La liberté de religion que Julien laissait en apparence aux chrétiens,
n'était en effet qu'un dur esclavage. Toute la clémence de ce prince se
bornait à ne les pas condamner à mort par un édit général. Il prenait
d'ailleurs les voies les plus sûres pour les accabler. Toutes les
faveurs étaient prodiguées aux païens: les chrétiens n'éprouvaient que
vexations, que mépris, que disgraces. Il dépouilla les ecclésiastiques
de leurs priviléges: il les priva ainsi que les veuves et les vierges
des distributions fondées par Constantin: il entreprit même de
les forcer à rendre au trésor ce qu'ils avaient reçu depuis cette
fondation, et ces poursuites ne furent arrêtées que par sa mort. Il
exigeait des chrétiens des sommes considérables pour la réparation des
temples: il y faisait transporter les vases sacrés et les ornements
des églises; ce n'était à son avis que restituer aux dieux des biens
qui leur appartenaient. Ces recherches donnaient lieu à une infinité
de violences: on emprisonnait les clercs; on les appliquait à la
torture. Pour multiplier les apostasies, il facilita les divorces dont
Constantin avait restreint la licence, et il déclara que la diversité
de culte serait une cause légitime de séparation. Il n'admettait les
chrétiens dans aucune magistrature, sous prétexte que leur loi leur
défend de faire usage du glaive. Il les privait de tous les droits
qu'on osait leur disputer; il ne leur permettait pas même de se
défendre devant les tribunaux: _Votre religion_, leur disait-il, _vous
interdit les procès et les querelles_. A l'occasion des préparatifs
qu'il fallait faire pour la guerre contre les Perses, il imposa une
taxe sur tous ceux qui refusaient de sacrifier. Les gouverneurs des
provinces trouvant une conjoncture si favorable pour s'enrichir,
exigeaient beaucoup au-delà des sommes imposées; ils employaient les
contraintes les plus rigoureuses; et lorsque les chrétiens portaient
leurs plaintes à l'empereur: _Retirez-vous, Galiléens infidèles_,
leur répondait-il: _votre Dieu ne vous a-t-il pas appris à mépriser
les biens de ce monde, et à souffrir avec patience les afflictions et
les injustices?_ La plupart des habitants d'Édesse étaient attachés
à la foi catholique[393]; mais cette ville renfermait encore deux
sectes d'hérétiques, les Valentiniens et les Ariens. Ceux-ci, fiers
de la puissance qu'ils avaient acquise sous le règne de Constance,
attaquèrent les Valentiniens et commirent de grands désordres. Julien
saisit cette occasion pour dépouiller l'église d'Édesse, qui était
fort riche; et sans faire distinction des catholiques qui n'avaient
aucune part à la querelle, il ordonna que les biens de cette église
seraient confisqués. La lettre qu'il écrit à ce sujet au premier
magistrat de la ville joint aux plus terribles menaces une froide et
maligne plaisanterie: _L'admirable loi des Galiléens_, dit-il, _leur
prescrivant de se débarrasser des biens de la terre, pour arriver
plus aisément au royaume des cieux, nous voulons, autant qu'il est
en nous, leur faciliter le voyage_. Les villes qui se signalaient en
faveur de l'idolâtrie, étaient assurées de sa bienveillance: il les
prévenait lui-même et les exhortait par ses lettres à lui demander des
graces. Les villes chrétiennes au contraire n'obtenaient pas justice;
il évitait d'y entrer; il refusait audience à leurs députés; il
rejetait leurs requêtes. La ville de Nisibe demanda du secours contre
les Perses, dont elle craignait les insultes: il répondit aux envoyés
_qu'ils obtiendraient tout de lui, quand ils auraient commencé par
invoquer les Dieux_.
[Note 393: La religion chrétienne était professée dans cette ville
long-temps avant d'avoir été adoptée dans l'empire romain, lorsque
Édesse formait un état particulier sous la domination des rois nommés
Abgares. L'histoire de cette dynastie et les relations qui ont pu
exister entre Abgare et J.-C. ont été pour moi l'objet d'un travail
particulier.--S.-M.]
[Note latérale: XXIX. Il tâche de surprendre les soldats.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 84-86.
Socr. l. 3, c. 13.
Theod. l. 3, c. 7, 15 et 16.
Soz. l. 3, c. 16.