Ce fut encore par la même apparence de douceur, qu'il rappela
indistinctement et les orthodoxes et les hérétiques, que Constance
avait exilés et qu'il leur fit rendre leurs biens confisqués: sans
s'expliquer au sujet des évêques, qu'il voulait se réserver la liberté
de chasser dans la suite, il les laissa rentrer dans leurs églises.
Les Ariens, qui avaient été les favoris de Constance, lui étaient
par cette raison encore plus odieux que les catholiques. Mais son
dessein était de détruire, les unes par les autres, les diverses
communions qui partageaient le christianisme. Sous prétexte d'apaiser
leurs querelles, mais en effet pour les aigrir davantage, il appelait
quelquefois devant lui les chefs des partis contraires; il les mettait
aux prises; et après les avoir échauffés par la dispute, prenant
le ton de conciliateur, il les exhortait à la paix: _Ecoutez-moi_,
leur disait-il, _les Allemands et les Francs m'ont bien écouté_[390].
Il les congédiait ensuite en leur déclarant qu'il entendait qu'ils
demeurassent unis ensemble, malgré la contrariété des dogmes que chaque
parti aurait la liberté de soutenir. C'était renfermer comme dans un
champ clos des ennemis armés et irréconciliables. Il avait été témoin
des persécutions suscitées par les Ariens contre les catholiques: il
savait qu'il y a des chrétiens qui ne se pardonnent pas la diversité
de croyance, et que ce motif, qui ne devrait agir que dans l'ordre
surnaturel, suffit seul dans leur esprit pour rompre tous les liens
de l'humanité et de la nature. Il rassembla de toute la terre dans
le sein de l'église comme autant de serpents les hérétiques les plus
dangereux. Il écrivit à Photinus pour le féliciter de sa constance à
nier la divinité de Jésus-Christ; il caressa surtout Aëtius, qui avait
été le confident et le théologien de Gallus: l'ayant rappelé d'exil par
une lettre pleine de bienveillance[391], il lui fit présent d'une terre
près de Mytilène, dans l'île de Lesbos. Il ordonna, sous peine d'une
grosse amende, à Eleusius, évêque de Cyzique, de rebâtir à ses dépens
dans l'espace de deux mois l'église des Novatiens qu'il avait abattue
du vivant de Constance. Quelque temps après, ce même évêque, étant
accusé d'avoir sous le règne précédent détruit des temples et converti
quelques païens, il le chassa de la ville, lui et tout son clergé, avec
défense d'y rentrer, _de crainte_, disait-il, _qu'ils n'y excitassent
quelque sédition_.
[Note 390: _Audite me, quem Alamanni audierunt et Franci._ Amm.
Marc. l. 22, c. 5.--S.-M.]
[Note 391: Il lui parle de leur vieille amitié; παλαιᾶς γνώσεώς τε
καὶ συνηθείας μεμνημένος, ep. 31.--S.-M.]
[Note latérale: XXIII. Nouveaux excès des Donatistes.
Optat. l. 2, c. 17, 18, 19, 20 et 21, p. 36-42.
S. Aug. contra Petil. l. 2, c. 92, 97, t. 9, p. 275 et 286.
Idem, contra Parm. l. 1, c. 12, t. 9, p. 23.
Cod. Th. l. 16, tit. 5, leg. 37, et ibi God.