Le dessin destiné par Adèle aux parents de Blois est terminé. M. de
Féraudy, de passage à Paris, veut bien se charger de le leur porter.
Mon cher papa,
Je t'écris à la hâte quelques mots; M. de Féraudy attend ma lettre
et le paquet; ma femme se dépêche de terminer ce qu'elle envoie à
ses bons parents de Blois; j'espère que tu en seras content; et
je me tais parce que je craindrais en louant le talent de mon
Adèle, de paraître vouloir rehausser son présent. Nous aurions bien
voulu t'envoyer ceci encadré; mais M. de Féraudy nous ayant fait
quelques observations sur la difficulté du transport, tu sens qu'une
délicatesse impérieuse nous a interdit de t'offrir ce beau dessin
dans toute sa splendeur. Au reste M. de Féraudy s'est chargé de
la commission avec une grâce toute parfaite, et je te prie de lui
réitérer à Blois tous nos vifs remerciemens.
Il y a bien longtems, ce me semble, cher papa, que nous n'avons de
vos nouvelles. Comment se porte ta femme? Console-la en notre nom de
notre malheur. Je chercherai ce que tu me demandes.
Mon Adèle est toujours bien souffrante. Ce coup n'a pas contribué à
la remettre. Cependant, elle a éprouvé une grande douceur à faire
quelque chose pour toi, mon excellent père, et pour la grand'mère de
son Léopold. Elle ne prend pas en ce moment la plume pour vous parce
qu'elle tient encore le crayon.
Je ne puis m'empêcher de te dire tout bas que son dessin a fait ici
l'admiration de tous ceux qui l'ont vu.
Ce bon Adolphe est peut-être à Blois en ce moment, embrasse-le pour
nous en attendant que je l'embrasse pour toi. Adieu, bon et cher
papa. Nos respects à ta femme. Nous t'embrassons bien tendrement.
Il faut fermer ma lettre. M. de Féraudy m'attend; une ligne de plus
serait une indiscrétion.