abbeville

lui donne le nom d’_Ourüraourü_.

[58] Alors on fit dire par tous les vilages de l’isle et de la province

de Tapouytapere. p. 15.

Ce nom de lieu déjà cité, reviendra fréquemment. Le vaste territoire

qu’on désigne encore au Maranham sous la dénomination de _Tapuytapera_

est réparti aujourd’hui entre les comarcas d’Alcantara et de Guimaraens.

Il renfermait jadis onze Aldées indiennes. Cumá était la plus

considérable de toutes. Tapouytapère est à environ 40 lieues de San

Luiz. Selon M. Martius ce nom s’expliquerait par cette courte

périphrase: habitation des indiens ennemis. Voy. le volume intitulé:

_Glossaria linguarum brasiliensum_. Erlangen, 1863, in-8. On trouve

placés à part, dans ce recueil, les noms de lieux, comme ceux des

végétaux et du règne animal.

[59] Qui du depuis furent couvertes de gros et grands Aparituries. p.

15.

L’_Apariturier_ ou _Apariturie_, qui fournit de si heureuses

comparaisons au P. Yves, est simplement le Manglier (Rhyzophora Linn.).

Cet arbre des rives américaines, si utile à l’industrie, forme en effet

de vastes forêts maritimes dans le Maranham et sur toute la côte du

Brésil, aussi bien que sur celle du pays de Venezuela. On a détruit avec

beaucoup trop de promptitude ces arbres, dans une foule de localités, et

nous avons entendu attribuer même l’invasion récente de la fièvre jaune

à la destruction systématique de ce végétal charmant, qui égaye de sa

verdure tous les rivages brésiliens. En tombant sous le fer du

cultivateur, il laisse à découvert des plages boueuses, habitées par des

myriades de crabes, et d’où s’échappent des effluves paludéennes de la

pire espèce. Il y a au Brésil deux espèces de Mangliers, le _mangue

branco_ et le _mangue vermelho_. Nous renvoyons pour leur description

scientifique à Aug. de St. Hilaire. Nous supposons que le vieux mot

employé ici par le P. Yves vient du verbe _parere_ enfanter, parce que

cet arbre se reproduit par les racines qu’il jette en arcades autour de

lui. (Voy. dans _nos scènes de la nature sous les tropiques_, l’effet du

manglier dans le paysage.)

[60] Il y en a de trois sortes. p. 18.

La fâcheuse lacune qui existe ici, permet cependant de reconnaître qu’il

s’agit des tortues du Maranham. On prépare au Pará, avec les œufs de ce

Chelidonien, ce qu’on appelle la _manteiga de Tartaruga_ ou _beurre de

Tortue_. Il s’en exporte une quantité prodigieuse.

[61] Parmy ces forests il y a une telle multitude de cerfs biches,

chevreils, vaches braves. p. 19.

Dans cette énumération assez complète des quadrupèdes qu’on pouvait se

procurer à la chasse, un nom frappera naturellement le lecteur, c’est

celui de vache brave. Il eût été possible, rigoureusement parlant, que

les rives du Mearim eussent reçu quelques individus de la race bovine,

introduits déjà depuis longtemps dans la province de Pernambuco: Claude

d’Abbeville est même explicite sur ce point. Mais ce n’est pas ce qu’a

voulu dire notre bon missionnaire; la vache _brave_ ou _brague_, comme

il est dit autre part, est le _Tapir_ ou _Tapié_, selon Montoya: animal

fort commun alors d’une extrémité du Brésil à l’autre. Pour le désigner

les Espagnols et les Portugais se servaient d’une dénomination empruntée

aux maures. Ils l’appelaient aussi _Anta_ ou _Danta_ qui signifie,

dit-on, buffle. Lorsque les Américains à leur tour eurent à imposer un

nom au bœuf, ils l’appelèrent _Tapir-assou_. M. Martius fait observer

avec raison que le mot s’applique dans la _lingoa geral_ à tout gros

mammifère. Ce pachyderme étant le plus gros animal connu de l’Amérique

du sud, sa chasse fut bientôt en honneur chez les Européens et il

disparut, en grande partie du moins, des lieux où il était le plus

répandu. Dans certaines contrées de l’Amérique c’était un animal sacré.

A ce titre même, il figure sur divers monuments. Au Brésil les indigènes

cherchaient à se le procurer, non-seulement à cause de sa venaison, mais

surtout en raison de l’épaisseur de son cuir, dont ils fabriquaient des

boucliers, et que ne pouvaient traverser des flèches armées le plus

ordinairement d’une pointe aiguë de bois ou d’un roseau affilé. Jean de

Lery avait rapporté du Brésil en France, plusieurs de ces rondaches,

elles ne parvinrent pas jusqu’en Europe. Une effroyable famine, due à

une traversée de cinq mois, obligea le pauvre voyageur à s’en nourrir

après les avoir fait ramollir dans l’eau. Ceux de nos lecteurs qui

voudront des détails intéressants et exacts sur le Tapir américain, les

trouveront dans une excellente dissertation consacrée spécialement à cet

animal, elle est due au docteur Roulin bibliothécaire de l’institut. On

lit dans le Glossaire de M. Martius une synonimie étendue se rapportant

au Tapir. (Voy. p. 479.)

[62] Ils se mirent à chercher les Tabaiares. p. 19.

Il est bien certain que les Indiens de cette tribu se tournèrent contre

les Français. Il y a dans l’histoire de cette expédition, un fait qui

n’a pas été suffisamment remarqué: C’est que le plus fameux des

capitaines indiens, dont le Brésil ait gardé la mémoire, fit ses

premières armes au Maranham, durant l’occupation des Français. Le fameux

_Camarão_ (la Crevette), le grand chef ou _Morobixaba_ des Tabajares,

commandait à 30 archers, durant la lutte qui s’établit entre la

Ravardière et Jeronymo d’Albuquerque. Convoqué par le gouvernement

portugais pour prendre part à cette guerre, il partit de _Rio-grande do

Norte_ où se trouvait son Aldée et se rendit au _Presidio de nossa

senhora do Amparo_, dans le Maranham le 6 septembre 1614. Son frère

nommé _Jacauna_, le suivit; avec un fils qui n’avait pas plus de 18 ans

et qui portait le même nom que lui. Bien des années après, Camarão, qui

avait appris la guerre à si bonne école acquit un renom immortel dans

les fastes du Brésil, en contribuant à l’expulsion des Hollandais. (Voy.

_Memorias para a historia da capitania do Maranhão_. Cette narration

historique a été insérée dans les _Noticias para a historia e geografia

das Nações ultramarinas_.

[63] Un gentilhomme du mesme voyage m’a raconté avoir tué trois

sangliers d’un coup de mousquet. p. 19.

Il n’y a pas de véritables sangliers au Brésil et l’on ne peut donner ce

nom aux _Pecaris_ ou _Tajassús_ (appelés par les habitans _Porcos do

Matto_). La prouesse du gentilhomme n’a rien d’extraordinaire, parce que

les pecaris marchent toujours en troupes nombreuses et que le gros plomb

suffit pour les tuer. Martius a donné la synonimie complète de cet

animal dans ses _Glossaria linguarum brasiliensium_. (Voy. la division

_Animalia cum Synonimis_ p. 477.)

[64] Ils trouverent des Aioupaues. p. 19.

Un _ajoupa_ est une petite cabane couverte en feuillage et qui se trouve

ouverte à tous les vents. Ce mot est encore fort usité dans nos

établissements de la Guyane. On voit des représentations d’ajoupas dans

Barrère.

