La Bleterie, lettres de Julien, p. 360 et suiv.]

La liberté de religion que Julien laissait en apparence aux chrétiens,

n'était en effet qu'un dur esclavage. Toute la clémence de ce prince se

bornait à ne les pas condamner à mort par un édit général. Il prenait

d'ailleurs les voies les plus sûres pour les accabler. Toutes les

faveurs étaient prodiguées aux païens: les chrétiens n'éprouvaient que

vexations, que mépris, que disgraces. Il dépouilla les ecclésiastiques

de leurs priviléges: il les priva ainsi que les veuves et les vierges

des distributions fondées par Constantin: il entreprit même de

les forcer à rendre au trésor ce qu'ils avaient reçu depuis cette

fondation, et ces poursuites ne furent arrêtées que par sa mort. Il

exigeait des chrétiens des sommes considérables pour la réparation des

temples: il y faisait transporter les vases sacrés et les ornements

des églises; ce n'était à son avis que restituer aux dieux des biens

qui leur appartenaient. Ces recherches donnaient lieu à une infinité

de violences: on emprisonnait les clercs; on les appliquait à la

torture. Pour multiplier les apostasies, il facilita les divorces dont

Constantin avait restreint la licence, et il déclara que la diversité

de culte serait une cause légitime de séparation. Il n'admettait les

chrétiens dans aucune magistrature, sous prétexte que leur loi leur

défend de faire usage du glaive. Il les privait de tous les droits

qu'on osait leur disputer; il ne leur permettait pas même de se

défendre devant les tribunaux: _Votre religion_, leur disait-il, _vous

interdit les procès et les querelles_. A l'occasion des préparatifs

qu'il fallait faire pour la guerre contre les Perses, il imposa une

taxe sur tous ceux qui refusaient de sacrifier. Les gouverneurs des

provinces trouvant une conjoncture si favorable pour s'enrichir,

exigeaient beaucoup au-delà des sommes imposées; ils employaient les

contraintes les plus rigoureuses; et lorsque les chrétiens portaient

leurs plaintes à l'empereur: _Retirez-vous, Galiléens infidèles_,

leur répondait-il: _votre Dieu ne vous a-t-il pas appris à mépriser

les biens de ce monde, et à souffrir avec patience les afflictions et

les injustices?_ La plupart des habitants d'Édesse étaient attachés

à la foi catholique[393]; mais cette ville renfermait encore deux

sectes d'hérétiques, les Valentiniens et les Ariens. Ceux-ci, fiers

de la puissance qu'ils avaient acquise sous le règne de Constance,

attaquèrent les Valentiniens et commirent de grands désordres. Julien

saisit cette occasion pour dépouiller l'église d'Édesse, qui était

fort riche; et sans faire distinction des catholiques qui n'avaient

aucune part à la querelle, il ordonna que les biens de cette église

seraient confisqués. La lettre qu'il écrit à ce sujet au premier

magistrat de la ville joint aux plus terribles menaces une froide et

maligne plaisanterie: _L'admirable loi des Galiléens_, dit-il, _leur

prescrivant de se débarrasser des biens de la terre, pour arriver

plus aisément au royaume des cieux, nous voulons, autant qu'il est

en nous, leur faciliter le voyage_. Les villes qui se signalaient en

faveur de l'idolâtrie, étaient assurées de sa bienveillance: il les

prévenait lui-même et les exhortait par ses lettres à lui demander des

graces. Les villes chrétiennes au contraire n'obtenaient pas justice;

il évitait d'y entrer; il refusait audience à leurs députés; il

rejetait leurs requêtes. La ville de Nisibe demanda du secours contre

les Perses, dont elle craignait les insultes: il répondit aux envoyés

_qu'ils obtiendraient tout de lui, quand ils auraient commencé par

invoquer les Dieux_.

[Note 393: La religion chrétienne était professée dans cette ville

long-temps avant d'avoir été adoptée dans l'empire romain, lorsque

Édesse formait un état particulier sous la domination des rois nommés

Abgares. L'histoire de cette dynastie et les relations qui ont pu

exister entre Abgare et J.-C. ont été pour moi l'objet d'un travail

particulier.--S.-M.]

[Note latérale: XXIX. Il tâche de surprendre les soldats.

Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 84-86.

Socr. l. 3, c. 13.

Theod. l. 3, c. 7, 15 et 16.

Soz. l. 3, c. 16.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 311 / 331 题