Till. persec. art. 10 et 24.]

Ayant traversé le détroit, il passa sans s'arrêter, à Chalcédoine et

à Libyssa, petite bourgade, célèbre par la sépulture d'Annibal, et il

vint à Nicomédie. La vue de cette grande cité, alors presque détruite,

et le triste état d'un peuple autrefois florissant lui firent verser

des larmes[400]. Il avait passé ses premières années à Nicomédie auprès

de l'évêque Eusèbe; il y reconnut encore plusieurs de ceux qu'il y

avait vus dans son enfance. Pour donner à cette malheureuse ville

quelque marque de bienveillance, il y fit placer sa statue et celle de

sa femme Hélène sous les symboles d'Apollon et de Diane; ce qui fut

pour les habitants une occasion d'idolâtrie. Après avoir donné ses

ordres pour relever les ruines de Nicomédie, il continua sa route par

Nicée. Arrivé sur les frontières de la Galatie, il se détourna sur la

droite pour aller voir à Pessinunte l'ancien temple de la mère des

Dieux[401], si fameux par la statue de cette Déesse qu'on disait être

tombée du ciel, et qui par l'ordre d'un oracle avait été transportée

à Rome pendant la seconde guerre punique. Julien séjourna dans cette

ville: il y ranima le culte de Cybèle[402], qui avait été fort négligé

sous le règne de ses deux prédécesseurs. Il perdit une nuit à composer

un discours en l'honneur de cette déesse: c'est un chef-d'œuvre de

rêverie. On y voit sensiblement que les Hellènes de ce temps-là,

confondus par les chrétiens, donnaient la torture à leur imagination,

pour sauver par des allégories bizarres et forcées le ridicule et

l'obscénité de leurs fables[403]. La déesse à son tour régala Julien

d'un oracle qu'elle rendit en sa faveur. Ce fut vers le même temps

qu'il passa deux jours à mettre par écrit une apologie de Diogène et de

la philosophie cynique. Il s'y rencontre des choses bien pensées; mais

la singularité de l'auteur s'y développe toute entière: il fait son

héros de ce cynique effronté; il prétend que lorsqu'on a pris l'essor

philosophique, on peut se mettre au-dessus des bienséances et des

usages les plus sensés.

[Note 400: _Cujus mœnia cum vidisset in favillas miserabiles

consedisse, angorem animi tacitis fletibus indicans, pigriore gradu

pergebat ad regiam_, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 9.--S.-M.]

[Note 401: _Vetusta Matris Magnæ delubra._ Amm. Marc. l. 22, c.

9.--S.-M.]

[Note 402: Il y nomma prêtresse de cette déesse une femme appelée

Callixène, à laquelle est adressée sa vingt-et-unième lettre.--S.-M.]

[Note 403: Elle est presque toute consacrée à l'explication de la

fable de Cybèle et d'Attis.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIV.

Julien à Ancyre.

Amm. l. 22, c. 9.

Soz. l. 5, c. 10.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 316 / 331 题