[65] Aussitost que cette armee fut retournée de Miary, l’on parla

chaudement de faire dans peu de temps le voyage des Amazones. p. 20.

Dès l’année 1542, l’embouchure du grand fleuve avait été explorée par

Alphonse le Xaintongeois. (Voy. le _ms. original de son voyage_ à la

bibliothèque impériale de Paris.) Jean Mocquet, chirurgien français

garde des curiosités de Henri IV, avait visité ses rives. (Voy. _le ms.

de sa relation_ à la bibliothèque Ste. Geneviève.) Enfin la Ravardière

avait poussé jusque-là une première reconnaissance. Jean Mocquet est

tout-à-fait explicite touchant le mythe des Amazones, qui a tant occupé

La Condamine et l’illustre de Humboldt. Il tenait tout ce qu’il rapporte

de ces femmes belliqueuses, d’un chef nommé _Anacaioury_. Ce personnage

ou peut-être son homonyme, figure comme on le verra bientôt dans Yves

d’Evreux. Il commandait à une nation d’Oyapok ou d’Yapoco. Mocquet

annonce à ses lecteurs qu’il ne put aller visiter les Amazones comme il

le désirait «à cause que les courants sont trop violens pour les

vaisseaux et mesme pour son navire et patache qui tiroit desja assez

d’eau».

Tous ces récits sur le grand fleuve avaient laissé en France des

impressions si durables, que le comte de Pagan conviait Mazarin quarante

ans plus tard, à reprendre des projets oubliés. Pour conquérir

l’Amazonie, il veut que l’on s’unisse aux Indiens. Selon lui, le

cardinal doit rechercher l’alliance «des illustres _Homagues_ (les

Omaguas), des généreux _Yorimanes_ et des vaillants _Topinambes_.»

Jamais certes nos sauvages n’avaient reçu de si pompeuses dénominations!

Il serait bien curieux de retrouver le récit de l’expédition exécutée

sur les rives de l’Amazone en 1613, il avait été fait par ordre de la

Ravardière et l’on en possédait encore une copie au temps de Louis XIII.

[66] Premierement les femmes et les filles s’appliquent à faire leurs

farines de guerre. p. 22.

Gabriel Soares entre dans les détails les plus minutieux touchant la

manière dont les Indiens fabriquaient cette farine, dont ils formaient

de grands approvisionnements. L’espèce de manioc désignée sous le nom de

_Carima_ en faisait la base. Cette racine était d’abord desséchée à un

feu doux, et après l’avoir rapée, on la pilait dans un mortier, puis on

la blutait bien et ou la mêlait en certaine quantité avec l’autre espèce

de manioc, au moment où l’on devait la torréfier. On lui donnait un

degré de siccité extrême, et elle se conservait beaucoup plus longtemps

que l’autre. On aura du reste, sur cette industrie agricole des

aborigènes du Brésil, tous les renseignements désirables dans le

_Tratado descriptivo do Brasil_, p. 167. M. Auguste de Saint Hilaire a

dit avec raison que l’exploitation du manioc avait tiré la plupart de

ses procédés de l’économie domestique des Tupis; il a résumé en même

temps, de la façon la plus concise et la plus habile, ce qu’il y avait à

dire sur la culture de la plante (_Voyage dans le district des Diamants

et sur le littoral du Brésil._ T. 2, p. 263 et suiv.).

[67] Ces canots de guerre, sont quelquefois capables de porter deux ou

trois cents personnes. p. 23.

Gabriel Soares est tout-à-fait d’accord ici avec notre missionnaire. Les

grands canots, dont il est question, s’appelaient _Maracatim_ parce

qu’ils portaient un Maraca protecteur à leur proue. Le mot _iga_

désignait un canot simple, _Jgaripé_ un canot d’écorce, etc. etc. (Voy.

à ce sujet _Ruiz de Montoya_, _Tesoro_, à la p. 173.)

[68] Sur les reins ils ont une rondache faite de plumes de la queüe

d’Austruche. p. 23.

André Thevet, et après lui Jean de Lery, ont représenté avec exactitude

ce genre d’ornement, que le dernier de ces voyageurs nomme _Araroye_. Il

était réservé au P. Yves de nous faire connaître sa valeur symbolique.

[69] Ce mot d’Amazone leur est imposé par les Portugais et Français. p.

26.

Le curieux récit de l’Indien, confirme l’opinion émise par Humboldt,

qu’il a bien pu se trouver jadis quelques femmes lasses du joug que leur

faisaient subir les hommes et se vouant à la vie guerrière. Il cadre

également avec les traditions recueillies par La Condamine.--Soixante

ans environ avant le P. Yves, le cordelier André Thevet n’est pas

éloigné de voir dans ces Sauvages américaines, des descendantes directes

de l’armée féminine commandée par Pentesilée! Humboldt a dit avec raison

que le mythe des Amazones appartenait à tous les siècles et à tous les

cycles de civilisation.

[70] Il fut affectionnement prié par tous les principaux de ce pays là

d’aller faire la guerre aux _Camarapins_ gens farouches. p. 27.

Cette nation n’est pas indiquée dans le _Diccionario topographico,

historico, descriptivo, da Comarca do Alto Amazonas_. Recife, 1852, 1

vol. in-12. Nous ne l’avons pas non plus trouvé mentionnée dans la

longue nomenclature de la _Corografia paraense_ d’Accioli de Cerqueira e

Silva. Elle doit être éteinte; Martius n’en fait pas mention dans ses

noms de lieux et de nations, qui forment une division du Glossaire

publié récemment.

[71] Comma, p. 27.

Sous cette dénomination qui revient si fréquemment, on ne désignait pas

seulement un grand village au-delà de Tapouytapère; c’était aussi le nom

d’un vaste territoire et d’une rivière. Selon le P. Claude, Comma

signifie la place propre à pêcher du poisson; nous doutons fort que

cette explication soit exacte. On cherche vainement Comma dans le

Glossaire de Martius publié en 1863.

[72] La riviere des _pacaiares_ et de là en la riviere de _Parisop_. p.

27.

Casal, le _Dictionnaire du haut Amazone_, et Accioli se taisent

également, sur ces fleuves, qui reçurent une armée de deux mille hommes!

Martius signale une nation des Pacajaz ou Pacaya dans le Pará. (Voy.

_Glossaria linguarum_ p. 519.)

[73] Et les mena au lieu des ennemis, lesquels demeuroient dans les

_Iouras_. p. 28.

Cette courte description d’habitations aériennes construites sur des

mangliers, et sur des troncs de palmiers murichy, rappelle un fait des

plus curieux, qu’on a jadis rangé parmi les fables et qui figure dans la

Relation de Walther Ralegh. Il est bien certain qu’on a pu mettre

quelque exagération dans les premiers récits, mais que le fait en

lui-même est de la plus grande authenticité. Il a lieu encore aux

bouches de l’Orénoque. Les _Waraons_ visités il y a près d’un siècle par

le docteur Leblond, les _Guaraunos_ que décrit le savant Codazzi, sont

un seul et même peuple, que son étrange manière de vivre a sauvé d’une

entière destruction. Les Camarapins, dont nous venons de constater la

disparition furent moins heureux. On peut consulter sur les Indiens des

Iouras l’extrait que nous avons donné jadis des manuscrits dans lesquels

le médecin français a constaté son séjour chez les Waraons. (Voy. _la

Guyane_, 1828, in-18.) Codazzi dont on connaît les beaux travaux

géographiques, citait encore en 1841, les Guaraunos, comme n’ayant pas

complétement abandonné leurs maisons aériennes. Il y a vingt ans tout au

plus, ils venaient trafiquer avec les habitans de la Trinidad. (Voy.

