Avant que de quitter Pessinunte, il voulut venger la Déesse des
insultes de deux chrétiens, qui avaient renversé son autel. Il les fit
amener devant lui, et tenta d'abord de les pervertir par ses discours.
Emportés par la vivacité de leur zèle et de leur jeunesse, ils se
moquèrent et de l'empereur et de ses sophismes. Julien les condamna à
mort, non pas comme chrétiens, c'eût été démentir son système, mais
comme perturbateurs de l'ordre public. Il reprit ensuite la route
d'Ancyre. Comme il en approchait, les sacrificateurs vinrent au-devant
de lui, portant l'idole de Proserpine. Il leur distribua une somme
d'argent, et fit célébrer des jeux le lendemain de son arrivée. Il
y avait dans cette ville un prêtre chrétien nommé Basile, qui du
temps de Constance avait fortement combattu l'arianisme. Sous le
nouveau règne il avait tourné ses armes contre l'idolâtrie. C'était un
missionnaire zélé et véhément, qui allait de ville en ville, exhortant
publiquement les chrétiens, et leur inspirant de l'horreur pour les
idoles et les sacrifices. Le proconsul Saturninus éprouva son courage
par les plus cruelles tortures, mais sans l'ébranler. Il le fit mettre
en prison, et en informa l'empereur qui était encore à Constantinople.
Julien pensa qu'un homme de ce caractère pourrait servir efficacement
l'idolâtrie, s'il réussissait à le gagner. Il envoya pour le séduire
deux apostats, Helpidius, intendant du domaine, et un certain Pégasius.
Leur mission ne fut pas heureuse. Julien arrivé à Ancyre se fit amener
Basile; mais il n'eut pas plus de succès; il n'en put tirer que des
reproches de son apostasie, et des menaces d'une mort funeste et
prochaine. Il le mit entre les mains du comte Frumentinus, capitaine
d'une compagnie de la garde, avec ordre de lui faire souffrir des
tourments douloureux, qui pussent lasser sa patience, sans lui ôter
promptement la vie. Pendant le séjour de Julien, Basile, dont on
déchirait le corps tous les jours, se fit une fois conduire devant
lui: Julien s'en félicitait, il le croyait vaincu; mais il n'en reçut
que de nouveaux reproches, et il en sut fort mauvais gré à Frumentinus
qu'il ne voulut pas voir à son départ[404]. Le comte se vengea de cette
disgrace sur la personne de Basile, qu'il fit mourir dans les plus
horribles tourments.
[Note 404: On prétend que Julien fit périr beaucoup d'autres
chrétiens dans cette ville. On compte parmi eux S. Malasippus et sa
femme Ste Casina. On livra aussi aux tortures un chrétien de la secte
des Encratites, nommé Busiris. Macédonius, Théodule, Tatianus, et
plusieurs autres encore, furent mis à mort sous divers prétextes dans
la Phrygie. Il est bon de remarquer cependant que tous ces martyres ne
sont attestés que par des actes assez modernes.--S-M.]
[Note latérale: XXXV. A Césarée de Cappadoce.
Amm. l. 22, c. 9.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91, et or. 19, p. 308.