Un pontife supérieur fut établi dans chaque province, avec une pleine
autorité sur tous les prêtres des villes et des campagnes. Julien
exige, comme des vertus essentielles à cette place, la modération,
la douceur, la hardiesse à reprendre, et la vigueur à punir. Ses
écrits fournissent un modèle d'instruction pour ceux qui sont honorés
du sacerdoce, et une copie fidèle de la sainteté qu'il voyait alors
éclater dans les ministres de l'église. Il attribue la décadence de
l'idolâtrie aux vices de ceux qui la professent; il reconnaît que c'est
par la régularité dans les mœurs et par la charité envers les hommes,
que le christianisme s'est accrédité. Il recommande au pontife la
vigilance sur les inférieurs: _Privez-les_, dit-il, _des fonctions du
sacerdoce, s'ils ne sont fidèles à servir les dieux, s'ils n'y obligent
leurs domestiques, s'ils mènent une vie indécente_. Il lui conseille
de voir rarement les magistrats et les grands seigneurs, si ce n'est
pour l'intérêt de la veuve et de l'orphelin, et de se contenter de leur
écrire. Il veut qu'on reçoive dans les hôpitaux les pauvres étrangers,
de quelque religion qu'ils soient. Il impose une contribution dans
chaque province pour fournir à la subsistance des indigents. Il
défend aux gouverneurs de se faire suivre de leurs gardes quand ils
entrent dans les temples: _Dès qu'ils y mettent le pied_, dit-il,
_ils deviennent simples particuliers; les prêtres seuls ont droit
d'y commander sous les auspices des dieux; les autres, qui portent
leur faste jusqu'au pied des autels, ne sont que des hommes vains et
superbes_. Il exige qu'on respecte les prêtres, lors même qu'ils sont
indignes de leur ministère, jusqu'à ce qu'ils en aient été dépouillés;
mais il veut aussi qu'ils se rendent respectables: _Ils sont_, dit-il,
_les interprètes des dieux auprès des hommes, et les cautions des
hommes auprès des dieux_. Il leur prescrit de conserver leurs oreilles
chastes aussi-bien que leur langue; il leur interdit la lecture des
poésies trop libres et des histoires amoureuses, _qui allument peu à
peu le feu des passions_; ce sont ses termes. Il ne leur permet pas
même de lire les ouvrages d'Épicure et de Pyrrhon, et il rend grâces
aux dieux d'avoir fait périr la plupart des écrits de ces philosophes.
Il aurait bien voulu épurer le théâtre; mais regardant la chose comme
impossible, il en défend l'entrée aux prêtres. Il veut qu'ils prient
trois fois le jour; qu'ils se montrent rarement aux promenades; qu'ils
ne se trouvent à des festins que chez des personnes vertueuses;
qu'ils s'abstiennent des spectacles où assistent les femmes; qu'ils
soient magnifiques dans les cérémonies de religion, simples dans leur
habillement ordinaire; qu'ils prennent sur leur nécessaire de quoi
faire l'aumône. Enfin il demande dans ceux qu'on élève à la prêtrise
deux qualités, l'amour des dieux et celui des hommes: _Avec ces deux
caractères_, ajoute-t-il, _n'importe qu'ils soient riches ou pauvres,
illustres ou inconnus_. Ces maximes s'accordent avec la profession
solennelle qu'il fait en cent endroits de ses ouvrages, de croire
l'existence des dieux, l'immortalité de l'ame, les récompenses et les
punitions d'une autre vie. C'est ainsi qu'il s'efforçait de dérober à
la religion chrétienne la sainteté de sa discipline et de sa morale. Il
ignorait que c'est une tige qui meurt dès qu'elle est transplantée, et
qu'elle ne peut porter de fruits mûrs et durables que dans le terrain
où elle est née, et où elle est arrosée de la main de Dieu même.
Julien ne vécut pas assez long-temps pour reconnaître que sa réforme
n'était qu'un projet chimérique.
[Note latérale: XXI. Feinte douceur de Julien à l'égard des chrétiens.
Jul. ep. 7, p. 376, ep. 43, p. 424, et ep. 52, p. 435.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 72, et or. 10, p. 167.
Liban. or. 10, t. 2, p. 290.
Chrysost. de Sto. Babyla et in Jul. et Gent. t. 2, p. 574 et in Juvent.
et Max. p. 579.
Socr. l. 3, c. 11 et 12.
Soz. l. 5, c. 4 et 17.
[Theoph. p. 40.]
Cedr. t. 1, p. 306.
Zon. l. 13, t. 2, p. 25.
Vita Athan. apud Phot. cod. 258.