_Resúmen de la Geografía de Venezuela_. Paris, 1841, in-8.) Agostino

Codazzi est mort dernièrement. Quant aux mss. de Leblond, que nous avons

eus à notre disposition jadis, ils faisaient partie de la collection de

voyages possédée en 1824 par l’éditeur Nepveu.

[74] Et premierement d’un plaisant et rusé sauvage appelé _Capiton_. p.

30.

Ce personnage portait une dénomination toute portugaise, et il était

dévoué à la nation dont il servait les intérêts. Le titre de _Capitão_ a

été promptement accepté du reste, par les chefs de la race indienne.

[75] J’ay faict mourir le pere qui est mort et enterré à Yuiret, où

demeure le _pay ouassou_ le grand pere auquel j’ay envoyé tous les maux

qu’il a. p. 31.

Ce sauvage fanfaron, se vantait d’avoir fait mourir le P. Ambroise

résidant à Yuiret, qu’il faut prononcer _Ieuiree_, selon Claude

d’Abbeville, qui indique en même temps l’étrange signification de ce

nom. Le _pay ouassou_, le grand père, est Yves d’Evreux. Nous ferons

observer à ce sujet que le mot _Pay_ signifie père en Portugais. _Pay

guaçu_ de l’avis même de Ruiz de Montoya signifie évêque, prélat en

Guarani. Le nom de Pay fut d’autant plus promptement adopté par les

Indiens qu’il avait une plus grande analogie avec celui qui désigne les

gens graves; les sorciers _hechizeros_, pour nous servir de la propre

expression du lexicographe espagnol. Dans la _lingoa geral_,

modification du Guarani, Pay signifie père, moine, et seigneur. _Pay

Abaré Guaçu_ était la désignation des Prélats et des Jésuites. Les

Indiens nomment encore le pape _Pay’ abaré oçú eté_.

[76] Ah que j’ay de peur grandement ô que les Topinambos sont méchants.

p. 32.

Nous ne saurions dire pourquoi le missionnaire modifie l’orthographe

d’un nom de peuple, qu’il a si souvent présentée d’une autre façon.

Claude d’Abbeville écrit _Topynambas_; l’auteur de la somptueuse entrée

_Toupinabaulx_, Hans Staden _Topinembas_, et enfin Jean de Lery les

appelle _Tououpinambaoults_. Malherbe adoucit le mot en écrivant

_Topinambous_. Ce fut cette dernière orthographe qui prévalut au temps

de Louis XIV. Nous sommes revenus à celle adoptée par les Brésiliens.

[77] Or ces Portugaiz avoient avec eux des Canibaliers Sauvages. p. 34.

Par le mot si vague, qu’emploie ici le P. Yves, nous supposons qu’il

prétend désigner des peuples plus sauvages encore que ne l’étaient les

Tupinambas, ou se livrant d’une façon plus déterminée à

l’anthropophagie. On trouvera dans les œuvres de M. de Humboldt une

curieuse définition du mot _Canibale_. Nous ferons remarquer que

cinquante ans auparavant l’époque à laquelle écrivait le P. Yves, on

désignait plus spécialement ainsi les Indiens rapprochés de l’équateur.

On lit dans l’histoire de la France antarctique d’André Thevet à propos

du bois de teinture: «Celui qui est du costé de la rivière de Ianaïre

est meilleur que l’autre du costé des Canibales et toute la coste de

Marignan» (p. 116 au verso), et plus loin: «Puisque nous sommes venuz à

ces Canibales nous en dirons un petit mot, or ce peuple depuis le Cap

St. Augustin et au-delà jusques près de Marignan est le plus cruel et

inhumain qu’en partie quelconque de l’Amérique. Cette canaille mange

ordinairement chair humaine comme nous ferions du mouton» (p. 119).

[78] Nous fusmes inquietez l’espace d’un bon mois de mille rapports,

tant des Sauvages qui habitoient pres de la mer, que des François

residans aux forts qu’ils oyoient fort souvent tirer des coups de canon

du costé de l’islette St. Anne et du costé de _Taboucourou_. p. 34.

Ce fut en effet sur les bords de l’_Itapecurú_ que les Portugais se

présentèrent. Claude d’Abbeville dit quelques mots de ce beau fleuve,

mais il en exagère le cours. Nous sommes si peu au fait de la géographie

de ces contrées, qu’Adrien Balbi se contente d’introduire son nom dans

les tableaux qu’il a dressés des fleuves du Maranham. Mais quels

prodigieux changements se sont opérés sur ses rives depuis l’époque où

notre bon moine le nommait en altérant son nom. A la place du ces

forêts, où erraient jadis les Tymbiras, on cultive le maïs, le manioc,

le sucre, le tabac, le coton, et la récolte de cette dernière production

est si abondante, qu’elle monte pour deux districts seulement à plus de

35,000 sacs.

Les villes les plus importantes qui s’élèvent sur ce fleuve ne sont pas

même connues de nom en France et figurent à peine dans nos livres de

géographie. Qui a entendu parler par exemple de la petite cité de

Caxias, la riante patrie de Gonçalvez Dias. C’est cependant une ville

riche et commerçante, que l’on rencontre sur les bords de l’Itapecurú à

soixante lieues de la capitale. Ce n’était en 1821, qu’une bourgade de

2400 âmes environ et aujourd’hui, son accroissement a été si rapide,

qu’on lui accorde au-delà de 6000 habitans. Caxias est le centre du

commerce qui se fait avec la vaste province du Piauhy et avec les

immenses solitudes peuplées de troupeaux qu’on désigne sous le nom de

_Sertão_. Plantée pour ainsi dire dans le désert, elle a des écoles

florissantes, un théâtre, des établissements d’utilité publique, qu’on

ne rencontre pas toujours dans des villes plus considérables. Le nom de

Caxias a d’ailleurs une signification politique au Brésil. Ce fut là,

qu’en 1832, sur le morne de Alecrim, fut livrée la bataille à l’issue de

laquelle se consolida l’indépendance de la province. Plus tard, sur la

colline même qui portait le nom indien _das Tabocas_ eut lieu le combat

sanglant, où fut vaincu Fidié et qui inspira des vers si énergiques à

Gonçalvez Dias. Il faudrait des volumes pour exposer même sommairement

les perturbations qui suivirent cet événement et les luttes orageuses

qui se continuèrent dans ce coin ignoré du monde jusqu’en 1848, époque à

laquelle le docteur Furtado sut réprimer le brigandage qui désolait la

cité naissante. La nature elle seule est grande dans ces régions, 20,000

habitans tout au plus forment la population de ce vaste municipe

effleuré à peine par l’agriculture. A la distance où nous sommes

d’ailleurs, ces révolutions si longues à raconter, nous font l’effet de

celles du moyen-âge qu’enregistre parfois l’histoire locale, mais

qu’elle oublie pour ainsi dire aussitôt parce que ces événements ne se

lient à aucun des grands intérêts dont le monde se préoccupe. A plus

juste raison encore on pourrait appliquer ce que nous disons à villa de

Codó, la bourgade la plus florissante de la province après Caxias; comme

elle, elle est baignée par l’Itapecurú, et comme elle un espace de

soixante lieues la sépare de la capitale.

