Fleury, hist. ecclés. l. 15, c. 4.]

Ce fut encore par la même apparence de douceur, qu'il rappela

indistinctement et les orthodoxes et les hérétiques, que Constance

avait exilés et qu'il leur fit rendre leurs biens confisqués: sans

s'expliquer au sujet des évêques, qu'il voulait se réserver la liberté

de chasser dans la suite, il les laissa rentrer dans leurs églises.

Les Ariens, qui avaient été les favoris de Constance, lui étaient

par cette raison encore plus odieux que les catholiques. Mais son

dessein était de détruire, les unes par les autres, les diverses

communions qui partageaient le christianisme. Sous prétexte d'apaiser

leurs querelles, mais en effet pour les aigrir davantage, il appelait

quelquefois devant lui les chefs des partis contraires; il les mettait

aux prises; et après les avoir échauffés par la dispute, prenant

le ton de conciliateur, il les exhortait à la paix: _Ecoutez-moi_,

leur disait-il, _les Allemands et les Francs m'ont bien écouté_[390].

Il les congédiait ensuite en leur déclarant qu'il entendait qu'ils

demeurassent unis ensemble, malgré la contrariété des dogmes que chaque

parti aurait la liberté de soutenir. C'était renfermer comme dans un

champ clos des ennemis armés et irréconciliables. Il avait été témoin

des persécutions suscitées par les Ariens contre les catholiques: il

savait qu'il y a des chrétiens qui ne se pardonnent pas la diversité

de croyance, et que ce motif, qui ne devrait agir que dans l'ordre

surnaturel, suffit seul dans leur esprit pour rompre tous les liens

de l'humanité et de la nature. Il rassembla de toute la terre dans

le sein de l'église comme autant de serpents les hérétiques les plus

dangereux. Il écrivit à Photinus pour le féliciter de sa constance à

nier la divinité de Jésus-Christ; il caressa surtout Aëtius, qui avait

été le confident et le théologien de Gallus: l'ayant rappelé d'exil par

une lettre pleine de bienveillance[391], il lui fit présent d'une terre

près de Mytilène, dans l'île de Lesbos. Il ordonna, sous peine d'une

grosse amende, à Eleusius, évêque de Cyzique, de rebâtir à ses dépens

dans l'espace de deux mois l'église des Novatiens qu'il avait abattue

du vivant de Constance. Quelque temps après, ce même évêque, étant

accusé d'avoir sous le règne précédent détruit des temples et converti

quelques païens, il le chassa de la ville, lui et tout son clergé, avec

défense d'y rentrer, _de crainte_, disait-il, _qu'ils n'y excitassent

quelque sédition_.

[Note 390: _Audite me, quem Alamanni audierunt et Franci._ Amm.

Marc. l. 22, c. 5.--S.-M.]

[Note 391: Il lui parle de leur vieille amitié; παλαιᾶς γνώσεώς τε

καὶ συνηθείας μεμνημένος, ep. 31.--S.-M.]

[Note latérale: XXIII. Nouveaux excès des Donatistes.

Optat. l. 2, c. 17, 18, 19, 20 et 21, p. 36-42.

S. Aug. contra Petil. l. 2, c. 92, 97, t. 9, p. 275 et 286.

Idem, contra Parm. l. 1, c. 12, t. 9, p. 23.

Cod. Th. l. 16, tit. 5, leg. 37, et ibi God.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 305 / 331 题