Monsieur le général Léopold Hugo et Madame la comtesse A. de Salcano,
son épouse, ont l'honneur de vous faire part du mariage, à Paris, de
Monsieur Victor-Marie Hugo, leur fils et beau-fils, avec Mademoiselle
Adèle-Julie-Victoire-Marie Foucher, fille de Monsieur le chevalier
Foucher, chef de bureau au ministère de la Guerre, et de Madame
Anne-Victoire Asseline, son épouse.
Saint-Lazare, près Blois, le 15 novembre 1822.
On n'aura pas l'honneur de recevoir.
Dorénavant, Mme Victor Hugo prendra une place presque égale à celle
de son mari dans cette correspondance avec le général. A son tour,
elle lui exprime son affection et sa reconnaissance. Confiante dans
l'avenir, elle célèbre son amour et son bonheur.
La belle-mère n'a pas été l'obstacle que l'on pouvait craindre au
mariage. Elle semble, au contraire, s'être entremise en faveur des
amoureux pour en hâter la célébration. Ce n'est plus «l'épouse
actuelle» du général, mais une alliée que l'on remercie, lui devant
quelques jours fastes de plus.
Paris, 19 novembre 1822.
Mon cher Papa,
Tout ce que ta bonne lettre nous dit de tendre et de paternel a été
accueilli ici par deux cœurs qui n'en font qu'un pour t'aimer. Je ne
saurais te dire combien mon Adèle a été sensible à l'expression de
ton affection qu'elle mérite si bien par celle qu'elle daigne porter
à ton fils. Elle va t'exprimer elle-même tout ce qu'elle ressent pour
toi. Veuille bien, je te prie, dire à notre belle-mère combien nous
sommes reconnaissans de tout ce qu'elle a bien voulu faire pour hâter
notre fortuné mariage.
J'ai montré ta lettre à mes frères. Abel va t'écrire. Ils me chargent
de t'embrasser tendrement pour eux.
Maintenant permets-moi de t'embrasser pour moi et de céder le reste
de cette lettre à ta fille.
Ton fils soumis et respectueux,
Victor.
Mon cher papa,
C'est la plus heureuse des femmes qui vous doit tout son bonheur que
sans vous elle désirerait encore, c'est votre fille qui a mis sa
destinée entre les mains du plus noble des hommes qui voudrait vous
rendre sa reconnaissance. Dieu sait que ce n'est pas la gloire qui
entoure son talent qui me le fait admirer, mais bien cette âme si
pure, si élevée que vous connaissez à peine et à laquelle la mienne
est consacrée. Il n'est rien de moi qui ne soit pour lui, pour mon
Victor, pour votre digne fils.
Si notre belle-mère savait combien j'ai été sensible à tout ce
qu'elle a bien voulu faire pour accélérer notre mariage, j'espère
qu'elle voudrait bien recevoir mes remerciements. Je lui dois
quelques jours de bonheur que sans elle je demanderais en vain.
J'ai vu, mon cher papa, s'écouler le plus beau jour de ma vie sans
avoir connu l'auteur de ce beau jour. Nous espérons, et moi en
particulier, comme une grâce, que la fin de cette année ne se passera
pas sans que j'aie pu vous exprimer de vive voix tous les sentiments
avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très respectueuse fille,
A. Hugo.