[79] Il faudroit qu’ils plantassent des croix pour chasser Giropary. p.

37.

Cette dénomination du mauvais principe, acceptée durant tout le courant

de leur publication, par Yves d’Evreux et par Claude d’Abbeville, semble

appartenir plus spécialement au nord du Brésil. Martius écrit _Jurupari_

ou _Jerupari_. _Anhánga_ paraît avoir été plus usité dans le sud. Le

_Tesoro de la lingoa Guarani_, ne renferme pas la signification du mot

Giropari. _Angaí_ dans ce précieux dictionnaire, désigne le mauvais

esprit. Anhanga aujourd’hui ne signifie plus qu’un fantôme. (Voy.

Gonçalvez Dias, _Diccionario da lingoa Tupy_.)

[80] Ces peuples estoient appelés par les Tapinambos Tabaiares,

auparavant qu’ils se fussent reunis. p. 39.

Tabajares, ne signifie nullement _ennemi_, mais bien les seigneurs de

l’Aldée. (Voy. Adolfo de Varnhagen, _Historia geral do Brazil_, T.

1;--Accioli, _Revista do Instituto_.)

[81] Les François les appellent pierres vertes. p. 39.

La dénomination adoptée au XVIIe siècle par nos compatriotes venait

indubitablement de l’habitude où étaient ces Indiens de se percer la

lèvre inférieure et même les joues, pour y introduire des disques de

jade, travaillés avec beaucoup de patience, et qu’ils regardaient comme

leurs joyaux les plus précieux. (Voy. _sur l’usage de se percer la lèvre

inférieure chez les Américains du sud_, notre série d’articles insérée

avec de nombreuses gravures dans le _Magasin pittoresque_. T. 18, p.

138, 183, 239, 338, 350, et 390.)

[82] _Miarigois_, c’est-à-dire gens venus de Miary. p. 39.

Miarigois est un nom évidemment forgé par notre bon missionnaire.

Rabelais n’eut pas mieux inventé. Les Miarigois n’étaient autres que des

Tupinambas qui s’étaient fixés sur les bords fertiles de ce Miary, que

Cazal prétend avoir donné son nom à la province. Le Mearim qui offre un

cours de 166 lieues n’est navigable que durant l’hivernage, les grands

canots ne peuvent le remonter alors que jusqu’à 60 lieues, il prend

naissance dans la _Serra do Negro_ et _Canella_ par les 8° 2′ 23″ de

lat. et les 2° 21′ de long., comptés depuis l’île de Villegagnon (baie

de Rio de Janeiro).

[83] Les _Tapouis_ font grand estat de ces pierres. p. 40.

Le mot _Tapuya_ ou _Tapouy_ a soulevé de grandes discussions, est il le

nom d’un peuple? (Voy. _le Dictionnaire de Gonçalvez Dias_.)

Signifie-t-il ennemi? Ruiz de Montoya se tait sur ce point. Faut-il en

faire une nation distincte de celle des Tupis, à laquelle ces derniers

auraient imposé ce nom. Un écrivain, qui fait autorité, M. Accioli, ne

semble pas hésiter à ce propos. Lorsqu’il a énuméré les principales

divisions de la race Tupique, il dit: «Une autre nation générique, celle

des _Tapuias_ se subdivise conformément à l’opinion d’un grand nombre en

peuplades parlant près de cent langues tels sont: les _Aymorés_, les

_Potentús_, les _Guaitacás_, les _Guaramonis_, les _Guaregores_, les

_Jaçarussús_, les _Amanipaqués_, les _Payeias_ et un grand nombre

d’autres.» (Voy. le T. XII de la _Revista trimensal_. _Dissertação

historica ethnographica e politica sobre quaes eram as tribus

aborigenes_, etc. p. 143.)

[84] Les battre c’est autant que les tuer. p. 45.

Ce mot était devenu proverbial aux îles et à la Guyane.

[85] Tu ne m’a pas mis la main sur l’espaule en guerre. p. 45.

Hans Staden fait prisonnier par les Tupinambas en 1550 au sortir du fort

de Bertioga suscite une grande discussion, lorsqu’il faut savoir

définitivement quel est celui qui l’a touché le premier. (Voy. _la

Collect. Ternaux Compans_.)

[86] _Ybouira Pouïtan_, c’est-à-dire l’arbre du Bresil. p. 54.

Ce nom de chef n’a rien d’extraordinaire, mais il faut écrire _Ibira

Pitanga_ pour plus d’exactitude. (Voy. Ruiz de Montoya.) Lery écrit

_Araboutan_, Thevet _Oraboutan_. Ce bois célèbre disparaît chaque jour

davantage des grandes forêts où l’allaient chercher nos ancêtres.

[87] Chacun l’environnoit pour l’escouter quand il alloit au Carbet. p.

55.

C’est un Tabajara qui parle, mais nous ferons observer que le mot

_Carbet_ n’appartient pas à la _lingoa geral_. Le P. Ruiz de Montoya ne

l’a pas inséré dans son précieux _Tesoro de la lingua Guarani_. Il est

plus particulièrement en usage parmi les Galibis et d’autres peuples de

la Guyane. Le voisinage de notre colonie se fait sentir dans le récit du

P. Yves, rien que par cette expression. Il faut faire une certaine

différence entre les Carbets et les _Ocas_ ou _Tabas_, qui constituaient

l’architecture rudimentaire des autres peuples du Brésil. Ecoutons à ce

sujet le P. du Tertre: «Au milieu de toutes ces cases, ils en font une

grande commune qu’ils appellent _Carbet_, laquelle a toujours 60 ou 80

pieds de longueur et est composée de grandes fourches hautes de 18 ou 20

pieds, plantés en terre. Ils posent sur ces fourches un latanier ou un

autre arbre fort droit qui sert de faist, sur lequel ils ajustent des

chevrons qui viennent toucher la terre, et les couvrent de roseaux ou de

fuëilles de latanier, de sorte qu’il fait fort obscur dans ces Carbets,

car il n’y entre aucune clarté que par la porte, qui est si basse qu’on

ne sauroit y entrer sans se courber.»

Les détails que nous venons de donner ici sont empruntés à un ouvrage

qui date de l’année 1643, et ils se rapportent plus spécialement à

l’architecture rustique des Caraïbes insulaires. Nous avons choisi cet

exemple à peu près contemporain du livre publié par notre auteur, parce

qu’il n’y avait pas en réalité de notables différences entre les Carbets

des îles et ceux du continent. Si l’on faisait une histoire de ces cases

de feuillage si promptement élevées, on pourrait en constater néanmoins

certaines variétés, selon les usages auxquels on les destinait. (Voy. à

ce sujet, _le voyage pittoresque au Brésil de Debret_, puis les gravures

du livre d’André Thevet, publ. en 1558.) Il y avait les petits et les

grands Carbets, ceux où les Piayes faisaient leurs jongleries, et ceux

où se tenaient les grands conseils. Ces derniers affectaient la forme

d’un de nos vastes hangars, et pouvaient contenir jusqu’à 150 ou 200

guerriers. Au XVIIe siècle, dans le langage de nos colonies, parmi les

îles ou sur le continent, tenir un conseil quelconque, c’était

_Carbeter_; le terme était consacré et se trouve dans tous les

voyageurs. (Voy. entre autres Biet, _Voyage de la France équinoxiale_.

Paris, 1654, in-4.)

