6 août 1823.

Mon Adèle me charge de mille tendresses pour toi et pour ta femme.

Abel se joint à nous. Il se porte toujours bien et t'attend

impatiemment.

La venue à Paris du général et de la comtesse Hugo mit momentanément

fin à ce malentendu. Le jeune ménage a fait la connaissance de la

belle-mère. Il n'a plus l'excuse de ne la point connaître.

Puis, les parents étant repartis, emmenant avec eux l'enfant malade

et la nourrice, le moment eût été singulièrement mal choisi de ne pas

joindre aux formules de politesse pour Mme Hugo les nécessaires

mensonges d'une affection, toute sur le papier.

Victor, dont la femme a mal au pied, s'exécute sans enthousiasme. Quant

à Adèle Hugo, sa lettre est pleine de cœur et de simplicité. Elle nous

fait mieux connaître la jeune femme devenue maman. Elle n'a dans ses

lignes brèves nul souci de la littérature.

Son Léopold l'intéresse seul. La nourrice manque peut-être de propreté

et demande à être surveillée à ce point de vue; mais, que de jolis

détails, à côté de la biscotte, chère aujourd'hui aux spécialistes de

l'estomac, dont cette lettre nous révèle déjà l'existence[72].

[Note 72: «Les biscottes de Bruxelles sont recherchées.» (_Compl.

de l'Acad._)]

Pour elle, la belle-mère est devenue «maman», et, sous sa plume,

l'effort ne se sent pas.

Mon cher papa,

Ta bonne et précieuse lettre pouvait seule nous consoler du départ

de notre père et de notre fils. Les tendres soins que ta femme a

prodigués durant la route à son pauvre petit-fils nous ont attendris

et touchés profondément. Chaque jour nous prouve de plus qu'elle a

pour nous ton cœur, et c'est un témoignage qu'il m'est bien doux de

lui rendre.

Mon Adèle depuis ton départ n'est pas sortie, il lui est venu au

pied un petit bobo fort incommode qui l'empêche de marcher et la

fait même, par intervalle, assez vivement souffrir. Elle supporte

ce nouvel ennui avec l'égalité d'humeur que tu lui connais, mais moi

j'en suis attristé pour elle.

Je reçois à l'instant une lettre du Colonel qui me charge des plus

tendres amitiés pour toi et je t'en envoie sous ce couvert une autre

du major.

Malgré tout mon désir de prolonger cette lettre, il faut la terminer

ici: ma femme qui a beaucoup de choses à dire à la tienne, me demande

le reste de mon papier. J'espère que Léopold continue à se bien

porter. Présente mes affectueux hommages à sa grand'mère, embrasse

pour moi son oncle Paul et dis-moi si depuis son voyage, ses yeux

se sont agrandis à force de s'ouvrir. Abel et moi t'embrassons

tendrement.

Ton fils dévoué et respectueux,

Victor.

Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques · 第 27 / 60 题