16 octobre.

Le dessin destiné par Adèle aux parents de Blois est terminé. M. de

Féraudy, de passage à Paris, veut bien se charger de le leur porter.

Mon cher papa,

Je t'écris à la hâte quelques mots; M. de Féraudy attend ma lettre

et le paquet; ma femme se dépêche de terminer ce qu'elle envoie à

ses bons parents de Blois; j'espère que tu en seras content; et

je me tais parce que je craindrais en louant le talent de mon

Adèle, de paraître vouloir rehausser son présent. Nous aurions bien

voulu t'envoyer ceci encadré; mais M. de Féraudy nous ayant fait

quelques observations sur la difficulté du transport, tu sens qu'une

délicatesse impérieuse nous a interdit de t'offrir ce beau dessin

dans toute sa splendeur. Au reste M. de Féraudy s'est chargé de

la commission avec une grâce toute parfaite, et je te prie de lui

réitérer à Blois tous nos vifs remerciemens.

Il y a bien longtems, ce me semble, cher papa, que nous n'avons de

vos nouvelles. Comment se porte ta femme? Console-la en notre nom de

notre malheur. Je chercherai ce que tu me demandes.

Mon Adèle est toujours bien souffrante. Ce coup n'a pas contribué à

la remettre. Cependant, elle a éprouvé une grande douceur à faire

quelque chose pour toi, mon excellent père, et pour la grand'mère de

son Léopold. Elle ne prend pas en ce moment la plume pour vous parce

qu'elle tient encore le crayon.

Je ne puis m'empêcher de te dire tout bas que son dessin a fait ici

l'admiration de tous ceux qui l'ont vu.

Ce bon Adolphe est peut-être à Blois en ce moment, embrasse-le pour

nous en attendant que je l'embrasse pour toi. Adieu, bon et cher

papa. Nos respects à ta femme. Nous t'embrassons bien tendrement.

Il faut fermer ma lettre. M. de Féraudy m'attend; une ligne de plus

serait une indiscrétion.

Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques · 第 32 / 60 题