[88] Il alla de ce pas au fort, accompagné d’un des principaux

truchemens de la compagnie nommé Migan. p. 60.

David Migan était Dieppois et comme tant de Normands de la fin du XVIe

siècle, il était venu chercher fortune parmi les sauvages du Brésil. Les

chefs de l’expédition le trouvèrent établi depuis nombre d’années à

Jupanaran, sur l’île de Maranham. C’était dans l’étendue du mot, un

truchement de la Normandie et dieu sait de quelle réputation jouissaient

ces interprètes, dans ce qu’on appelait alors le monde civilisé. On

allait jusqu’à les assimiler aux sauvages, dont ils partageaient

disait-on parfois les odieux festins. David Migan eut les honneurs du

Mercure français. (Voy. T. 3, p. 164.) Il revint en France avec Rasilly,

auquel il était particulièrement attaché, lui seul était en état de bien

traduire à la reine la longue harangue d’Itapoucou. Nous ferons

remarquer en passant qu’il a apposé sa signature, dans la cession que la

Ravardière faisait de ses droits à François de Rasilly. Cela indique

sans aucun doute qu’il jouissait d’une considération exceptionnelle. Le

nom de Migan toutefois nous paraît être un nom de guerre, ce mot en

langue tupique, désigne l’épaisse bouillie que l’on faisait avec la

farine de manioc. Malherbe qui se trouvait aux Tuileries lors de la

présentation des Indiens fait remarquer l’habileté de cet homme. Il y

avait un autre interprète nommé Sébastien, qui avait été attaché à la

personne d’Yves d’Evreux.

[89] Un jour quelques uns me disoient qu’il falloit que nous fussions

bien pauvres de bois en France et qu’eussions grand froid, puisque nous

envoyons des navires de si loing à la mercy de tant de perilz querir du

bois de leur pays. p. 70.

Il est infiniment curieux de trouver au Maranham en l’année 1612, un

sauvage faisant absolument le même raisonnement au P. Yves, que celui

auquel était obligé de répondre Jean de Lery en 1556: «Que veut dire que

vous autres _Maïr_ et _Peros_ (c’est-à-dire français et portugais)

veniez quérir de si loin du bois pour vous chauffer? N’en y a-t-il point

en vostre pays?» (Voy. _Histoire d’un voyage en la terre du Brésil_.

Rouen, 1578, in-8.)

[90] Ils sont fort patiens en leurs miseres et famine jusques à manger

de la terre. p. 76.

M. de Humboldt a décrit longuement la région des Otomaques et les amas

considérables de terre, que font ces Indiens pour s’en nourrir, à

l’époque où la chasse et la pêche leur font défaut. Selon le grand

voyageur, cette terre séchée au soleil et formant des pyramides de

boulettes rangées symétriquement, n’est si recherchée par les Sauvages,

qu’en raison des particules animalisées qui la rendent nutritive. Le P.

du Tertre prouve que les Indiens des îles étaient géophages comme ceux

du continent, mais il suppose que c’était uniquement par une aberration

du goût. «Tous mangent de la terre, aussi bien les mères que les

enfants, dit-il, la cause d’un si grand déréglement d’apétit ne peut

procéder à mon avis, que d’un excès de mélancolie.» (_Hist. nat. des

Antilles, habitées par les Français._ T. 2. p. 375.) Non loin des

régions que décrit le P. Yves, sur les bords du Rio Ucayale, on

rencontre encore les indiens Pinacos, dont le véritable nom est

_Puynagas_. Ces Indiens dédaignés par leurs compatriotes sont

d’intrépides géophages. L’un des plus curieux opuscules qui aient été

publiés sur cette matière, est celui de M. Moreau de Jonnès. Il est

intitulé: _Observations sur les Géophages des Antilles_. Paris, An VI,

il n’a pas plus de 11 pages.

[91] Le second degré s’appelle Kounoumy miry petit Garsonnet. p. 79.

Dans cette énumération des divers degrés de l’enfance nous retrouvons

encore l’exactitude du P. Yves; mais il a confondu la lettre _N_ avec la

lettre _R_; le mot enfant s’écrit dans les glossaires brésiliens:

_Curumîm_. (Voy. Gonçalvez Dias, _Diccionario da lingua Tupy_. Leipzig,

1858, in-12.)

[92] Elles sont donnees en mariage, et alors elles portent le nom de

_Kougnanmoucou-poire_. p. 88.

M. Gonçalvez Dias désigne sous le nom de _Cunhã mucú_ la jeune vierge.

(Voy. _Diccionario_.)

[93] Il se couche pour faire la Gésine au lieu de sa femme. p. 89.

Cet usage étrange dont parlent tous les vieux voyageurs du XVIe siècle,

ne s’était pas, comme on voit, encore modifié. On ne le retrouve pas

seulement chez les Caraïbes des îles, il est en vigueur chez plusieurs

peuples de l’Europe et notamment chez les Basques, on le désignait jadis

sous le nom de la _Couvade_. Les _mélanges historiques_ publiés à Orange

en 1675, contiennent d’intéressantes recherches à ce sujet: «C’estoit, y

est-il dit, une assez plaisante coutume que celle qui s’observoit dans

le Bearn. Lorsque une femme estoit accouchée, elle se levoit et son mary

se mettoit au lit, faisant la commère. Je crois que les Bearnais avoyent

tiré cette coutume des Espagnols, de qui Strabon dit la même chose au 3e

livre de sa géographie. La même coutume se pratiquait chez les

Tibaréniens, au rapport de Nimphodore, dans l’excellent scholiaste

d’Apollonius le Rhodien, liv. 2 et chez les Tartares suivant le

témoignage de Marc Paul au chapitre 41 du 2e livre.» Cette conduite si

bizarre qu’on ne saurait expliquer lorsqu’on n’est point descendu assez

profondément dans les replis cachés du caractère indien, était

religieusement suivie par les guerriers Tupinambas les plus forts et les

plus renommés; elle fait sourire l’homme civilisé, qui en cherche

naturellement l’origine. Elle devient touchante, pour ainsi dire, si

l’on fait attention qu’elle est toujours accompagnée des plus cruelles

privations. Non-seulement l’Indien qui vient d’être père et qui se

condamne volontairement à ce repos ridicule, ne mange pas, mais il

s’impose encore d’autres supplices; le tout, dans le but d’éviter au

petit être qui vient de naître certains maux qu’il redoute pour lui. Par

suite de son ignorance, et de ses idées superstitieuses, il s’attribue

sur l’enfant une influence physiologique illusoire et il brave

stoïquement de grandes souffrances pour en épargner quelques-unes au

nouveau-né. L’homme policé des villes médiocrement éclairé parfois, se

garde bien d’interroger les idées pleines de dévouement, mobiles du

Sauvage; avant de juger sa conduite il rit de pitié. La compagne de

l’Indien, cependant partage son étrange superstition, et elle approuve

son mari. Elle se résigne même sans murmure à de vraies douleurs et à un

nouveau travail parfois tres-rude puisque tout le poids du ménage

retombe forcément sur elle. Dans la pensée de cette pauvre créature le

salut du nouveau-né est attaché à la conduite stoïque que tient son

mari. Nous ne saurons jamais quel était le mobile qui conduisait les

anciens lorsqu’ils s’abandonnaient à ce repos bizarre, il ne différait

point probablement de celui qu’on accorde aux Américains. Carli dont

l’ingénieuse érudition explique tant de choses de l’antiquité américaine

n’essaye même pas de chercher un motif à ce qu’il trouve si burlesque.

