Victor donne à son père des nouvelles du malheureux et lui confie
ses impressions. En dépit des soins dont sont entourés les malades,
il ne l'a «plus trouvé aussi bien». Il redoute, pour son frère,
«la solitude et l'oisiveté». Puis, ce sont les phantasmasies du
persécuté-persécuteur, entendant, dans le silence des nuits, assassiner
des femmes, en des souterrains.
Le prix de la pension est très élevé et l'on n'a pas assez caché au
malade qu'il se trouvait parmi des fous.
La fin de la lettre nous ramène aux éditeurs, sinon à la littérature.
Le poète, par la faute d'Abel, qui, en croyant faire bien, l'a «poussé
dans cette galère»[64], se trouve initié aux banqueroutes des
libraires et aux ennuis concomitants. Il avertit son père du danger et
lui conseille la prudence pour la vente proche du manuscrit de ses
_Mémoires_.
[Note 64: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_ conte
l'anecdote.
L'on doit à Abel Hugo, enlevé en 1855, comme l'avait été vingt ans plus
tôt son père, par une attaque d'apoplexie, de nombreux comptes rendus
critiques dans le _Conservateur littéraire_ et quatre nouvelles qui y
furent publiées également: _El Viego_; _La naissance de Henri IV_; _Le
combat de taureaux_; _Le carnaval de Venise_.
Dès 1817, il avait publié en collaboration avec André Malitourne et
Ader: _Traité du Mélodrame_, par A. A. A.
Il fit paraître en 1822, in-8º, _la Vengeance de la Madone_, fragment
traduit de l'italien.
Il donna lecture à la _Société des Bonnes lettres_ d'un important
ouvrage qu'il entreprit et ne termina point:
_Le Génie du Théâtre espagnol, ou Traduction et analyses des meilleures
pièces de Lopez de Véga; F. Calderon et autres auteurs dramatiques,
depuis le milieu du_ XVIe _siècle jusqu'à la fin du_ XVIIIe.
Entré aux _Annales de la Littérature et des Arts_, après leur fusion
avec le _Conservateur littéraire_ (août 1821) il entreprit, en 1823, la
publication des _Tablettes romantiques_.
Il a laissé en outre:
_Romances historiques_, traduites de l'espagnol par A. Hugo. Cet
ouvrage porte cette dédicace: A ma mère, morte le 27 juin 1821,
et avait été publié:
A Paris, chez Pélicier, libraire, place du Palais-Royal, 1822; in-12,
de LV-302 pp.
C'est-à-dire, chez l'éditeur des _Odes et poésies diverses_, près de
qui il avait été l'introducteur de son frère.
_L'Heure de la Mort._ Paris, 1822, in-8º.
_Les Français en Espagne._ A-propos, vaudeville en un acte (avec Alph.
Vulpian). Paris, 1823, in-8º.
_Précis historique des Événements qui ont conduit Joseph Napoléon sur
le trône d'Espagne_ (Introduction au tome II des Mémoires du général
Hugo. Paris, Ladvocat, 1823, trois in-8º) signés Hugo (Abel) fils.
Il existe en outre, de ce précis un tirage à part à 60 exemplaires.
Paris, 1823: in-8º.
_Pierre et Thomas Corneille._--(En collaboration avec Romieu et signé
du pseudonyme de Monnières. Paris. 1823, in-8º.)
_Campagne d'Espagne en 1823._ Paris. Le Fuel, SD. (1824), 2 in-8º, de
IV-442 et 399 pp.
_Les tombeaux de Saint-Denis_ ou description historique de cette abbaye
célèbre, des monuments qui y sont renfermés et de son riche trésor;
suivie du récit de la violation des tombeaux en 1793, de détails sur
la restauration de l'église en 1806, et depuis en 1814; de notices
sur les rois et les grands hommes qui y ont été enterrés et sur les
cérémonies usitées aux obsèques des rois de France, et de la relation
des funérailles de Louis XVIII. Paris, 1824, in-18.
