La noce eut lieu chez M. Foucher. Sa salle à manger s'étant trouvée
trop étroite, l'on dîna dans la salle du Conseil de guerre. Là même,
dix ans plus tôt, le général Lahorie, le mystérieux réfugié de la rue
de Clichy et des Feuillantines, s'était entendu condamner à mort.
La lettre, qui, à moins de huit jours suivit, déborde de joie, de
bonheur et de reconnaissance. Victor Hugo, cependant, malgré le rêve
étoilé de ces oarystis semble avoir à cœur de ne point oublier ses
frères et les recommande une fois de plus à la bonté et à la générosité
du général.
Mon cher Papa,
C'est le plus reconnaissant des fils et le plus heureux des hommes
qui t'écrit. Depuis le 12 de ce mois, je jouis du bonheur le plus
doux et le plus complet et je n'y vois pas de terme dans l'avenir.
C'est à toi, bon et cher papa, que je dois rapporter l'expression de
ces pures et légitimes joies, c'est toi qui m'as fait ma félicité,
reçois donc pour la centième fois l'assurance de toute ma tendre et
profonde gratitude.
Si je ne t'ai pas écrit dans les premiers jours de mon bienheureux
mariage, c'est que j'avais le cœur trop plein pour trouver des
paroles, maintenant même tu m'excuseras, mon bon père, car je ne sais
pas trop ce que j'écris. Je suis absorbé dans un sentiment profond
d'amour, et pourvu que toute cette lettre en soit pleine, je ne doute
pas que ton bon cœur ne soit content. Mon angélique Adèle se joint
à moi, si elle osait, elle t'écrirait, mais maintenant que nous ne
formons plus qu'un, mon cœur est devenu le sien pour toi.
Permets-moi, en terminant cette trop courte lettre, mon cher et
excellent papa de te recommander les intérêts de mes frères, je
ne doute pas que tu n'aies déjà décidé en leur faveur, mais c'est
uniquement pour hâter l'exécution de cette décision que je t'en
reparle.
Adieu donc, cher papa, je me sépare de toi avec regret; c'est
pourtant une douceur pour moi que de t'assurer encore de l'amour
respectueux et de l'inaltérable reconnaissance de tes heureux enfants.
Victor.
Paris, 19 octobre 1822.
Mes deux frères t'embrassent tendrement. Mon beau-père et ma
belle-mère ont été très sensibles à ta lettre. Je crois que M.
Foucher te répondra bientôt. Il s'occupe des intérêts de mon oncle
Louis au ministère de la Guerre.
Un mois plus tard, le général Hugo et la comtesse de Salcano, son
épouse, faisaient part en ces termes du mariage de Victor: