Embrasse bien pour nous notre belle-mère que nous attendons avec toi.
Depuis quinze jours que je suis garde-malade, je n'ai pu m'occuper de
notre cher Eugène comme je l'aurais voulu, mais tu vas venir: puis-je
ne pas voir son avenir sous des couleurs moins sombres?
Les yeux du père et de la mère n'ont point tardé à se dessiller. La
femme à laquelle ils avaient confié leur enfant, la croyant bonne et
douce, leur semble, maintenant, d'un caractère méchant et faux.
Ils ont hâte de le lui retirer. Victor demande au général de lui
trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait
pas plus de quatre ou cinq mois.
Ils lui confieront le petit Léopold. Éloigné de ses parents, il sera au
moins soumis à l'affectueuse surveillance du général et de sa femme.
Mon cher papa,
Je me félicitais de n'avoir plus que d'excellentes nouvelles à
te mander, lorsqu'un événement imprévu m'oblige à recourir à tes
conseils et à ton assistance. La nourrice à laquelle il a fallu
confier notre enfant ne peut nous convenir. Cette femme nous trompe,
elle paraît être d'un caractère méchant et faux: elle a abusé de la
nécessité où nous étions de placer cet enfant; nous l'avons d'abord
crue bonne et douce, maintenant nous n'avons que trop de raisons pour
lui retirer notre pauvre petit Léopold le plus tôt possible. Nous
désirerions donc, mon Adèle et moi, après avoir pris la résolution
de le retirer à cette femme, que tu nous rendes le service de nous
trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait
pas plus de quatre ou cinq mois, et dont la vie et le caractère
présentent des garanties suffisantes. D'ailleurs nous serions tous
deux tranquilles, sachant notre Léopold sous tes yeux, et sous ceux
de ta femme. C'est ce qui nous a décidés à le placer à Blois plutôt
que partout ailleurs.
Il est inutile cher et excellent père, de te recommander une prompte
réponse, la santé de ton petit-fils pourrait être altérée du moindre
retard. Je ne te demande pas pardon de tous les soins que nous te
donnons, je sais qu'ils sont doux à ton cœur bon et paternel.
Adieu, cher papa, Eugène va mieux _physiquement_: tout le monde
ici t'embrasse aussi tendrement que ton fils qui t'aime. Hâte ton
arrivée, réponds-moi vite, et crois mon amour aussi respectueux
qu'inaltérable.
Victor.