La Bleterie, notes sur les lettres de Julien, p. 325.]

Dans le temps même qu'il tâchait d'anéantir le christianisme, il

fut forcé de lui rendre le témoignage le plus honorable et le moins

suspect: _Les païens avaient une morale_, dit un auteur sensé et

ingénieux, _mais le paganisme n'en avait point_. Julien lui voulut

prêter celle de la religion chrétienne. Il n'en pouvait copier que

l'extérieur; et c'est avec beaucoup de justesse que saint Grégoire de

Nazianze l'appelle le singe du christianisme. Il forma le dessein de

fonder des écoles dans toutes les villes, d'établir dans les temples

des catéchistes, des docteurs, des prédicateurs; de marquer les prières

qui devaient être récitées à certaines heures et en certains jours; de

les faire chanter à deux chœurs, usage qui avait depuis peu commencé

dans l'église d'Antioche. Il chargea, par une de ses lettres Ecdicius,

gouverneur de l'Égypte, de choisir dans Alexandrie des jeunes gens bien

nés, qui eussent la voix belle: il leur assigna un entretien honnête;

il lui ordonna de leur faire apprendre la musique et de veiller à

leurs progrès; il les destinait au service des dieux; il prétendait

que la musique sert à élever l'ame et à la purifier. Il exigeait dans

les lieux consacrés au culte de la religion beaucoup de silence et de

modestie; ne permettant pas même les acclamations dont on avait coutume

d'honorer l'empereur, quand il y entrait. Il projetait d'imiter la

discipline de l'église dans la correction des pécheurs, et de prescrire

divers degrés de pénitence; de fonder des monastères d'hommes et de

femmes, des maisons de retraite, des hôpitaux pour les voyageurs et

pour les pauvres. Il aurait souhaité faire passer dans le paganisme

l'usage des lettres ecclésiastiques, avec lesquelles les chrétiens

étaient reçus par toute la terre comme des frères et des amis. En

un mot, il était jaloux de cet esprit de lumière, de sagesse et de

charité, qu'il était forcé d'admirer dans l'église chrétienne.

[Note latérale: XX.

Perfection qu'il exigeait des prêtres païens.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 302 / 331 题