Les professeurs chrétiens étaient encore en petit nombre. Ecébolus,
qui avait été un des maîtres de Julien, et que l'intérêt et la
vanité avaient toujours tenu attaché à la cour, homme de petit
génie, dépourvu de talents, et jaloux de ceux des autres, sacrifia
sans balancer sa religion à sa chaire. Après la mort de Julien, il
revint au christianisme; et toujours déclamateur jusque dans sa
pénitence, couché par terre devant la porte de l'église, il criait aux
fidèles: _Foulez-moi aux pieds; je suis un sel affadi_. Les autres
montrèrent plus de fermeté. L'histoire nomme Marius Victorinus qui
professait l'éloquence à Rome avec éclat, et le célèbre Prohérésius,
que Constant avait comblé d'honneurs. Quoiqu'il n'eût paru à Rome
qu'en passant, cette ville lui avait érigé une statue de bronze avec
cette inscription: _Rome reine du monde au roi de l'éloquence_. Étant
retourné à Athènes, il soutint la réputation du plus habile maître de
la Grèce. Julien faisait de lui une haute estime; il voulait même
l'engager à écrire son histoire; et par une exemption qu'il croyait
honorable, il lui permit de continuer ses leçons, sans être obligé de
changer de religion. Prohérésius refusa cette distinction qui aurait
pu rendre sa foi suspecte; il renonça généreusement à sa profession
et aux bonnes graces du prince, qui dès ce moment, par une bizarrerie
très-ordinaire, rabattit beaucoup de l'opinion qu'il avait eue de
l'habileté de ce rhéteur.
[Note latérale: XXVI. Douleur de l'église.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 51 et 99.
Basil. de libris Gentilium, t. 2, p. 173.
Socr. l. 3, c. 16.