Cet édit de Julien alarma tous les fidèles. Les livres saints étaient
leur nourriture; mais les lettres profanes, dit saint Basile, étaient
les feuilles qui servaient aux fruits d'ornement et de défense. Aussi
ces hommes éclairés, loin d'embrasser avec joie cette ignorance, qu'une
fausse politique ou une singularité bizarre prêchent quelquefois,
et qu'une pieuse imbécillité canonise, regardèrent cet artifice de
Julien, comme l'attentat le plus noir et le plus dangereux qu'il eût
formé contre le christianisme: ce sont les termes de saint Grégoire
de Nazianze; et de tous les reproches dont il accable Julien, il n'en
est point qui prête à son zèle plus de force et plus de vivacité.
On travailla aussitôt à réparer cette perte. Saint Grégoire et
Apollinaire, tous deux féconds et éloquents, tous deux hommes de génie,
riches de leur propre fonds et enrichis encore par l'étude des lettres,
composèrent en prose et en vers un grand nombre d'écrits. Ils avaient
dessein d'y transporter les beautés des auteurs profanes, et de les y
conserver comme dans un dépôt sacré, en les appliquant aux matières
propres de la religion. Mais quelque habiles que fussent ces deux
illustres écrivains, leurs ouvrages trop hâtés ne pouvaient remplacer
des chefs-d'œuvres de tant de siècles: la mort de Julien rendit
bientôt à l'église le libre usage des trésors dont il avait voulu la
dépouiller.
[Note latérale: XXVII. Conduite de Julien à l'égard des médecins.
Jul. ep. 45, p. 426, et lex de medicis, p. 154.
Greg. Naz. or. 10, t. 1, p. 167 et 168, et ep. 17, p. 779.
Chrysost. in Juvent. et Max. t. 2, p. 579.
Cod. Th. l. 13, tit. 3, leg. 4, 5.