FRA AMBROGIO.

Je suis le plus pauvre des serviteurs des pauvres. Mais, je n'ai qu'un

maître, qui est le Roi du Ciel; je le trahirais si je ne vous disais,

messer Farinata, que le seul guerrier digne d'une entière louange est

celui qui marche sous la croix en chantant:

_Vexilla regis prodeunt._

Le bienheureux Dominique, dont l'âme, comme un soleil, se leva sur

l'Église obscurcie par la nuit du mensonge, enseigna que la guerre

contre les hérétiques est d'autant plus charitable et miséricordieuse

qu'elle est plus âpre et véhémente. Celui-là certes le comprit qui,

portant le nom du prince des apôtres, fut la pierre de fronde qui

frappa comme un Goliath l'hérésie au front. Il souffrit le martyre

entre Côme et Milan. De lui mon ordre s'honore grandement. Quiconque

tire l'épée contre un tel soldat est un autre Antiochus au regard de

Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais ayant institué les empires, les

royaumes et les républiques, Dieu souffre qu'on les défende par les

armes, et il regarde les capitaines qui, l'ayant invoqué, tirent l'épée

pour le salut de leur patrie temporelle. Il se détourne au contraire

du citoyen qui frappe sa ville et la saigne, comme vous fîtes d'un si

grand vouloir, messer Farinata, sans craindre que Florence, par vous

épuisée et déchirée, n'eût plus la force de résister à ses ennemis. On

trouve dans les chroniques anciennes que les villes affaiblies par des

guerres intestines offrent une proie facile à l'étranger qui les guette.

Clio(#50664) · 第 32 / 42 题