_Menipée de Francion, ou response au Manifeste anglois_[330].
[Note 330: Ce manifeste est celui que le duc de Buckingham
avoit daté de son bord, le 21 juillet 1627, veille de son
débarquement à l'île de Ré. Il y expliquoit les raisons
qui avoient déterminé le roi Charles à l'envoyer avec
une flotte au secours de La Rochelle, «par pur zèle de
religion». (Leclerc, La _Vie de Richelieu_, 1724, in-12, t.
I, p. 301.)--On verra tout à l'heure que, malgré l'exacte
police de Richelieu, des exemplaires de ce manifeste
s'étoient glissés jusque dans Paris, et se vendoient sous
le manteau. Le cardinal prit alors le parti d'y faire
répondre, et choisit une des bonnes plumes qui fussent à
son service. Nous connoissons en effet peu de livrets de ce
temps où il se trouve autant d'esprit et de verve. Il est
probable que Richelieu fut pour beaucoup dans l'inspiration
de ce pasquil, peut-être même dans sa rédaction, et
j'assurerois qu'il en fut content. L'auteur, que nous ne
connaissons pas, avoit pris avec intention le pseudonyme de
Francion, qui accusoit bien sa qualité de François et le
but tout patriotique de sa réponse. C'étoit du reste un nom
aimé de Richelieu. Nous le trouvons porté par le personnage
qui parle pour la France dans la tragédie d'_Europe_, qu'il
fit en collaboration avec Desmarets.]
_Omne malum ab Aquilone._
Il ne vint jamais d'Angleterre
Bon vent, bonne gent, bonne guerre,
Bonne guerre ny bonne gent;
Beaucoup plus de plomb que d'argent.
Pour n'estre attaint du vent de bise
Qui souffle du bord de Tamise,
Et de l'infidelle Albion,
Lisez ce qu'escrit Francion.
_A Paris, chez Jean Bessin, rue de Reims._