Julien, en défendant de mettre à mort les chrétiens, ne voulait sauver
que l'honneur de sa philosophie. Sa fausse clémence se renfermait
dans les bornes de sa résidence. Leur sang coulait dans le reste de
l'empire. On savait que c'était lui offrir les plus agréables victimes;
et la volonté du prince une fois connue, ou même soupçonnée, est,
sans être écrite, la plus forte des lois: la défense même devient une
amorce, quand on sent qu'on lui fait la cour en contrevenant à ses
ordres. Les païens, qui depuis le règne du christianisme frémissaient
de rage, enivrés alors de la fumée de leurs sacrifices, entraient en
fureur: ils accablaient les chrétiens d'outrages; et ceux-ci, ayant
perdu l'habitude de souffrir, donnaient souvent par leur impatience
occasion aux traitements les plus rigoureux. Julien fermait les yeux
sur ces désordres. Émilien fut brûlé vif à Dorostole dans la Mésie
inférieure[396], et l'évêque Philippe[397] avec plusieurs autres
chrétiens souffrirent le même supplice à Andrinople [_Hadrianopolis_].
Dans cette contradiction entre les ordres et la passion de Julien,
les gouverneurs se crurent libres de suivre leur propre penchant.
Quelques-uns, par un effet de leur bonté naturelle, mirent les
chrétiens à couvert, et coururent le risque de déplaire en obéissant.
Candidianus, quoique païen, mérita par cette humanité les éloges de
saint Grégoire, et mérite encore les nôtres. On ne sait de quelle
province il était gouverneur. Salluste Second [_Sallustius Secundus_],
préfet d'Orient, tempéra autant qu'il put les rigueurs auxquelles il
fut quelquefois forcé par des ordres précis. L'autre Salluste préfet de
la Gaule, estimable d'ailleurs par sa probité, mais idolâtre jusqu'au
fanatisme, et inhumain par religion, fut un violent persécuteur. Comme
il était le plus intime confident de Julien, sa cruauté fait grand tort
à la prétendue douceur de ce prince.
[Note 396: Il fut condamné à mort par Capitolinus, vicaire de
Thrace. Il paraît qu'il fut exécuté le 18 juillet 362. Voyez Tillem.,
t. VII, _Mémoires pour l'histoire ecclés._ pers. de Julien, art.
12.--S.-M.]
[Note 397: Il était évêque d'Héraclée ou Périnthe. Le savant
Tillemont pense que ce saint ne fut pas martyrisé sous Julien,
mais sous Dioclétien. Ses raisons me paraissent tout-à-fait
concluantes.--S.-M.]
[Note latérale: XXXII. Julien part de Constantinople.
Amm. l. 22, c. 9.
Liban. or. 8, t. 2, p. 247, et or. 10, p. 300.
Zos. l. 3, c. 11.