_Vie anecdotique de Monsieur, comte d'Artois, aujourd'hui S. M. Charles
X, roi de France et de Navarre, depuis sa naissance jusqu'à ce jour._
Paris, 1824, in-18.
_Histoire de l'empereur Napoléon_, par A. Hugo, illustrée de 31
vignettes, par Charlet. Paris, Perrotin, 1833, in-8º de 479 pp.
_Souvenirs sur Joseph Bonaparte, roi d'Espagne. Revue des Deux-Mondes_,
1er et 15 avril 1833.
_Le Conteur_, recueil de contes de tous les temps et de tous les pays
paraissant mensuellement. Paris, 1833, in-12.
_France militaire_, histoire des armées françaises de terre et de
mer de 1792 à 1833. Ouvrage rédigé par une Société de militaires, et
de gens de lettres; etc., etc., revu et corrigé par A. Hugo, ancien
officier d'état-major, membre de plusieurs sociétés savantes, auteur de
l'_Histoire de Napoléon_. Paris, Delloye, 1833-1838, 5 in-8º.
_France pittoresque_ ou Description pittoresque, topographique et
statistique des Départements et Colonies de la France, offrant en
résumé pour chaque département et colonie, l'histoire, les antiquités,
la topographie, etc., etc., par A. Hugo, ancien officier d'état-major,
membre de plusieurs sociétés savantes et littéraires, auteur de
l'_Histoire de Napoléon_. Paris. Delloye, 1835, 3 in-8º.
_France historique et monumentale._ Histoire générale de France depuis
les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, par A. Hugo, auteur de
l'_Histoire de Napoléon_ et de la _France pittoresque_. Paris, Delloye,
1836-1843, 5 in-8º.]
Mon cher Papa,
J'ai remis hier à Eugène ta lettre qui l'a touché autant qu'affligé.
Sa douleur de ne pouvoir te revoir à Blois n'a été un peu calmée que
par l'espérance que je lui ai donnée de te revoir à Paris dans deux
mois, ce tems lui a paru bien long. Je vais te dire aussi, cher papa,
que je ne l'ai plus trouvé aussi bien. On a pour les malades chez M.
Esquirol des soins infinis, mais ce qui est le plus funeste à Eugène,
c'est la solitude et l'oisiveté, auxquelles il est entièrement livré
dans cette maison. Quelques mots qui lui sont échappés m'ont montré
que dans l'incandescence de sa tête il prenait cette _prison_ en
horreur, il m'a dit à voix basse qu'_on y assassinait des femmes dans
les souterrains et qu'il avait entendu leurs cris_. Tu vois, cher
papa, que ce séjour lui est plus pernicieux qu'utile. D'un autre
côté la pension (dont M. Esquirol doit t'informer) est énorme, elle
est de 400 francs par mois. D'ailleurs le docteur Fleury pense que
la promenade et l'exercice sont absolument nécessaires au malade. Je
te transmets tous ces détails, mon cher papa, sans te donner d'avis.
Tu sais mieux que moi ce qu'il faut faire. Je crois néanmoins devoir
te dire qu'il existe, m'a-t-on assuré, des maisons du même genre,
où les malades ne sont pas moins bien que là, et paient moins cher.
Il paraît qu'on n'a point assez caché à Eugène qu'il fût parmi des
_fous_, aussi est-il très affecté de cette idée que j'ai néanmoins
combattue hier avec succès.
Je t'écris à la hâte, bon et cher papa, au milieu de tous les ennuis
que me donne la banqueroute de mon libraire, garde-toi un peu, pour
la vente de tes _Mémoires_, de l'extrême confiance de notre bon Abel.
C'est lui qui m'a, bien involontairement il est vrai, _poussé dans
cette galère_.
Adieu, cher et excellent papa; nous t'embrassons tous ici bien
tendrement.
Ton fils dévoué et respectueux,
Victor.