Il se trompe certainement lorsqu’il affirme qu’on apportait des aliments

abondants à ces solitaires. (Voy. _Lettres Américaines_. Boston et

Paris, 1788, T. 1, p. 114.) Il est bon toutefois de lire avec précaution

la version française de ce curieux passage; le traducteur français le

Febvre de Villebrune n’a pas su rendre aux expressions italianisées par

l’auteur leur valeur réelle. Antoine Biet est plus juste à l’égard des

Indiens et il se montre bien moins enclin que ses prédécesseurs à la

raillerie, lorsqu’il décrit la Couvade chez les Galibis. Il l’avoue, le

pauvre Indien «Jeusne étroitement pendant six semaines ne mangeant que

fort peu, d’où vient que quand sa couche est faite, il se leve maigre,

comme une squelette (sic).» Le même voyageur nous fait voir son patient

Galibi, ne quittant pas le Carbet et n’osant pas même lever les yeux sur

ceux qui l’environnent. (_Voyage de la France équinoxiale_, liv. III, p.

390)

En décrivant les coutumes de certains Caraïbes, l’auteur de l’histoire

morale des Antilles ne pouvait oublier la Couvade. Rochefort en raconte

les circonstances et il spécifie son analogie avec une cérémonie à peu

près identique dont il avait été témoin dans une province de France. Ce

repos forcé de l’Indien, lui paraît souverainement absurde, mais il ne

dénie pas au pauvre patient le mérite du jeûne, il avoue qu’on ne lui

donne rien de toute la journée, qu’un petit morceau de Cassave et un peu

d’eau. (Voy. _L’histoire morale_, p. 494.) Nous ne pousserons pas plus

loin ces citations, il suffira de dire qu’en ce qui touche les peuples

du Brésil, les Tupiniquins, les Tupinacs, les Tabajares, les Petiguaras

et bien d’autres tribus imitaient les Tupis. Cette nomenclature n’ajoute

rien d’ailleurs au fait en lui-même. Ce qu’il importait ici de faire

ressortir c’était l’amour paternel de l’Indien. On restitue ainsi à la

plus bizarre des coutumes l’origine réelle qu’elle doit avoir.

[94] Grand-peres qu’ils appellent _Tamoins_. p. 91.

_Tamoi_ veut dire grand-père dans la langue des Tupinambas; il y a ici

altération du mot produite par une différence dans la prononciation. On

lit dans le _Tesoro de la lingua Guarani_ base de la lexicographie

brésilienne _=Tamôî=, abuelo, =Cheramôî=, mi abuelo, =Cherúramôîruba=,

mi bisabuelo, =Cherúramôî=, el abuelo de mi padre_, etc. Les Tamoyos

avaient donc par leur origine une réelle prééminence sur les autres

tribus appartenant à la même race. Vers le milieu du XVIe siècle ils

habitaient les alentours de _Nicteroy_, ou si on l’aime mieux les

environs de Rio de Janeiro. Alliés fidèles des Français, ils furent

chassés de ce beau territoire par Salema, et les débris de leurs tribus

descendirent vers les régions du nord, où ils retrouveront leurs anciens

amis, qui s’étaient réfugiés surtout dans les campagnes du Maranham.

[95] J’ay mis cy-dessoubs la forme et maniere ordinaire de leur pour

parler qui est tel. p. 96.

L’espèce de vocabulaire, que donne ici notre missionnaire, n’est pas

d’une importance médiocre. Les lecteurs français peu familiarisés avec

la philologie américaine dédaigneront sans doute ce recueil de phrases,

procédant d’une langue sur laquelle s’est égayé Boileau; il n’en sera

point de même, dans un vaste Empire, où les lettres sont aujourd’hui en

honneur. Il y a longues années déjà que l’auteur de l’_histoire générale

du Brésil_ a fait ressortir l’importance de l’étude des langues

indigènes dans un mémoire inséré parmi les actes de l’_Institut

historique de Rio de Janeiro_ (août 1840). Si le P. Anchieta, auquel on

doit la première grammaire connue de la _lingoa geral_ ne parlait pas du

Tupi sans une sorte d’enthousiasme, si Figueira l’a imité dans sa naïve

admiration, Laet en s’abstenant de ces formes admiratives, a vanté son

abondance et sa douceur. En cela il a été suivi par Bettendorf. On peut

dire néanmoins que de tous ces écrivains, c’est le P. Araujo, qui a fait

le mieux saisir son importance, au point de vue philosophique. «Comment

se fait-il, dit quelque part ce religieux, que les peuples par qui elle

a été parlée, ayant leurs idées limitées dans un cercle étroit d’objets

tous nécessaires, cependant, à leur mode d’existence, aient pu concevoir

des signes représentatifs d’idées, capables d’atteindre aux choses dont

ils n’avaient nulle connaissance antérieurement, et cela, non pas d’une

façon telle quelle, mais avec propriété, énergie, élégance,» et il

ajoute aussitôt: «n’ayant aucune idée de religion, si ce n’est de la

religion naturelle. Ils n’en ont pas moins trouvé dans leur propre

langue des expressions pour rendre toute la sublimité des mystères de la

religion de Grâce, sans rien emprunter aux autres idiomes.» On se

tromperait étrangement, si l’on supposait que la langue usitée parmi les

tribus nombreuses, que trouva Pedralvez Cabral au Brésil, en l’année

1500, est aujourd’hui éteinte. Non-seulement elle a laissé partout des

vestiges dans la géographie du Brésil, mais on la parle dans une

multitude de villages et elle a la plus étroite affinité avec ce

Guarani, qui est la langue en usage dans la plus grande portion du

Paraguay. Cette langue toutefois n’est plus déjà ce qu’elle était au

XVIme siècle. Les idiomes des peuples sauvages se modifient comme ceux

des peuples civilisés et plus encore peut-être, quand un courant d’idées

nouvelles vient les détourner de leur libre allure. Le _Maya_, le

_Quiché_, l’_Aztèque_, le _Quichua_, l’_Aymara_, ne sont plus ce qu’ils

étaient du temps de Cortez, d’Alvarado, et de Pizare. Si le savant

Veytia, pouvait, il y a tout près d’un siècle, constater l’énorme

différence que présente le Nahuatl ancien, avec le Nahuatl, que

plusieurs personnes parlaient de son temps, on doit se figurer aisément

ce qui est advenu à l’égard de la langue Tupique et du Guarani moderne.

Cette dernière langue, si usitée au Paraguay, n’est plus parlée dans sa

pureté native, nous dit M. de Beaurepaire Rohan, que parmi les _Cayuas_

aux sources de l’Iguatiny. Tous les livres, qui ont envisagé la vieille

langue au point de vue grammatical sont donc précieux. Sous ce rapport

même, il le faut bien dire, les voyages d’Hans Staden, de Thevet et de

Lery, le sont plus que les relations de Claude d’Abbeville et d’Yves

d’Evreux. On trouvera tous les renseignements désirables sur ce sujet

dans notre opuscule publié sous ce titre: _Une fête brésilienne célébrée

à Rouen en 1550. Suivie d’un fragment du XVIme siècle roulant sur la

Théogonie des anciens peuples du Brésil et des poésies en langue Tupique

de Christovam Valente._ Paris, Techener, 1850, gr. in-8.

