Tandis que je me mettais l'esprit à la torture à cause du contretemps
évidemment très grave qui avait terni notre dernière entrevue, voici ce
que je recevais de Marie:
Passy, 18 février.
«Mon André, aujourd'hui j'ai été heureuse! Je suis affolée, épuisée,
brisée. Je suis à vous; je n'ai plus la force d'envisager les
séparations. Le temps coule; est-ce possible? Je voudrais m'arrêter
aujourd'hui pour me souvenir mieux. Que sais-je de demain? Et cependant
j'ai déjà une grande hâte de vous revoir. Je ne peux plus attendre,
maintenant. Non, je ne vous ai pas bien vu, pas assez vu encore. Le
bonheur a passé comme un éclair; il glisse dans mes doigts; je ne le
sens plus: je veux le sentir à toutes forces. Chaque fois que je vous
quitte, quelque chose de plus que les fois dernières, s'arrache de moi
et vous reste, que je veux aller retrouver. Je vous aime! Je souffre en
ce moment que je vous écris ces mots, mon André, je souffre de ne
pouvoir vous les dire sur vos yeux! Ayez pitié de moi pour tout ce que
je peux vous dire.»