24 juillet.

Embrasse bien pour nous notre belle-mère que nous attendons avec toi.

Depuis quinze jours que je suis garde-malade, je n'ai pu m'occuper de

notre cher Eugène comme je l'aurais voulu, mais tu vas venir: puis-je

ne pas voir son avenir sous des couleurs moins sombres?

Les yeux du père et de la mère n'ont point tardé à se dessiller. La

femme à laquelle ils avaient confié leur enfant, la croyant bonne et

douce, leur semble, maintenant, d'un caractère méchant et faux.

Ils ont hâte de le lui retirer. Victor demande au général de lui

trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait

pas plus de quatre ou cinq mois.

Ils lui confieront le petit Léopold. Éloigné de ses parents, il sera au

moins soumis à l'affectueuse surveillance du général et de sa femme.

Mon cher papa,

Je me félicitais de n'avoir plus que d'excellentes nouvelles à

te mander, lorsqu'un événement imprévu m'oblige à recourir à tes

conseils et à ton assistance. La nourrice à laquelle il a fallu

confier notre enfant ne peut nous convenir. Cette femme nous trompe,

elle paraît être d'un caractère méchant et faux: elle a abusé de la

nécessité où nous étions de placer cet enfant; nous l'avons d'abord

crue bonne et douce, maintenant nous n'avons que trop de raisons pour

lui retirer notre pauvre petit Léopold le plus tôt possible. Nous

désirerions donc, mon Adèle et moi, après avoir pris la résolution

de le retirer à cette femme, que tu nous rendes le service de nous

trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait

pas plus de quatre ou cinq mois, et dont la vie et le caractère

présentent des garanties suffisantes. D'ailleurs nous serions tous

deux tranquilles, sachant notre Léopold sous tes yeux, et sous ceux

de ta femme. C'est ce qui nous a décidés à le placer à Blois plutôt

que partout ailleurs.

Il est inutile cher et excellent père, de te recommander une prompte

réponse, la santé de ton petit-fils pourrait être altérée du moindre

retard. Je ne te demande pas pardon de tous les soins que nous te

donnons, je sais qu'ils sont doux à ton cœur bon et paternel.

Adieu, cher papa, Eugène va mieux _physiquement_: tout le monde

ici t'embrasse aussi tendrement que ton fils qui t'aime. Hâte ton

arrivée, réponds-moi vite, et crois mon amour aussi respectueux

qu'inaltérable.

Victor.

Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques · 第 24 / 60 题