Le savant Hermann E. Ludewig n’a pas eu connaissance du vocabulaire

donné par le P. Yves ou du moins il ne le cite point. (Voy. _The

literature of American aboriginal languages_. London, 1857, in-8.) De

vastes travaux ont été entrepris du reste sur cette langue en ces

derniers temps. Au premier rang nous devons nommer ceux de l’illustre

Martius. Un littérateur éminent du Brésil, M. Gonçalvez Dias, qui a déjà

publié à Leipzig _le Diccionario da lingua Tupy_ (1858), est allé

l’étudier de nouveau dans les forêts profondes de l’Amazonie. La

philologie brésilienne va donc faire encore d’immenses progrès.

[96] Un Pagy Ouassou, c.-à-d. un grand sorcier pour les maladies et

enchanteries. p. 104.

Il y a ici une lacune fâcheuse dans notre texte, puisque il est à peu

près indubitable que notre voyageur allait s’étendre sur une caste qui

joue avec les _Morobixaba_ le rôle principal dans la vie civile et

politique des Brésiliens. Simon de Vasconcellos, dans ses _noticias do

Brasil_, ne laisse pour ainsi dire rien à désirer sur ce point et nous y

renvoyons. Nous ferons observer toutefois, que les _Piayes_, _Pagé_ ou

_Pagy_, n’obtenaient la prodigieuse influence qu’ils exerçaient qu’en se

soumettant à des épreuves et à des jeûnes tels, que leur vie se trouvait

en danger, lorsqu’ils obtenaient le titre, objet de leur ambition.

Depuis l’embouchure de l’Orenoque, jusqu’à celles du Rio de la Plata,

ces épreuves ne variaient guère. Lorsque le récipiendaire était déjà

épuisé par le jeûne, on le livrait à la morsure des fourmis, on lui

ingurgitait d’abominables potions dont le jus de tabac faisait la base

et parfois on l’enfumait jusqu’à ce qu’il tombât privé de sentiment.

S’il résistait à ces supplices, il marchait l’égal des guerriers et

l’emportait parfois sur eux.

Vasconcellos nous a laissé sur ce qu’on pourrait appeler le collége des

piayes (comme on a dit le collége des druides) certains détails

infiniment précieux: ils s’appliquent surtout néanmoins, aux provinces

du sud. Dans le nord c’étaient les _Pajes Aybas_, qu’on regardait comme

des sorciers, de puissants astrologues, ou si l’on veut des

_Tempestaires_ auxquels rien ne pouvait résister. Non-seulement ils

tenaient les astres sous leur dépendance, mais la lune, et le soleil

lui-même, obéissaient à leurs ordres; ils déchaînaient les vents, ils

soulevaient les tempêtes. Les animaux les plus terribles, tels que les

jaguars et les jacarés se soumettaient à leurs ordres. Pour arriver, aux

yeux du vulgaire, à ce degré de puissance, les Pajè Aybas possédaient un

moyen qui n’a jamais manqué son effet; ils avaient _leur herbe aux

sorciers_ bien autrement puissante que celle de l’Europe, qui l’est déjà

beaucoup. C’était la _Parica_, dont le docteur Rodriguez Ferreira a

laissé la description et a fait connaître les effets délétères. (Voy.

les _Mémoires de l’Académie des Sciences de Lisbonne_.) On mâchait la

Parica, on en faisait une sorte d’onguent avec lequel on pratiquait des

onctions.

[97] Ils se frottent d’huyles de palme de _rocon_ et de Junipape. p 112.

Il y a ici une légère erreur typographique que nous rectifions, il faut

lire _rocou_. Sur toute l’étendue de l’Amérique méridionale, les tribus

sauvages se teignaient la peau en rouge orangé et en noir bleuâtre au

moyen du rocou, _Bixia Orellana_ et du _Genipayer_ (_Genipa Americana_).

Le P. Yves parle en termes exacts, du fruit de cet arbre, qui croît en

abondance au Maranham; le jus clair et limpide qu’on en extrait, tourne

au noir intense presque immédiatement après son application et garde sa

fixité inaltérable même dans l’eau durant neuf jours. (Voy. ce que dit à

ce sujet Humboldt, _Voyage aux régions équinoxiales_.)

[98] Elles ne peuvent plus voir à tirer des pieds les _thons_ ou vers.

p. 113.

Yves d’Evreux se sert ici d’une expression impropre, il désigne par le

mot _Thon_, ce qu’on appelle le _bicho do pé_, _niga_, _Pulex penetrans_

des entomologistes. Il serait possible néanmoins, que le mot appartînt à

_la lingoa geral_. Il se trouve avec la même acception dans Thevet, qui

a écrit en 1558. (Voy. _France antarctique_, p. 90.) Cet insecte est

trop connu pour que nous insistions ici sur les maux dont il peut

devenir l’origine. (Voy. entre autres naturalistes l’exact Auguste de

St. Hilaire, _Voyage dans l’intérieur du Brésil_. T. 1, p. 35 et 36.)

[99] Il faut que vous croyez que ces pays sont autant fournis d’arbres

medicinaux, de gommes salutaires et d’herbes souveraines, qu’aucun que

soit soubs la voute des cieux. Le temps le fera cognoistre. p. 118.

La prophétie du bon père s’est complétement réalisée. Il y a peu de

régions sur le globe, qui aient été explorées à un tel point au profit

de la science. Outre _les plantes utiles_ du Brésil dues au regrettable

Auguste de St. Hilaire, on a aujourd’hui la _Flora brasiliensis_ de

l’illustre Martius qui a donné également la _materia medica_ de ce vaste

pays. Nous craindrions de fatiguer l’esprit du lecteur par une aride

nomenclature, en accumulant ici les titres de livres spéciaux. Nous nous

contenterons de faire observer que les Brésiliens ont apporté eux-mêmes

leur large part à cet ensemble de travaux scientifiques. Il suffit de

nommer ici les mémoires publiés en ces derniers temps par M. Freyre

Allemão et l’immense recueil demeuré malheureusement imparfait, qui

porte le titre de _Flora fluminensis_.

[100] Ceste tache est appelee par les indiens _Aïpian_, c’est-à-dire la

_mère pian_. p. 120.

Cette funeste maladie, si voisine de la syphilis, si elle n’est la

syphilis elle-même se trouve décrite également dans _la France

antarctique_ d’André Thevet, livre publié à Paris en 1558 (voy. à la p.

86). Jean de Lery en décrit aussi les symptômes. Il est donc évident

qu’on ne saurait attribuer aux noirs de la Guinée une affection si

répandue chez les Américains.

[101] Ils le devalent doucement au fond. p. 126.

Le P. Yves est ici d’une rigoureuse exactitude dans tout ce qu’il dit

sur les funérailles des Indiens. Lery et Thevet se trouvent complétement

d’accord avec lui. Ce dernier a donné une excellente planche

représentant un Tupinamba, qu’on descend au tombeau. (Voy. p. 82 au

verso.)

[102] _Cosins_ du Petun. p. 126.

Il faut lire ici _Cofins_. Les Tupinambas n’omettaient point en effet

dans leurs singulières prévisions une certaine quantité de tabac

destinée au mort, de même qu’on lui apportait des viandes, du poisson,

des racines de Cara et de la farine de Manioc. Tout ce que le P. Yves

raconte dans ce chapitre est de la plus grande exactitude et l’on peut

examiner sur ce sujet deux images naïves que reproduisent _la France

antarctique_ de Thevet et _le Voyage_ de Lery.

[103] Tapouitapere, Comma et Caietez. p. 130.

