La Bleterie, vie de Julien l. 4, p. 228, et lettres de Julien, p. 26.]

L'esprit de révolte et de schisme que les hérétiques rapportaient de

leur exil, menaçait l'église des attaques les plus meurtrières. Pour

la désarmer, Julien imagina un moyen qui pouvait suppléer à la rigueur

des persécutions: c'était de réduire les chrétiens à l'ignorance, en

leur défendant d'enseigner et d'étudier les lettres. Il savait qu'il

est aisé de conduire les hommes à la superstition par le défaut de

connaissances; que de les priver d'instruction, c'est un moyen sûr pour

tyranniser leurs esprits; que l'ignorance fut la mère du paganisme; et

que pour le faire renaître, il fallait ramener les chrétiens à l'état

où s'étaient trouvés leurs pères à la naissance de l'idolâtrie. Il

avait assez de lumières pour sentir que les auteurs païens, réunissant

à la fois toutes les forces et toutes les faiblesses de la raison

humaine, avec le plus grand art à mettre en œuvre les unes et les

autres, fournissaient en même temps et les chimères à combattre et

les armes pour les vaincre: il voyait que les défenseurs les plus

formidables que le christianisme eût alors à lui opposer étaient les

hommes les plus lettrés de l'empire, Athanase, Grégoire de Nazianze,

Basile de Césarée, Hilaire de Poitiers, Diodore de Tarse, Apollinaire.

Voulant donc enlever aux chrétiens cette puissante ressource, il publia

un édit que nous avons encore, par lequel il les déclare incapables

d'enseigner la grammaire, l'éloquence, la philosophie. Il en apporte

pour raison que les livres où l'on puise les principes et les exemples

de ces connaissance, étant l'ouvrage des adorateurs des Dieux, et

remplis des maximes de l'Hellénisme, c'est dans les maîtres chrétiens

une imposture, et une duplicité honteuse de proposer des modèles

qu'ils désavouent, et d'enseigner aux autres ce qu'ils ne croient pas

eux-mêmes. Il paraît s'applaudir beaucoup de ce sophisme. Il ajoute

néanmoins qu'en défendant aux chrétiens de donner des leçons, il ne

leur défend pas d'en recevoir, et qu'il permet aux jeunes gens de

fréquenter les écoles sans les contraindre à quitter leur religion.

_Ce n'est pas_, dit-il, _qu'il y eût de l'injustice à les guérir

malgré eux comme des phrénétiques; mais je permets d'être malades à

ceux qui le voudront être: je pense qu'il faut instruire les ignorants

et non les punir_. Le témoignage clair et précis des historiens

ecclésiastiques nous apprend que la permission de s'instruire, accordée

aux chrétiens à la fin de cet édit, fut bientôt révoquée par un édit

postérieur qui ne s'est pas conservé jusqu'à nous. Ammien Marcellin,

tout païen qu'il est, blâme cette défense comme inhumaine, et digne

d'être ensevelie dans un oubli éternel[392].

[Note 392: _Illud autem erat inclemens, obruendum perenni silentio,

quòd arcebat docere magistros rhetoricos et grammaticos, ritûs

christiani cultores._ Amm. Marc. l. 22, c. 10.--S.-M.]

[Note latérale: XXV. Exécution de cet édit.

Jul. ep. 2, p. 373 et ep. 19, p. 386.

Eunap. in Prohæres. t. 1, p. 92 ed. Boiss.

Chron. Hier. Socr. l. 3, c. 13.

Aug. confess. l. 8, c. 5, t. 1, p. 148.

Oros. l. 7, c. 30.

Suid. in Προαιρέσιος.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 307 / 331 题