Mon cher papa,
C'est mon bon petit cousin Adolphe Trébuchet, qui te remettra cette
lettre où tu trouveras le reçu de M. Esquirol. Nous n'avons encore pu
voir notre pauvre Eugène à Saint-Maurice; il faut une permission et
il est assez difficile de l'obtenir.
Abel a du reste obtenu en attendant de ses nouvelles qui sont loin
malheureusement d'être satisfaisantes; il est toujours plongé dans la
même mélancolie; il a pendant quelque temps refusé toute nourriture;
mais enfin la nature a parlé, il a consenti à manger. Le traitement
qu'il subit n'exige pas encore à ce qu'il paraît un supplément de
pension, quand cela sera nécessaire, on nous en avertira.
Ces détails me navrent, cher papa, et il me faut toute la joie de ton
prochain retour pour ne pas me livrer en ce moment au désespoir.
M. Foucher et Abel vont bientôt t'écrire, moi-même je me hâterai de
te transmettre tout ce que l'état de notre cher malade offrira de
nouveau.
Adieu, cher papa, il est inutile de te recommander cet Adolphe que
nous aimons tous comme un frère; je crois qu'il désire vivement voir
Chambord, et ce sera pour lui comme pour toi un plaisir de passer
quelques jours à Blois, si l'urgence de son voyage le lui permet.
Je t'embrasse tendrement pour moi et mon Adèle, présente nos hommages
empressés à notre belle-mère, qui, nous l'espérons, est rétablie.
Ton fils soumis et respectueux,
V.-M. H.
Ce 1er juillet 1823.