Les Tapouïtapères qui empruntaient leur nom à une localité du Maranham

étaient-ils les longs cheveux? Ils appartenaient à la race Tupique,

puisque Migan, l’interprète Dieppois, entendait leur langage, il en

était de même des Comma, ou Indiens de la bourgade portant ce nom. Les

Cahétes formaient au XVIme siècle, une nation essentiellement

belliqueuse, occupant la plus grande partie du territoire de la province

de Pernambuco. Ce peuple parlait la langue Tupique ou _lingoa geral_. On

trouvera les plus curieux renseignements sur son organisation

intérieure, dans le _Roteiro do Brazil_, ms. de la bibl. imp. de Paris.

Il est reconnu aujourd’hui que ce livre si remarquable, composé en 1587,

par Gabriel Soares, est le travail le plus complet qui existe sur les

diverses tribus du Brésil existant encore à l’époque où vivait le P.

Yves. L’Académie des Sciences de Lisbonne en avait reconnu depuis

longtemps l’importance et l’avait fait imprimer dans ses _Noticias das

nações ultramarinas_, lorsque M. Adolfo de Varnhagen collationnant entre

eux tous les manuscrits revêtus de titres divers, mais dus au même

auteur, en donna une nouvelle édition bien supérieure à toutes les

autres: elle a paru sous ce titre: _Tratado descriptivo do Brazil em

1587, obra de Gabriel Soares de Souza, Senhor de Engenho da Bahia nella

residente dezesete annos, seu vereador da Camara_. Rio de Janeiro, 1851,

in-8.

[104] Tous se sauverent en certaines islettes inhabitees, horsmis un

François qui fut emporté en nageant par les poissons _Rechiens_. p. 132.

Le P. Yves suit toujours cette vicieuse orthographe pour désigner le

_requin_. Ou a dû écrire primitivement _requiem_: S’il est vrai que le

nom imposé à ce squale vorace vienne de la rapidité avec laquelle il

donne la mort.

[105] Les Joueurs de Maraca. p. 133.

Le Maraca dont il a été si souvent question était un instrument

symbolique, dont on faisait usage dans les cérémonies sacrées et dans

les fêtes. Le garde des curiosités du roi, Thevet, en a donné une

description excellente dans ses manuscrits inédits. On ne sera pas fâché

de la retrouver dans ce volume: «Tenant à leur main, un ou deux Maracas,

qui est un fruit gros, fait en ovale, comme un œuf d’austruche et grand

comme une moyenne citrouille, lequel fruict, n’est pas bon à manger,

mais est fort plaisant à veoir, ils en font certain mystère et

superstition la plus estrange qu’on saurait penser. Car, ayant creusé ce

fruict par le mytan, ils vous remplissent de certaines graines de millet

gros comme pois, puis le fichent dans un bout de bâton, et enrichy qu’il

est de beau plumage, ils le plantent tout de bout en terre. Chaque

mesnage en a un ou deux, qu’ilz reverent comme si c’estoit leur Toupan,

le tenant à la main lorsqu’ils dansent et le faisant sonner: penseriez

que c’est Toupan qui parle à eux.» (Ms. d’André Thevet conservés à la

bibl. imp. de Paris.) Hans Staden, Lery, Roulox Baro ont consacré des

pages nombreuses au Maraca, Malherbe lui-même parle de ceux qu’il

entendit à Paris, lorsqu’on baptisa les trois Indiens dont Louis XIII

fut le parrain.

Arrivés à Paris, au couvent de leurs protecteurs, les Tupinambas revêtus

de leurs beaux atours, armés de Maracas firent fureur à la cour. On se

passionna même pour leurs danses, je dirais presque pour leur musique.

Il serait curieux de retrouver aujourd’hui, la Sarabande que le fameux

Gauthier fit en leur honneur. Malherbe écrivait au célèbre Peiresc qu’il

l’envoyait à Marc Antoine et il ajoutait: «On la tient pour une des plus

excellences pièces que l’on puisse ouïr.» (Voy. _Correspondance_, p. 285

de l’ancienne édit.) Douze pages plus loin, Malherbe revient sur la

pièce en vogue et sur son auteur: «Gauthier est tenu le premier du

métier; je ne sais s’il aura réussi et si le goût de la province se

conformera à celui de la cour.»

On ne se contenta pas d’associer les pauvres sauvages à d’étranges

amusements, on prétendait les fixer en France. Le poëte dit p. 275: «Les

Capucins pour faire la courtoisie complète à ces pauvres gens sont après

à faire résoudre quelques dévotes à les espouser à quoi je crois qu’ils

ont déjà bien commencé,» mais tandis que l’on accueillait si bien les

guerriers du Maranham, leurs femmes ne jouissaient pas de la même

faveur. Une certaine princesse dont le poète tait le nom en avait pris

une opinion étrange et nous renvoyons pour ce fait à la p. 264: «Elle

dit que pour eux elle est bien contente de leur donner à dîner, mais que

Mesdames leurs femmes ne pouvaient être que... vous m’entendez bien et

ne les veut pas recevoir chez elle.»

[106] Du voyage du capitaine Maillar. p. 134.

Il est extrêmement curieux de voir que cette expédition envoyée en

reconnaissance, sur les rives fertiles du Mearim, y constata dès lors,

que les terres y étaient essentiellement propres à la culture de la

canne à sucre, c’est aujourd’hui celle qui emploie tous les bras et il y

a environ 15 ans que cette révolution agricole s’est faite sous

l’influence de M. Franco de Sá. La charrue dédaignée si longtemps

sillonne enfin ce sol admirable.

[107] Des moitons. p. 136.

Il faut lire _Mutum_ (prononcez _Moutoum_); la plus petite espèce était

désignée sous le nom de _Mutum Pinima_. Voy. le dict. Tupy de Gonçalvez

Dias. Il s’agit ici du Hocco _Crax Alector_: Gibier fort recherché. La

société impériale d’acclimatation fait en ce moment les plus louables

efforts pour naturaliser cet oiseau du Brésil et de la Guyane en France.

[108] Des Tonins francs. p. 136.

C’est la jolie espèce de perruche, qu’on connaît au Brésil sous le nom

de _Tui_. Elle forme parfois des volées si considérables, qu’elle

devient alors un des fléaux de l’agriculture.

[109] Il souffloit la fumee sur ces sauvages, disant: Prenez la force de

mon esprit. p. 137.

Jean de Lery est entré dans les détails les plus curieux sur la fête

solennelle durant laquelle on soufflait l’_esprit de courage_ aux

guerriers, prêts à partir pour une expédition. L’une des planches de son

livre représente même cette cérémonie. Chez toutes les tribus de la race

tupique, le tabac était considéré comme une plante sacrée. Nous avons

réuni tout ce qu’on savait il y a quelques années sur les origines du

Petun, dans notre lettre à M. Alfred Demersay, sur l’introduction du

tabac en France. (Voy. _Etudes économiques sur l’Amérique méridionale.

Du Tabac du Paraguay._ Paris, Guillaumin, 1851, in-8.)

[110] Des branches de palme piquante surnommé _Toucon_. p. 137.

C’est le palmier que les Brésiliens appellent _Tucum_. On peut consulter

à ce sujet la magnifique monographie des palmiers de Martius. Le Tucum

offre des fibres vertes et tendres, au moyen desquelles on se procure un

fil excellent qui sert à fabriquer des filets.

[111] Après la procession ils _caouinoient_ jusqu’au crever. p. 137.

Voyage dans le nord du Brésil fait durant les années 1613 et 1614 · 第 26 / 29 题