Je te fais envoyer la _Muse française_[70], recueil littéraire à la
rédaction duquel je participe. Je te remettrai à Paris la deuxième
édition de _Han d'Islande_[71].
[Note 70: La _Muse française_ parut de juillet 1823 à juin 1824,
chez Ambroise Tardieu, éditeur, rue du Battoir-Saint-André, nº 12, en
douze livraisons formant 2 volumes in-8º, avec, en épigraphe, cette
citation de Virgile:
Jam redit et virgo, . . . . . . .
Jam nova progenies cœlo dimittitur alto.
Eugène Hatin a omis de citer ce recueil dans sa _Bibliographie
historique et critique de la presse périodique française_ (1866).
M. Ch.-M. Des Granges a copieusement comblé cette lacune et donné,
dans sa _Presse littéraire sous la Restauration_, un fac-simile, non
seulement du titre, mais de la page contenant la première strophe de
l'ode. A mon Père:
«Quoi! toujours une lyre et jamais une épée!»]
]
[Note 71: Paris, Lecointe et Durey, libraires, quai des Augustins,
nº 49, 1823, 4 vol. in-12.
C'est l'exemplaire portant la dédicace du fils au père sur lequel nous
avons eu la chance de pouvoir mettre la main, à Blois.]
Il est urgent que la nourrice que tu aurais la bonté de nous
procurer, s'il est possible, ait promptement l'enfant, que je ne vois
pas sans inquiétude entre les mains de cette femme. Tâche de l'amener
avec toi, et en tout cas, réponds-moi courrier par courrier, car mon
Adèle est très inquiète et n'a plus d'espérance qu'en toi qu'elle
sait si _bon_ et qu'elle aime tant.
Le général n'a point perdu de temps. Il a été assez heureux pour
pouvoir mettre la main sur une nourrice qu'il expédiait aussitôt à son
fils. Elle arrivait à Paris le 2 août. Le lendemain, Victor, exprimait
abondamment sa reconnaissance et celle d'Adèle Hugo.
Mon cher papa,
Pour pouvoir t'exprimer la joie et la reconnaissance dont nous
pénètrent (_sic_) ta lettre, il faudrait qu'il fût possible en même
tems de dire tout ce qu'il y a de sentiments tendres et de touchante
bonté dans ton cœur paternel. Ainsi tu veux entrer plus encore que
moi dans mes devoirs de père, et en effet le premier sourire comme
le premier regard de ce pauvre petit Léopold te sera dû. Je voudrais
épancher ici tout ce que ta fille et moi ressentons d'amour pour
toi, mon excellent père, mais il faudrait répéter ici tout ce qui
remplit nos entretiens depuis deux jours, et je me borne à ce qui
n'excède pas les limites de ce papier.
A la réception de ta lettre, mon cœur était trop plein, et je voulais
te répondre sur-le-champ. Mais un avis sage l'a emporté sur mon
impatience, et j'ai attendu que ce que tu avais si bien préparé fût
exécuté, pour pouvoir, en t'exprimant notre vive reconnaissance, te
donner en même tems des nouvelles de ton Léopold, de la nourrice et
de mon Adèle.
La nourrice est arrivée hier matin bien portante et gaie; elle
nous a remis ta lettre et tes instructions ont été suivies de tout
point. Tout le monde a été enchanté et d'elle et de son nourrisson.
Nous avons dans la même matinée retiré ton pauvre enfant de chez sa
marâtre, et il a parfaitement commencé toutes ses fonctions. Je ne
sais si c'est illusion personnelle, mais nous le trouvons déjà mieux
ce matin.
Adieu, bon et bien cher papa, exprime, de grâce, à ta femme toute
notre vive et sincère gratitude, il nous tarde de la lui exprimer
nous-mêmes, et nous t'embrassons tendrement en attendant cet heureux
jour.
Ton fils reconnaissant et respectueux,
Victor.