Selon le plan qu'il avait formé, il défendit de mettre à mort les
Galiléens (c'est ainsi qu'il nommait les chrétiens), ni de leur faire
aucun mauvais traitement pour cause de religion: _Ils sont_, disait-il,
_plus dignes de compassion que de haine; ils ne se punissent que trop
eux-mêmes; ce sont des aveugles qui s'égarent sur le point le plus
essentiel de la vie, qui abandonnent le culte des dieux immortels, pour
honorer des restes de cadavres et des ossements de morts_. Il désignait
ainsi les reliques des martyrs. Il blâmait hautement Constance d'avoir
employé la rigueur contre ceux qui ne s'accordaient pas avec lui en
fait de croyance. Il n'ôtait point aux chrétiens l'exercice public
de leur religion; mais il leur enlevait sous divers prétextes leurs
évêques et leurs prêtres, afin de ruiner peu à peu la doctrine et la
pratique du christianisme, par le défaut d'instruction et de ministres.
Pour relever le prix de l'idolâtrie, il déclara que, loin de traîner
les Galiléens devant les autels et de les contraindre à sacrifier, il
ne permettait d'admettre ces impies à la participation des mystères,
qu'après des prières, des expiations, de longues épreuves capables
de purifier leur ame et leur corps. Il était habile à profiter des
imprudences où tombaient quelquefois les chrétiens, et il ne manquait
pas d'affecter une patience philosophique dans les occasions où la
chaleur d'un zèle inconsidéré n'attaquait que sa personne. Constantin
avait placé à Constantinople une statue de la Fortune de la ville, qui
portait une croix gravée sur le front. Julien l'ayant fait abattre
et enfouir, en fit placer une autre dans un temple avec les symboles
de l'idolâtrie. Un jour qu'il lui offrait un sacrifice public, Maris,
cet évêque de Chalcédoine si connu par son attachement à l'Arianisme,
aveugle et cassé de vieillesse, se fit conduire devant l'empereur; et
l'insultant en face, il lui reprocha dans les termes les plus amers son
impiété et son apostasie: _Tais-toi, malheureux aveugle_, lui répondit
Julien, _le Galiléen ton dieu ne te rendra pas la vue_. _Je lui rends
grace_, repartit Maris, _de m'avoir épargné la douleur de voir un
apostat tel que toi_. Julien ne répliqua pas, et continua le sacrifice.
Cette modération semble ne mériter que des louanges: mais selon les
chrétiens de ce temps-là, qui pénétraient mieux que nous les intentions
de Julien, ce n'était que l'effet d'une maligne politique: il refusait
aux chrétiens la gloire du martyre; il savait que les supplices sont un
germe de prosélytes.
[Note latérale: XXII. Rappel des chrétiens exilés.
Jul. ep. 26, p. 398, ep. 31, p. 404 et ep. 52, p. 435.
Amm. l. 22, c. 5.
[Socr. l. 2, c. 38.]
Theod. l. 3, c. 4.
Soz. l. 5, c. 5 et 15.
Philost. l. 6, c. 7 et l. 9, c. 4.
[Facund. l. 4, c. 2]
Chron. Alex. p. 296.