Julien ne perdait pas de vue la résolution qu'il avait prise de venger
l'honneur de l'empire, en attaquant Sapor dans ses états. S'étant donc
assuré des fonds nécessaires par la réforme de sa cour, par l'économie
de sa dépense, et par le bon ordre qu'il sut mettre dans ses finances,
il assembla ses soldats, anima leur courage, les harangua plusieurs
fois, et, ce qui sans doute n'était pas moins efficace, il augmenta
leur paie. Au commencement de juin[398] il partit de Constantinople,
suivi des vœux de tout le peuple, après un séjour de six mois[399];
et prit la route d'Antioche. Son dessein était de passer dans cette
ville le reste de l'année pour y achever ses préparatifs, et se mettre
en état d'entrer en campagne dès le printemps de l'année suivante.
Hormisdas et Victor furent chargés de la conduite des troupes. Ils
firent observer une exacte discipline; et l'Asie, qui sous le règne
de Constance ne distinguait plus ses défenseurs d'avec ses ennemis,
n'eut rien à souffrir de leur passage. Julien lui-même, au lieu des
présents que les gouverneurs avaient coutume de faire aux empereurs,
n'accepta que des compliments. Il tenait de son éducation le goût des
harangues; et comme dans la distribution des emplois, il avait préféré
les gens de lettres, il trouva de quoi se satisfaire dans ce voyage. La
superstition le suivait partout; et il laissa en plusieurs lieux des
traces sanglantes de sa haine contre les chrétiens. On observe qu'il
avait mis un si bon ordre dans les provinces occidentales, que son
éloignement n'y produisit aucun trouble: sa réputation suppléait à sa
présence; et ces nations turbulentes qui bordaient le Rhin et le Danube
respectèrent, tant qu'il vécut, les limites de l'empire, comme si le
bras de Julien eût toujours été suspendu sur leurs têtes.
[Note 398: Une loi nous apprend qu'il était encore à Constantinople
le 12 mai de cette année. Sa lettre adressée aux habitants de Bostra en
Arabie fait voir qu'il était à Antioche le 1er août.--S.-M.]
[Note 399: Selon Zosime (l. 3, c. 11), Julien serait resté dix mois
à Constantinople, δέκα διατρίψας ἐν τῷ Βυζαντίῳ μῆνας. Il est évident
qu'il se trompe. Julien entra dans cette ville le 11 décembre 361; et
le 29 juin, selon les actes de S. Basile d'Ancyre, il sortit de la
capitale de la Galatie, pour se rendre à Antioche. On a des lois datées
de cette ville depuis le 28 juillet 362. Il est donc presque impossible
que le séjour de Julien à Constantinople se soit prolongé beaucoup
au-delà de six mois.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIII. Il arrive à Pessinunte.
Amm. l. 22, c. 9.
Liban. or. 8, t. 2, p. 247 et 254, et or. 10, p. 300.
Jul. or. 5, p. 158 et or. 6, p. 181, et ep. 21, p. 388.
Greg. Naz. or. 4, t. 1, p. 133.