13 septembre 1823.

Je tâcherai de te donner des nouvelles de notre Eugène dans ma

prochaine lettre.

Ma chère maman,

Depuis votre départ, je n'ai cessé de penser à mon Léopold et cette

pensée est inséparable des bontés que vous avez pour ce cher enfant

et de toutes celles que vous avez pour nous, et si je suis si à

plaindre d'être loin de lui, il est bien heureux d'être près de vous.

J'ai été charmée de sa bonne conduite pendant le voyage, j'espère

qu'il a continué d'être aimable et de vous sourire, car il serait

bien ingrat s'il en était autrement. J'espère aussi que la nourrice

ne vous a donné que des sujets de contentement, c'est une bonne

femme qu'il faudra je crois surveiller pour la propreté: j'ai oublié

de faire emporter à la nourrice une petite brosse pour sa tête, il

y en a à Paris de fort commodes en chiendent. S'il n'y en a pas à

Blois je vous en enverrai une; dites-moi aussi, chère maman, si vous

pouvez vous procurer de la biscotte, nourriture, dit-on, très saine

et surtout légère pour les enfants. Dans le cas où la bouillie ou

bien une petite panade ne lui conviendrait pas je lui en enverrais.

Croyez-vous aussi, qu'il ne lui serait pas bon de le mettre dans son

berceau les jambes un peu à l'air, ce qui lui donnerait des forces

et lui ferait plaisir; car j'ai remarqué qu'il ne disait jamais rien

démailloté et criait très fort lorsqu'il sentait ses petites jambes

en prison: cela n'empêcherait pas de le couvrir lorsqu'il ferait

froid. Je ne me permets de vous dire tout cela que parce que je sais

que vous en agirez suivant votre volonté et pour le bien-être de

notre fils.

Je suis retenue à la chambre par une écorchure au pied qui me fait

souffrir. Mais toutes mes souffrances sont des bonheurs pour moi,

puisque tous les soins qui me sont prodigués viennent de mon Victor,

qui est toujours un ange et fait toujours de belles odes.

Agréez, chère maman, tous mes sentiments de respect.

A. Hugo.

Papa et maman ont été très sensibles à tout ce que vous leur dites

d'amical. Nous embrassons tous notre Léopold et Paul.

Victor a ajouté ce post-scriptum. Il a trait au large cachet, aux armes

du général, dont est scellée cette lettre.

Le cachet de cuivre dont tu verras l'empreinte sur cette lettre, est

terminé. Il est fort beau. Celui d'acier, qui demande plus de temps,

me sera bientôt remis par le graveur. Il ne veut pas faire l'écusson

colorié à moins de 12 francs. J'attends tes instructions à cet égard.

Marque-moi de même par quelle voie il faudra t'envoyer le cachet

d'acier. Adieu encore, bon et cher papa.

Paul Foucher, le jeune beau-frère de Victor Hugo, avait accompagné

les grands-parents à Blois. Il est revenu à Paris, porteur de bonnes

nouvelles et les yeux agrandis à force de s'ouvrir. Adèle remercie le

général et sa belle-mère de leur bon accueil.

Les Mémoires s'impriment chez Ladvocat. Victor a prié l'éditeur de lui

en communiquer les feuilles à mesure. Sa femme désire les lire avant

tout le monde et «_désir de femme est un feu qui dévore_».

L'écusson colorié a coûté deux francs de plus qu'il n'était prévu,

mais il est tout à fait digne d'être encadré.

Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques · 第 28 / 60 题