29 juillet.

Je te fais envoyer la _Muse française_[70], recueil littéraire à la

rédaction duquel je participe. Je te remettrai à Paris la deuxième

édition de _Han d'Islande_[71].

[Note 70: La _Muse française_ parut de juillet 1823 à juin 1824,

chez Ambroise Tardieu, éditeur, rue du Battoir-Saint-André, nº 12, en

douze livraisons formant 2 volumes in-8º, avec, en épigraphe, cette

citation de Virgile:

Jam redit et virgo, . . . . . . .

Jam nova progenies cœlo dimittitur alto.

Eugène Hatin a omis de citer ce recueil dans sa _Bibliographie

historique et critique de la presse périodique française_ (1866).

M. Ch.-M. Des Granges a copieusement comblé cette lacune et donné,

dans sa _Presse littéraire sous la Restauration_, un fac-simile, non

seulement du titre, mais de la page contenant la première strophe de

l'ode. A mon Père:

«Quoi! toujours une lyre et jamais une épée!»]

]

[Note 71: Paris, Lecointe et Durey, libraires, quai des Augustins,

nº 49, 1823, 4 vol. in-12.

C'est l'exemplaire portant la dédicace du fils au père sur lequel nous

avons eu la chance de pouvoir mettre la main, à Blois.]

Il est urgent que la nourrice que tu aurais la bonté de nous

procurer, s'il est possible, ait promptement l'enfant, que je ne vois

pas sans inquiétude entre les mains de cette femme. Tâche de l'amener

avec toi, et en tout cas, réponds-moi courrier par courrier, car mon

Adèle est très inquiète et n'a plus d'espérance qu'en toi qu'elle

sait si _bon_ et qu'elle aime tant.

Le général n'a point perdu de temps. Il a été assez heureux pour

pouvoir mettre la main sur une nourrice qu'il expédiait aussitôt à son

fils. Elle arrivait à Paris le 2 août. Le lendemain, Victor, exprimait

abondamment sa reconnaissance et celle d'Adèle Hugo.

Mon cher papa,

Pour pouvoir t'exprimer la joie et la reconnaissance dont nous

pénètrent (_sic_) ta lettre, il faudrait qu'il fût possible en même

tems de dire tout ce qu'il y a de sentiments tendres et de touchante

bonté dans ton cœur paternel. Ainsi tu veux entrer plus encore que

moi dans mes devoirs de père, et en effet le premier sourire comme

le premier regard de ce pauvre petit Léopold te sera dû. Je voudrais

épancher ici tout ce que ta fille et moi ressentons d'amour pour

toi, mon excellent père, mais il faudrait répéter ici tout ce qui

remplit nos entretiens depuis deux jours, et je me borne à ce qui

n'excède pas les limites de ce papier.

A la réception de ta lettre, mon cœur était trop plein, et je voulais

te répondre sur-le-champ. Mais un avis sage l'a emporté sur mon

impatience, et j'ai attendu que ce que tu avais si bien préparé fût

exécuté, pour pouvoir, en t'exprimant notre vive reconnaissance, te

donner en même tems des nouvelles de ton Léopold, de la nourrice et

de mon Adèle.

La nourrice est arrivée hier matin bien portante et gaie; elle

nous a remis ta lettre et tes instructions ont été suivies de tout

point. Tout le monde a été enchanté et d'elle et de son nourrisson.

Nous avons dans la même matinée retiré ton pauvre enfant de chez sa

marâtre, et il a parfaitement commencé toutes ses fonctions. Je ne

sais si c'est illusion personnelle, mais nous le trouvons déjà mieux

ce matin.

Adieu, bon et bien cher papa, exprime, de grâce, à ta femme toute

notre vive et sincère gratitude, il nous tarde de la lui exprimer

nous-mêmes, et nous t'embrassons tendrement en attendant cet heureux

jour.

Ton fils reconnaissant et respectueux,

Victor.

Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques · 第 25 / 60 题