Dans le temps même qu'il tâchait d'anéantir le christianisme, il
fut forcé de lui rendre le témoignage le plus honorable et le moins
suspect: _Les païens avaient une morale_, dit un auteur sensé et
ingénieux, _mais le paganisme n'en avait point_. Julien lui voulut
prêter celle de la religion chrétienne. Il n'en pouvait copier que
l'extérieur; et c'est avec beaucoup de justesse que saint Grégoire de
Nazianze l'appelle le singe du christianisme. Il forma le dessein de
fonder des écoles dans toutes les villes, d'établir dans les temples
des catéchistes, des docteurs, des prédicateurs; de marquer les prières
qui devaient être récitées à certaines heures et en certains jours; de
les faire chanter à deux chœurs, usage qui avait depuis peu commencé
dans l'église d'Antioche. Il chargea, par une de ses lettres Ecdicius,
gouverneur de l'Égypte, de choisir dans Alexandrie des jeunes gens bien
nés, qui eussent la voix belle: il leur assigna un entretien honnête;
il lui ordonna de leur faire apprendre la musique et de veiller à
leurs progrès; il les destinait au service des dieux; il prétendait
que la musique sert à élever l'ame et à la purifier. Il exigeait dans
les lieux consacrés au culte de la religion beaucoup de silence et de
modestie; ne permettant pas même les acclamations dont on avait coutume
d'honorer l'empereur, quand il y entrait. Il projetait d'imiter la
discipline de l'église dans la correction des pécheurs, et de prescrire
divers degrés de pénitence; de fonder des monastères d'hommes et de
femmes, des maisons de retraite, des hôpitaux pour les voyageurs et
pour les pauvres. Il aurait souhaité faire passer dans le paganisme
l'usage des lettres ecclésiastiques, avec lesquelles les chrétiens
étaient reçus par toute la terre comme des frères et des amis. En
un mot, il était jaloux de cet esprit de lumière, de sagesse et de
charité, qu'il était forcé d'admirer dans l'église chrétienne.
[Note latérale: XX.
Perfection qu'il exigeait des prêtres païens.